Il parait que les légendes ne meurent jamais. C’est probable, mais certaines sont comme les étoiles et pâlissent avec le temps, au point de ne plus représenter un jour qu’une faible lueur dans le passé du ciel…A qui d’entretenir la flamme dès lors ? Aux fans, nostalgiques d’un avant qui n’entraîne plus forcément d’après ? Aux légendes elles-mêmes qui se doivent de retrouver une brillance que le temps leur avait enlevée, avec des raisons valables ? Cette seconde option semble être la bonne, replacée dans son contexte et appliquée avec acuité dans un cas très précis. Et quelle autre légende que celle de TERRORIZER pour justifier d’un Death/Grind qui fut un temps, représentait un pinacle de création pour tous les amoureux d’abominations de la terre ? Avouez-le, World Downfall fut loin d’être une chute il y a trente ans, mais bien une montée en flèche vers les paradis de la brutalité, dont tous les fans de cruauté instrumentale eurent beaucoup de mal à se remettre. Après quelques démos et une mise en jambes, cet all-star-cast nous avait pondu un véritable manifeste de méchanceté underground, avec en son sein des figures essentielles de la scène extrême US, dont deux MORBID ANGEL, un NAUSEA et un NAPALM DEATH, alors en goguette, et tellement naïfs quant à la portée maximale de leur œuvre. Ce qui devait être considéré comme un one-shot avait plus ou moins emprunté les mêmes routes que la private joke S.O.D, et avait remis le couvert « quelques » années plus tard, pour un Darker Days Ahead de sinistre mémoire…Nul n’a pu oublier la monstruosité de cette trahison qui voyait Sandoval et Pintado se fourvoyer en compagnie d’Anthony Rezhawk et Tony Norman dans une parodie de leur propre culte, multipliant les erreurs d’appréciation, et signant l’un des manifestes de renonciation les plus atterrants de la création. En 2012, le très moyen Hordes of Zombies avait plus ou moins essayé de revenir à une musique foncièrement brutale, sinon créative, mais las, une fois encore, Pete s’emmêlait les pédales, lui qui les maniaient justement comme personne.

Dès lors, qu’attendre du quatrième LP d’un navire à la dérive, que rien ne semblait pouvoir faire échapper aux récifs de l’oubli sur lesquels il fonçait depuis sa remise à flot en 2006 ? Pas grand-chose, puisque tout semblait indiquer que le projet se condamnait de lui-même à un triste naufrage que ses musiciens ne méritaient pas forcément. Mais c’était sans compter sur la superbe du plus grand batteur du Metal extrême, qui enfin remis à neuf et débarrassé (définitivement ?) de son poids mort MORBID ANGEL allait enfin nous pondre une œuvre digne de son gigantesque talent de percussionniste, sans pour autant atteindre les cimes autrefois foulées des blasts de World Downfall ou Altars of Madness. Car le TERRORIZER de 2018 n’est pas celui d’il y a trente ans, encore moins le MORBID ANGEL de la même époque, mais il se présente via ce quatrième LP Caustic Attack sous un jour nouveau, et plus éclairé. En partageant le devant de la scène avec son propre génie, mais aussi en accordant à ses lieutenants fameux des pouvoirs presque illimités, Pete a enfin renoué avec la recette qui a fait son succès et établi son pedigree, et nous balance sans arrière-pensée un véritable album de Death Grind de première qualité. Libéré de ses obligations sataniques de son ancien combo, le batteur aux quatre bras peut enfin se concentrer sur ce side-project, qui à en croire ses dires n’en est plus un. En s’associant à deux autres faciès bien connus de la scène extrême, Sam Molina (basse/chant, MONSTROSITY) et Lee Harrison (guitare, MONSTROSITY mais aussi une démo avec les fabuleux MALEVOLENT CREATION ainsi qu’un projet partagé avec Midnight de CRIMSON GLORY, jusqu’à la mort de ce dernier), Sandoval a fait le bon choix et a libéré son potentiel créatif, permettant à ses deux seconds de hisser leur potentiel au niveau du sien, pour lui offrir l’écrin indispensable à son jeu stratosphérique. Mais il convient de présenter les choses en toute honnêteté, et affirmer avant de tromper que le TERRORIZER d’aujourd’hui est un TERRORIZER nouveau, presque à mi-chemin parfois des groupes qu’il incarne directement ou implicitement, adoptant la puissance du dernier MORBID pour l’insuffler dans des compositions où le Grind domine. Nous faisons donc face à un travail de longue haleine, beaucoup plus construit que n’ont pu l’être les anciens efforts du combo, et qui distille la violence comme théorie essentielle d’un carnage annoncé.

