Non, je ne pourrai mentir et vous dire que le Death technique est mon style de prédilection. Pire que ça, j’ai même tendance à le fuir, par anticipation, et par peur d’être rapidement saoulé par les démonstrations techniques stériles et autres boursouflures d’égo insipides. Il faut dire que le genre est depuis longtemps squatté par des dévaleurs de manche et autres bouffeurs de triples croches, qui confondent empilage et gaspillage, et qui nous inondent de plans tous plus complexes les uns que les autres, sans essayer d’instaurer une ambiance. Alors, le chaos pour le chaos, je ne suis pas contre, encore faut-il qu’il dégage un parfum d’inconnu, et non de néant, et qu’il ne nous entraîne pas dans un vortex d’inspiration de surface, plus souvent guidée par la prétention que par la création. Je ne reproduirai pas ici les exemples que je pourrais énumérer pour étayer ma version de l’aversion, car je préfère de loin consacrer les quelques lignes de cette chronique à pointer du doigt les exceptions qui confirment la règle et la machine dérèglent. Mais les fans du créneau connaîtront déjà l’ensemble dont je m’apprête à vous parler, pas vraiment né de la dernière partition, et en activité depuis 2005. Presque quinze ans de carrière pour les américains de ZEALOTRY, et une poignée de longue-durée, dont le dernier, The Last Witness, accuse déjà deux ans d’âge. Chantres d’un Death technique méchamment sombre, les originaires du Massachusetts reviendront donc dès le mois de décembre avec leur troisième long dans la besace, répondant au titre tout aussi long d’At the Nexus of All Stillborn Worlds. Fanfaronnade de surface ? Non, adéquation entre les mots et la musique, pour une nouvelle percée dans l’univers si étendu du Metal extrême aux ambitions ne l’étant pas moins, et surtout, une gigantesque symphonie de l’outrance qui trouve racine dans les origines du genre, mais qui le porte aussi aux confins d’une galaxie étrange, ou la dextérité instrumentale et la créativité musicale peuvent cohabiter, pour nous offrir autre chose qu’un aller simple pour le pays de l’ennui.  

Se réclamant d’un certain nombre d’influences (GORGUTS, THE CHASM, ADRAMELECH, ANATA, VOIVOD, MORBID ANGEL, DMITRI CHOSTAKOVICH, UNIVERS ZERO, DEMILICH, INIQUITY, CADAVER, MONSTROSITY, ATHEIST, SAMAEL, DEMIGOD, et des dizaines d’autres que vous retrouverez mentionnées sur leur page Facebook), les ZEALOTRY (R. Temin - guitare/chant, P. Tougas - guitare/chœurs, J. Himelfarb - guitare et A. Zalatan - batterie) sont un peu l’illustration sonore de ce qu’il faut faire pour ne pas en faire trop, et qui pourtant n’hésitent jamais à accumuler un nombre hallucinant d’idées par morceau. Ayant compris depuis longtemps que l’excès est l’ennemi de l’intérêt, les bostoniens ont préféré travailler leur copie pour la rendre impeccable, et souillée d’idées toutes plus noires les unes que les autres. Si les inévitables comparaisons les rapprocheront de groupes comme ULCERATE, GORGUTS, INIQUITY, MESHUGGAH, ou DEMILICH, leur optique leur permet aussi d’intégrer des éléments d’équilibre autrefois mis en exergue par les immanquables et lunaires ATHEIST, ATROCITY, nous offrant donc la description d’un monde claustrophobique, encombré de riffs, de changements de tempo et autres variations tombant au millimètre comme une perruque sur le bain de sang. Et le carnage que développe At the Nexus of All Stillborn Worlds est d’une ampleur incroyable, transformant de fait ce troisième LP en nouveau mètre-étalon du genre, qu’il sera très difficile de surpasser, voire d’égaler.

