« Oh j’adore ça ! C’est suédois non ? Et ça, c’est énorme, mais évidemment, puisque c’est suédois. C’est quoi ce que tu écoutes, c’est suédois non ? Tiens, j’ai chopé le premier album d’un groupe de Stockholm, tu vas voir c’est puriste ! Mais attendez les mecs, j’ai un truc à vous faire écouter, nickel en plus c’est anglais ! (silence dans la pièce)…Ah oui pardon non, j’avais mal lu, c’est le guitariste qui est de Manchester, les autres sont de Malmö (sourires entendus, l’agitation reprend dans la pièce) ».

 

C’est typiquement le genre de conversation que pourraient avoir des chroniqueurs actuels, en disséquant l’actualité musicale. A vrai dire, on en vient à se demander si les suédois ne se la jouent pas Wells et essaient d’envahir leur propre monde en balançant dans les pays des petites bulles de Metal qui explosent en un feu d’artifices de Heavy, Thrash, Death, Vintage, Old-School et AOR. Pas une semaine ne s’écoule sans qu’un label ne noue refourgue une nouveauté scandinave, à tel point que la plupart du temps, je ne prends même pas la peine de vérifier le pays d’origine des groupes que j’écoute. Inutile en effet, puisqu’il y a deux chances sur trois qu’ils viennent de là où vous savez. Et bingo, aujourd’hui, sur trois groupes, deux viennent de là-bas, ce qui prouve ma théorie selon laquelle soixante-six pour cent des artistes contemporains bronzent au soleil du pays d’ABBA et d’Ikea. Sauf que cette fois-ci, pas question de bleusailles ou de révélation sur le chemin de Göteborg, puisque les WORK OF ART existent maintenant depuis bientôt trente ans, et qu’ils n’en sont pas à leur première ébauche musicale. Fondé en 1992 par Robert Säll et Herman Furin, WORK OF ART est plus qu’un collectif, c’est une synthèse, une recherche de la perfection passée, une nostalgie qui sent bon l’Amérique des années 80, et la meilleure façon d’en retrouver les sensations. Ces sensations qu’ont dû ressentir des millions d’américains en allumant leur poste de radio, découvrant les tubes AOR squattant les premières places du Billboard, à une époque où l’autotuning et le Rap moisi n’étaient pas encore la seule monnaie courante en matière de musique populaire. Nul n’a oublié la prédominance des Michael Sembello, de TOTO, de BALANCE, de Richard MARX, que les groupes scandinaves remettent au goût du jour depuis plus de dix ans, avec un brio qui n’appartient qu’à eux. Et ce trio (Lars Säfsund - chant, Robert Säll - guitare et Herman Furin - batterie) fait assurément partie des leaders de la vague, malgré une productivité restreinte…

Exhibits, la nouvelle exposition s’est en effet méchamment faite attendre, puisque le dernier effort du trio de tête remontait jusqu’à peu à 2014, avec un Framework qui n’avait fait que confirmer tout le bien qu’on pensait d’Artwork (2008) et In Progress (2011). Cinq ans d’attente donc, mais beaucoup de projets entre temps, et Robert Sall ayant rejoint W.E.T, le fameux groupe avec Jeff Scott Soto et Erik Martensson d’ECLIPSE, les retrouvailles n’en ont que pris plus de retard, ce qui a poussé ce bon Serafino à se demander ce qui pouvait bien se passer du côté de Stockholm. Un peu pressés par leur CEO, les trois musiciens se sont donc remis au travail, et ont passé toute l’année 2018 à composer de nouveaux morceaux, à leur rythme, histoire d’offrir une suite digne de ce nom à leur répertoire déjà largement célébré. En résulte un quatrième longue-durée, qui se présente sous les meilleurs auspices possibles et pas seulement pour les rockeurs tendres et vieillissants coincés dans leur hospice. Car si WORK OF ART a toujours été friand de mélodies sucrées et de rythmiques souples, il n’en a jamais prôné des valeurs de compromission, préférant situer sa musique en convergence d’un Rock FM musclé et d’un AOR très policé. Ainsi, Exhibits ne déroge à aucune règle, mais pourrait incarner l’album le plus joyeux et bondissant de la bande, avec son mid tempo systématique, qui laisse parfois la place à un up tempo euphorisant sur fond d’harmonies à tomber. Un travail de pro qui respire la passion, et une petite douzaine de morceaux qu’on fredonne les dents bien blanches à l’air, et le visage radieux. Une dose de joie de vivre mise en musique, qui rappelle les meilleurs efforts US du genre, sublimé d’une touche d’optimisme typiquement suédoise…

