666 Goats Carry My Chariot

Bütcher

31/01/2020

Osmose Productions

On écoute du Metal extrême pour quoi au juste ? Aujourd’hui, de multiples raisons peuvent être invoquées eu égard à la complexité du genre et la richesse de son offre. On peut même, en connaisseur averti, savourer de l’extrême comme nos arrières-arrières-arrières grands parents appréciaient le classique et le Jazz parce que c’était classe et précieux. Mais soyons honnêtes, la plupart du temps, si on s’envoie du Thrash, du Death ou du Black, c’est surtout pour headbanguer comme des cons et faire de l’exercice autour de la table du salon. Pour se souvenir de ce souffle épique et bestial qui nous fouettait les sens dans les années 80 lorsque les DESTRUCTION, KREATOR et autres machines de mort altéraient notre perception de la réalité au point de la rendre diffuse et de concrétiser ces monstres sous le placard que nous craignions tant. Ces monstres font aujourd’hui partie de notre réalité, mais nos réflexes n’ont pas changé. Lorsque nous glissons dans le lecteur un album qui fait du bruit, c’est tout simplement parce qu’il est l’exutoire dont nous avons toujours eu besoin pour satisfaire nos pulsions les moins inavouables, soignées à grands coups de rythmique nucléaire et de lignes de chant de mercenaire. On écoute toujours un album parce qu’il fait du boucan, mais aussi parce qu’il est intelligent dans sa violence, et pas juste bourrin pour faire plaisir aux marins. Et si la vague nostalgique de cette dernière décade a toujours tout fait pour exagérer nos souvenirs et les rendre palpables, peu y sont vraiment parvenus. La plupart du temps, les suédois se la jouent smooth ou tellement Heavy que les clous de Schmier en rouillent de gêne. Les sud-américains restent sud-américains et se vautrent dans la bestialité de leurs aînés. Les allemands pillent leur répertoire et retrouvent la pilosité de leurs équipes de foot préférées. Et les américains se gargarisent de leur propre gloire en buvant le nectar de leur triomphe. Mais pendant ce temps-là, d’autres agissent et vont jusqu’au bout. Pas forcément ceux qu’on attendait, puisque avec dix-huit ans d’existence et un seul LP au compteur, la précipitation a cédé le pas à l’attente sans but. Mais de Belgique nous en (re)vient un nouveau monstre prêt à hanter nos nuits de bruit, et force est d’admettre qu’il n’a pas l’intention de nous laisser pioncer tranquille.    

Mais BÜTCHER, avec son tréma très révélateur, n’est pas un groupe pressé, c’est un groupe fonceur. Deux démos seulement entre 2002 et 2006, puis un long silence de plus de dix ans avant un premier LP qui en disait déjà long sur les qualités. Bestial Fükkin' Warmachine de son titre résumait la démarche et les envies, mais restait encore un peu trop dans des balises de classicisme en modération. On sentait que les musiciens belges étaient capables du meilleur, et qu’il leur fallait encore se roder pour l’atteindre. Et avec 666 Goats Carry My Chariot, la messe noire est dite, et les espoirs satisfaits, au-delà de toute attente. Car si les IMPALED NAZARENE se revendiquaient d’un Nuclear Metal, les belges eux, acceptent l’étiquette de Maximum Evil Metal, ce que les quarante minutes de ce second LP s’ingénient à prouver de leur méchanceté, de leur bestialité, de leur enthousiasme et euphorique vilénie. A tel point que ce bon vieux Metalion aurait pu résumer toute l’affaire d’un lapidaire :

« Boum-boum, AAAAARRRGHHHHHHHH, riff, riff, evil, takapoum waaaaRRRRRRRRRRRRR !!! » dans son célèbre fanzine devenu bible absolue.