Sur cet album, tout est noir, moite, froid comme la mort, et pourtant, un énorme parfum de vie s’en dégage. Un peu comme une charogne qui de sa putréfaction permettrait à la nature de continuer son cycle, sans émotion, mais avec beaucoup de lucidité. Et le quatuor est lucide, même si parfois l’inspiration lui permet de s’égarer sur le chemin de la liberté, en proposant notamment un final homérique de plus de dix minutes, sans frôler l’overdose ou l’indigestion. Mais en détail, quels sont les points forts de cette réalisation ? Son atmosphère générale, déjà évoquée, ses arrangements surprenants, qui comblent les rares vides avec des cordes, des chœurs, des arpèges vénéneux, mais aussi sa puissance, puisque tel est le moteur essentiel de ce type d’enregistrement, puissance que l’on ressent dès l’ouverture éponyme qui place la barre au niveau stratosphérique. De plus - et là n’est pas le moindre des arguments favorables - chaque titre à sa raison d’être, et ne se contente pas de recycler les plans précédents en les poussant aux extrêmes, ce qui est suffisamment rare pour être (re)marqué au fer rouge. Etant presque totalement réfractaire au style, je me suis surpris à vérifier que l’album était vraiment fini, en concluant que la diversité fut de mise et m’avait évité l’écueil pénible de la paraphrase idiote et forcée. En plaçant avec beaucoup d’intelligence des moments d’accalmie sur son passage, et en privilégiant une approche presque classique dans le fond (on ne cite pas Chostakovitch pour faire joli sans avoir l’air con en cas de hors-sujet), les ZEALOTRY pourraient même prétendre incarner une sorte de pendant négatif des MEKONG DELTA au sommet de leur forme, en version incroyablement ténébreuse, mais pas moins absconse pour autant. Absconse, mais juste assez pour ne pas rebuter les éventuels auditeurs effrayés par trop de démonstration. Mais de ce côté-là aussi, entre des lignes de basse rappelant Steve DiGiorgio et Tony Choy, un chanteur ne démodulant jamais sa gravité, et deux guitares qui ne se contentent pas de tester les infrabasses pour amuser la galerie, le bilan individuel est tout bonnement époustouflant, et rassurant d’investissement.

De là, je vous laisserai faire votre choix sur le gigantesque étal d’idées proposées par les quatre instrumentistes. Mais dans un pur accès d’altruisme, je ne pourrai m’empêcher de vous recommander le monumental « Lethe's Shroud » pour son ambiance poisseuse et son solo dissonant/jazzy dans le pur esprit Fredrik Thordendal, l’ouverture intrigante et éprouvante de « At the Nexus of All Stillborn Worlds », pour ses accès d’étrangeté contrôlés, « Primus Venatoris » et ses chœurs grégoriens désincarnés sur fond de délire de basse extra-terrestre,  et bien évidemment le final progressif « Irredeemable », empreint de formalisme avant-gardiste et d’une construction en gigogne parfaitement époustouflante. Mais à vrai dire, chaque morceau est digne d’intérêt, et chaque plan l’est aussi, un peu comme des poupées gigognes sorties de leur écrin qui s’avèrent toutes aussi belles et bizarres les unes que les autres. Livré sans plan, complexe mais facile d’approche, ce troisième album des ZEALOTRY leur fait franchir une énorme étape de plus sur le chemin de la reconnaissance, et leur permet de se placer dans le peloton de tête des groupes de Death technique riche et pluriel. Une magnifique démonstration de force et de finesse de la part des américains, et rien de moins que l’un des meilleurs albums du cru. A vous de savoir si cette assertion énoncée par un néophyte a valeur de jugement pertinent ou pas.     

Titres de l'album :

                          1.At the Nexus of All Stillborn Worlds         

                          2.Accursed     

                          3.Lethe's Shroud        

                          4.Primus Venatoris     

                          5.The Hole     

                          6.Universal Deceit     

                          7.The Sky Bleeds Nightmares          

                          8.Irredeemable

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par mortne2001 le 01/12/2018 à 16:57
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Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


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