Et autant le dire, Pete joue comme jamais, à tel point qu’on en vient à se demander si son opération globale du dos n’a pas donné naissance à un double maléfique, genre Alien meets Doppelgänger, tant le batteur fou l’est encore plus, et démontre une fois pour toutes qu’il domine de la tête et des épaules la caste des frappeurs historiques et surnaturels. Multipliant les attaques de toms, accumulant les petites trouvailles d’arrangements tout en finesse, cavalant à une vitesse hallucinante, Pete redore son blason et récupère sa couronne, semblant même n’avoir jamais connu le moindre petit problème de santé. Mais au sein d’un groupe ultime, un batteur n’est rien sans une solide équipe pour lui dérouler un tapis de riffs lui laissant toute latitude d’expression, et saluons donc le travail incroyable fourni par Lee Harrison qui accumule les déliés, les syncopes, traquant la gravité pour débusquer la mélodie, et réfutant tout précepte d’envolée solo pour respecter l’esprit originel de son groupe d’adoption. Inutile donc d’espérer autre chose qu’un Grind épais à tendance mortifère ici, et si l’absence de surprise stylistique pourra choquer, elle sera vite atténuée par une qualité d’ensemble qui laisse songeur, même si quelques erreurs atténueront l’appréciation globale. Car si Sam assure en tentant de suivre le rythme infernal imposé par son leader, il manque encore un peu de versatilité vocale, ayant tendance à racler sa gorge plus que de raison, sombrant parfois dans la linéarité d’un Death US un peu trop connoté. Mais après avoir encaissé le choc frontal de l’ouverture « Turbulence », inutile de tourner autour du pot. TERRORIZER est de retour des enfers, avec quelques comptes à régler.

De là, tout déroule, méchamment, et comme pour bien mettre les poings sur les gueules, le trio emballe l’entame de l’album de trois compos lapidaires, que la production de Jason Suecof (DEICIDE, ALL THAT REMAINS, KATAKLYSM, BATTLECROSS) met admirablement bien en relief. Son profond mais clair, batterie évidemment mise en avant mais pas au détriment d’une basse dont on peut saisir les boucles, guitare tranchante qui découpe tous azimuts, le massacre est effectif, et surtout, très intelligent. Car le groupe réunifié a pris grand soin de ne pas chercher à coller à la réalité d’un premier LP trop culte pour être égalé, et a parsemé son boulot de morceaux plus conséquents et plus Death, à l’instar du déjà fameux « Crisis », que MONSTROSITY et MORBID ANGEL auraient pu placer sur leur propre CV. Mid tempo agressif, à l’ambiance plombée, et véritable métaphore sur le regain d’appétit de Sandoval, ce titre est un modèle du genre, et certainement un signe avant-coureur de la nouvelle direction à suivre. Mais il est loin d’être un cas isolé, puisque la suite « Infiltration » (Crust en diable), « The Downtrodden » (glauque) et « Trench of Corruption » assure une assise putride à l’ensemble, et achève de transformer ce Caustic Attack en attaque létale. Pas de baisse de régime, une ouverture assez peu coutumière, et une déflagration énorme qui si elle ne parvient pas à redonner à TERRORIZER son envergure d’antan, lui permet d’occuper un avant-poste depuis longtemps abandonné. Et « Wasteland » en clôture d’observer le champ de ruines laissé par un Sandoval au sommet de son art, enfin conscient de son propre potentiel, mais suffisamment lucide pour comprendre qu’il lui reste des choses à prouver. Alors non, les légendes ne meurent jamais vraiment. Elles restent tapies dans l’ombre, pansant leurs plaies, pour mieux bondir au moment où on les pense à l’agonie. Et nous terroriser de nouveau, plus féroces que jamais.       


Titres de l'album :

                         1.Turbulence

                         2.Invasion     

                         3.Conflict and Despair        

                         4.Devastate   

                         5.Crisis          

                         6.Infiltration 

                         7.The Downtrodden

                         8.Trench of Corruption      

                         9.Sharp Knives        

                         10.Failed Assassin    

                         11.Caustic Attack     

                         12.Poison Gas Tsunami       

                         13.Terror Cycles      

                         14.Wasteland

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par mortne2001 le 28/10/2018 à 14:44
80 %    289

Commentaires (2) | Ajouter un commentaire


Nubowsky
@77.136.16.57
29/10/2018 à 23:25:16
Une « merveille « ...

RBD
membre enregistré
31/10/2018 à 23:29:33
Dès la première écoute on comprend que c'est le petit miracle auquel, moi, je ne croyais plus. Terrorizer retrouve enfin un son présentable, une guitare propre et un mixage équilibré. Cela suffit pour en faire le meilleur depuis.... "World Downfall" donc. On va y revenir avec plaisir, c'est inespéré.

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ça me fait beaucoup penser au problèmes de visa qui ont fait que Morbid Angel ont du annuler (...)


Tiens, tiens... Turbo music était déjà salement réputé à l'époque. Rip-off d'un jour, rip-off toujours...


de plus en plus naïf et limite ridicule le pauvre DT...