« Comme d’habitude, quand Herman, Lars et moi nous retrouvons ensemble, tout sonne comme du WORK OF ART. Cependant, j’ai essayé de trouver pour ce nouvel album une vibe old-school très AOR, et moins west-coast comme sur nos précédents albums. Je voulais vraiment qu’Exhibits soit un pur disque d’AOR, et pas de Rock mélodique. »

Et la façon dont Robert Säll décrit ce quatrième tome est d’une exactitude rare. On sent que le principal compositeur du trio a voulu se rapprocher du son eighties AOR le plus pur, abandonnant par là même certains tics du passé qui tendaient à uniformiser la musique de son groupe. En collaborant avec des pointures comme Jim Peterik pour certains textes, et en laissant Vince DiCola déchaîner ses claviers par exemple. L’un dans l’autre, la joie de se retrouver ensemble, l’implication de participants extérieurs confèrent à cet album des allures de fête hédoniste totalement positive, ce qui entraîne des hits singles comme on n’en fait plus depuis plus de trente ans. A ce sujet, et en ciblant le propos, impossible de ne pas voir en « This Isn’t Love » une transposition des standards années 80 de production, avec ces claviers prédominants qui n’atténuaient pas la force d’une composition, mais lui offrait la patine de velours dont elle avait besoin pour caresser les tympans. Morceau préféré de Säll sur l’album, ce titre est d’une perfection rare, et nous remémore les SURVIVOR, les TOTO, mais aussi l’école suédoise du nouveau siècle, avec ses chœurs en nuage de sucre et son refrain qui brille comme un été californien. Loin d’une exception, ce morceau est emblématique d’un parti-pris que l’on assimile dès « Misguided Love », que le JOURNEY de Raised on Radio adouberait dès les premières mesures. Même tempo jumpy, mêmes prouesses vocales d’un Lars Säfsund toujours au sommet de son art, et même atmosphère de liesse harmonique qui fait se dissiper toutes les craintes et doutes. Oui, avec Exhibits, WORK OF ART revient au top de sa forme, et lâche quarante-cinq minutes de bonheur, pour un road-trip aux confins de l’amour, de la passion, et de la liberté. « Be The Believer » réconcilie GIANT et TOTO, alors même que les rares moments de tendresse sont gardés sous contrôle pour ne pas perdre le cap (« If I Could Fly »).

Impressionnant de bout en bout, cohérent mais varié, ce quatrième LP est une sorte de Greatest Hits déguisé en inédit, et nous montre le visage le plus radieux d’un groupe heureux. En modulant la densité et les rythmiques, en acceptant quelques licks plus funky (« Scars To Prove It »), en baissant d’un cran l’intensité (« Gotta Get Out »), et en assumant l’héritage soft des FOREIGNER (« Let Me Dream »), WORK OF ART accouche d’une masterpiece, et signe l’album le plus parfait d‘une carrière parfaite. Et si je conçois tout à fait qu’on puisse se sentir lassé par la suprématie suédoise, force est de reconnaître qu’ils sont, et qu’ils resteront les meilleurs. Une question de gènes sans doute.              

                       

Titres de l’album :

                          01. Misguided Love

                          02. Be The Believer

                          03. Another Night

                          04. This Isn’t Love (Feat. Vince Dicola)

                          05. Gotta Get Out

                          06. Come Home

                          07. If I Could Fly

                          08. Destined To Survive

                          09. Scars To Prove It

                          10. What You Want From Me

                          11. Let Me Dream

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par mortne2001 le 09/11/2019 à 17:26
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Pressé d'en découvrir plus ! "Neoteric Commencements" était déjà bien chouette !


Mouais, pas mon truc décidément. Mais il a l’air de bien s’amuser.
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Mauvais timing Kerry King, puisque le nouvel album d'AC/DC aurait été confirmé par Brian Johnson lui-même il y a peu ! Mais on a compris ce que tu voulais dire...


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Je trouvais pourtant qu'ils étaient à leur place chez Prophecy...


Le pire reste AC/DC qui est a l'arret total depuis 2016 sans qu'on est aucune nouvelle...Une vilaine fin je trouve et mauvaise communication. Dommage.