Aura Noire

Aura Noir

27/04/2018

Indie Recordings

Il est impossible que le nom d’AURA NOIR ne vous dise pas quelque chose, même si l’extrême est encore un territoire inconnu pour vous. Et ce, pour plusieurs raisons. D’abord, à cause de sa musique, sans concessions, et de la qualité de ses enregistrements. D’autre part, et principalement, à cause du nom/pseudo de son leader Aggressor, figure centrale de l’underground norvégien qu’on retrouve aussi au casting des VIRUS, de VED BUENS ENDE et d’ULVER. L’homme a toujours eu besoin d’une multitude d’exutoires pour s’exprimer, mais autant dire qu’en termes de brutalité crue, le médium AURA NOIR restera à jamais son préféré. Et le silence imposé par le projet depuis 2012 commençait à être un peu trop lourd à supporter, surtout que le dernier-né de la bande, Out To Die, se classait parmi les œuvres les plus efficaces du trio. Mais entretemps, quelques problème de santé (deux chevilles fracassées qui l’avaient obligé à tourner en fauteuil roulant), d’autres projets à mener de front évidemment, et puis ce comeback, qui n’en est pas vraiment un puisque le groupe n’a jamais raccroché, encore moins quitté la scène, même s’il s’y est mis un peu en retrait. C’est donc avec grand plaisir que nous retrouvons aujourd’hui les norvégiens sur leur label norvégien Indie Recordings pour des retrouvailles en formes d’agapes brutales, qu’un LP au titre quasiment éponyme sanctionne de sa crudité et de son intrépidité. AURA NOIR pour une Aura Noire, rien de surprenant là-dedans, puisque l’âme de ce trio infernal (Aggressor - basse/chant, Apollyon - batterie, et Blasphemer - guitare) a depuis longtemps été cédée au diable pour un prix dérisoire…ce qui leur a sans doute permis de signer les hymnes Black Thrash les plus diaboliques de la création, sans avoir à forcer leur talent. Et une fois encore, peut-être encore plus que d’habitude, le résultat est méchamment accrocheur, et vilainement séduisant…

Notons d’abord une chose, primordiale, le son. La production de ce sixième LP est un véritable modèle du genre, un peu comme si les HELLHAMMER et VENOM avaient pu bénéficier des services de Bob Rock ou de Kurt Ballou, ce qui permet à ces psaumes dédiés à la débauche de prendre une ampleur incroyable et de nous noyer sous une paillardise de circonstance. Et en citant les deux références précédentes, je fais évidemment le choix de rappeler les racines du trio, qui n’a jamais caché son amour pour le Thrash le plus occulte des eighties, et qui en livre ici une version impeccable, souillée de fulgurances et saturée de violence, sans perdre de vue la musicalité indispensable à ce genre de projet pour éviter de sombrer dans le chaos. Et ça n’est certainement pas un hasard si Aggressor et les siens ont choisi d’entamer cette nouvelle œuvre par l’un de leurs morceaux les plus fondants depuis leur création, ce diabolique « Dark Lung Of The Storm », dont l’auteur lui-même avoue que « la séquence de riffs à cette allure de comeback, alors que nous ne sommes jamais revenu, puisque nous ne sommes jamais parti ». Et il est certain que cette entame nous plonge directement dans le bain, et nous permet de retrouver un groupe toujours aussi affûté et affamé, toujours prompt à combiner la folie ambiante des IMPALED NAZARENE, et la gaucherie occulte du CELTIC FROST des débuts. Un départ tonitruant donc, pour un album qui ne relâche jamais la pression, même lorsque le timing se desserre pour offrir un mid-tempo sévère, via l’implacable et compressé « Hell’s Lost Chamber », qui transpose la mystique de David Lynch dans un contexte de noirceur musicale absolue. La voix tonitruante du leader n’a jamais semblé si véhémente et inquiétante, et les riffs de Blasphemer se font une joie de sophistiquer les attaques du SODOM le plus outrancier, histoire de rapprocher les frontières de la Norvège de celles de l’Allemagne. La passion qui anime AURA NOIR est donc restée intacte, malgré ce long silence, et sans vouloir extrapoler sur une vue d’ensemble qui n’offre pas encore le recul nécessaire, Aura Noire pourrait déjà faire partie des plus grandes sorties du groupe…

Il est certain qu’on y retrouve tous les ingrédients malfaisants d’un combo que rien n’arrête, surtout pas la vitesse et les riffs concentriques qui tournoient comme des bourriques, pour un numéro à la VIKING/BULLDOZER d’une brutalité exacerbée (« The Obscuration », les gangs pseudo vintage peuvent aller se rhabiller et mettre leurs cartouchières à sécher). Mais loin de se contenter de rendre hommage à une scène Thrash balbutiante, les norvégiens savent aussi faire la révérence au grand Lemmy, par l’entremise d’un hommage poussé à sa créature MOTORHEAD adulée (« Demoniac Flow », un lick que Campbell ou Clarke auraient pu trouver fort adapté et séduisant dans l’apnée), avant d’aborder l’extrême par son versant le plus catchy (« Shades Ablaze », le morceau que les RUNNING WILD n’arriveront jamais à écrire), pour mieux nous perdre dans un labyrinthe d’obscurité qu’un Heavy malsain et dégénéré ferme à clé (« Mordant Wind »). D’un niveau technique hallucinant de précision et de chaos, Aura Noire sait profiter de l’acuité de ses concepteurs pour bousculer les idées reçues, et montrer qu’une cruauté de ton n’est pas forcément dénuée de finesse de fond. Et même si pas mal d’idées semblent émaner de l’esprit dérangé de Tom Gabriel Warrior, la patte AURA NOIR griffe à la moindre échauffourée, et reste le défouloir cru qu’Aggressor a toujours voulu. Moins basique qu’il n’en a l’air, ce sixième LP est une ode à la barbarie habilement travestie en agneau de Thrash rôti, avec sauce raffinée mais goût prononcé. On headbangue, on hurle, on rentre en transe, spécialement lorsque le rythme s’envole gaiment pour peaufiner l’optique d’un HELLHAMMER aux moyens initiaux plus que limités (« Cold Bone Grasp », le genre de truc imparable qu’Apocalyptic Raids aurait pu proposer, si Cronos et Mantas étaient venus y fourrer leur nez crochu), et au bout de la petite demi-heure impartie, on est tenté de brailler « déjà fini ??? », regrettant que les six années de silence n’aient pas été comblées par un album à la longueur plus décente.

Et si d’aventure, le nom d’AURA NOIR ne vous dit toujours rien, je décline toute responsabilité de votre ignorance. Il vous suffit pour pallier à votre déficience de tendre vos deux oreilles sur cet Aura Noire, qui a l’âme aussi sombre qu’il n’a le cœur vaillant.


Titres de l'album:

  1. Dark Lung Of The Storm
  2. Grave Dweller
  3. Hell's Lost Chambers
  4. The Obscuration
  5. Demoniac Flow
  6. Shades Ablaze
  7. Mordant Wind
  8. Cold Bone Grasp
  9. Outro

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par mortne2001 le 06/05/2018 à 18:10
80 %    486

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Humungus
membre enregistré
06/05/2018, 20:14:02
Encore une tuerie... Comme d'habitude avec ces gars là...
"Aura Noire pourrait déjà faire partie des plus grandes sorties du groupe…" Je me pose moi aussi la question tellement cette galette est jouissive.

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