Sauf que les BÜTCHER, sous des atours de gentils imbéciles en crème de têtes brulées sont loin d’être de simples crétins en manque de brutalité ouverte. OK, leur pseudos sont débiles mais jouissifs (KK Ripper - guitare, R Hellshrieker - chant, AH Wrathchylde - basse et LV Speedhämmer - batterie), certes, leurs allusions sont directes et révèlent une passion sans bornes pour le Metal extrême des années 80. Mais à contrario de bon nombre de leurs homologues qui se contentent de reproduire une formule, les originaires d’Antwerp poussent les choses à leur paroxysme, mélangent les genres, et les abordent avec une révérence qui n’empêche pas la conscience de leur propres moyens. Et c’est ainsi que déboule l’un des morceaux les plus hystériques du répertoire Speed des années old-school avec « Iron Bitch », qui mélange dans un même creuset d’inspiration la démence de DESTRUCTION, la folie d’AGENT STEEL, et l’attitude clairement Punk de MOTÖRHEAD, tréma compris. Mais avec un titre d’album comme 666 Goats Carry My Chariot, à quoi pouvions nous nous attendre d’autre ?

Car les mecs ont de l’humour, mais aussi les qualités pour susciter l’admiration. En poussant au maximum la maladie mentale précoce des EXCITER et en s’appuyant sur les anecdotes les plus drôles et débiles des eighties (je pense notamment au miraculeux « White Mice on Speed » des fabuleux MAYHEM), « 45 RPM Metal » se transforme en massacre 33 tours passé en 45 tours, et nous affole de sa rythmique débridée et de ses arrangements vocaux à la limite de la schizophrénie partagée par une personnalité mi-Schmier/mi-King Diamond. En imposant une cadence d’abattage au-delà du raisonnable, les BÜTCHER se montrent sous leur jour le plus fou, mais en la ralentissant, ils dévoilent un visage beaucoup plus mature, qui se souvient de SLAYER, mais aussi de la scène allemande la moins raisonnable. « Metallström / Face the Bütcher » cite ainsi King et Hanneman presque dans le texte, s’en remettant à l’énergie des ASSASSIN, DESASTER et autres chantres de la rapidité la plus intense, tout en gardant sous le coude ces mélodies qui empêchent leurs morceaux de sombrer dans le barouf paillard. Occulte mais bon enfant, suintant mais propre, leur deuxième album est une épiphanie de violence concentrée, qui utilise tout pour parvenir à ses fins, de la véhémence Occult Black des mid eighties en passant par la fluidité du Speed passée à la râpe à fromage Thrash, pour accoucher de pamphlets complètement tarés qui laissent la concurrence loin derrière (« Sentinels of Dethe », en gros, des BULLDOZER bourrés lancés à l’assaut de la place forte NECROPHAGIA). Mais les BPM ne sont pas la seule obsession des BÜTCHER, loin de là. Ils aiment aussi les mises en place progressives, et l’emphase si chère au cœur de Quorthon, ce qu’ils démontrent avec persuasion sur le long et hypnotique « 666 Goats Carry My Chariot » aussi BM qu’une église de bois qui crame sous le regard hagard de MERCYFUL FATE.

Je me perds en conjectures et explications alors que la seule raison d’écouter cet album est justement d’écouter cet album pour comprendre qu’il a porté la nostalgie à de telles hauteurs, que les critères d’appréciation sont monté de deux crans en quarante petites minutes. Il y a eu un avant 666 Goats Carry My Chariot, et il y aura un après, les groupes old-school ne pouvant plus dès lors se contenter d’une resucée fidèle, mais frustrante et stérile. Plus qu’un album, 666 Goats Carry My Chariot est un défouloir créatif et impitoyable. Et la raison pour laquelle, nous écoutons toujours du Metal extrême en 2020, malgré une cinquantaine qui s’approche dangereusement.       

              

Titres de l’album :

                      1. Inauguration of Steele

                      2. Iron Bitch

                      3. 45 RPM Metal

                      4. Metallström / Face the Bütcher

                      5. Sentinels of Dethe

                      6. 666 Goats Carry My Charriot

                      7. Viking Funeral

                      8. Brazen Serpent

                      9. Exaltation of Sulphur

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par mortne2001 le 15/02/2020 à 18:39
90 %    701

Commentaires (3) | Ajouter un commentaire


poybe
membre enregistré
15/02/2020, 20:44:58
nos pulsions les moins inavouables ... donc les plus avouables ?
(oui y en a qui lisent les chroniques ^^)
et oui ... à presque 50 ans on écoute encore du metal extrême ... parce que c'est bon !

Invité
@109.7.199.55
16/02/2020, 11:27:01
Quand Iron Maiden prend des ecstas !

NecroKosmos
@109.218.242.202
16/02/2020, 21:08:25
100 % d'accord avec la chronique !!

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