Je pense que beaucoup de mélomane ont vécu la situation que je m'apprête à vous décrire. Parfois tu tombes sur un artiste un peu au hasard, tu trouves ça étrange, tu captes pas trop l'essence de l'œuvre en question et tu finis par laisser tomber assez logiquement. Cependant tu gardes tout de même ce truc en tête parce-que : « Bordel, j'ai rien compris mais il y a quelque chose de fascinant et d'assez indescriptible là-dedans qui marque ! ». Tu retentes alors par curiosité, mais rien à faire, tu ne parviens encore pas à comprendre ce que l’artiste te dit. Ça commence à te hanter et tu persévères encore et encore jusqu'à en devenir accro. Ça y est, ce machin t’a imprégné, il fait presque partie de toi maintenant.  C'est comme si tu avais traversé un obstacle difficile et qu'une fois ce passage accomplit tu pouvais profiter pleinement de l’œuvre et en tirer un réel plaisir. Voilà en quelques mots mon rapport avec le groupe d’Oakland. Depuis ce jour là, j'ai fait l’acquisition de la quasi totalité des albums du groupe et NEUROSIS est devenu pour moi une référence musicale absolue, tous genres confondus. Jamais un groupe (ou rarement, pour rester mesuré) a créé chez moi autant d’émotions je dois dire. Cela peut sembler un poil bateau et transposable à toute œuvre artistique qui se démarque un peu, mais un morceau de NEUROSIS c'est pas simplement écouter de la musique, c'est vivre quelque-chose, une réelle expérience où tous tes sens sont sollicités de façon confuse. C'est pas le genre de son que tu mets pour déconner avec tes potes ou que t’écoutes vraiment souvent, mais tu le ressors régulièrement pour toi, comme piqûre de rappelle.

J'ai pas envie de revenir sur l’historique du groupe car ça me semble peu pertinent, le groupe est aujourd’hui ultra connu d'une part, et de surcroît, il est aisé de trouver des infos dessus si on en a la curiosité. Je tiens simplement à souligner un point important sur l'histoire du groupe. Formé en 1985 par Scott Kelly, Dave Edwardon et Jason Roeder le groupe commence sa carrière dans une veine Punk Hardcore/Crust à l’anglaise (AMEBIX, DISCHARGE) sans grande originalité. Ce n’est qu’à partir de leur troisième album, Souls At Zero que NEUROSIS trouve réellement sa personnalité, s’ouvrant notamment volontiers à l'expérimentation et à des morceaux beaucoup plus alambiqués et tortueux dépassant souvent les six-sept minutes. 

Quatre années après la sortie du bon mais pas indispensable Honor Found In Decay, NEUROSIS remet le couvert avec ce Fires Within Fires. Le groupe jouit depuis déjà longtemps maintenant d'un aura tout particulier chez les amateurs de  musiques extrêmes. Le groupe qui avait posé les jalons du Post Hardcore n'en est donc pas à son premier coup d’essais.

Qu'est donc devenu le groupe après trois décennies de dures labeurs ? Que nous propose NEUROSIS après plus de dix albums à son compteur ?  

Le bal commence avec "Bending Light" et son riff plombant. Aucune tromperie sur la marchandise, il s'agit bien de NEUROSIS. A l'écoute de ce premier morceau, que j'avais déjà eu le plaisir de découvrir pour la première fois en live l'été dernier, un sentiment de maîtrise se dégage.

Le groupe connaît son art sur le bout des doigts. Les membres du groupe, bien que n'étant pas dotés d'une formation musicale pointue, arrivent à nous transporter dès l'entame de l'album. La patte NEUROSIS est facilement identifiable. Un riff dégoulinant répété encore et encore agrémenté de dissonances et de passages plus nostalgiques toujours remplis d'une puissante charge émotionnelle vient nous transporter sur des territoires inconnus. Le chant féroce de Scott Kelly s’entremêlant parfois avec celui de son comparse, le discret mais au combien indispensable Steve Von Till, vient annihiler l'once d’espoir encore présente. Cette voix est une pure merveille, elle vient des profondeurs de la terre et nous frappe comme un séisme  de magnitude 9. Cependant, par intermittence celle-ci peu parfois s’avérer calme, profonde voire rassurante. Ces intermèdes lumineux sont des bouffées d'oxygène qui nous permettent de souffler un instant. Mais restez sur vos gardes, l'explosion de rage n'est jamais loin avec NEUROSIS. Ces pauses ne sont qu'éphémères et permettent de mettre du relief dans la musque du groupe. Le morceau "Broken Ground" en est la parfaite illustration. C'est pour moi le meilleur morceau du disque. J'ai toujours trouvé que la force de NEUROSIS résidait dans cette capacité à nous faire passer en un rien de temps de l'ataraxie la plus apaisante à la tourmente la plus destructrice. Leurs petits collègues d'AMENRA qui assurent régulièrement les premières parties de NEUROSIS sont aussi experts dans ce procédé. (PS : Aller voir ce groupe en live, c'est hallucinant). 

Ce LP n'est pas franchement surprenant au fur et à mesure que les morceaux s’enchaînent. Jamais l'album ne décolle vraiment à part peut être sur le solo (très rare chez NEUROSIS) de "Reach", d'une rare beauté. Les riffs sont inspirés, la batterie, toute en puissance et en simplicité fait le travail demandé avec justesse, s'adonnant parfois à des sonorités tribales et les claviers viennent nous faire triper un peu plus comme sur "A Shadow Memory". Dès lors, on pourrait penser que le groupe réitères les vielles formules et nous balances un énième Through Silver In Blood sans chercher à prendre de risques. Il y a peut-être de ça. Mais peut importante, NEUROSIS certes ne déroute pas l'auditeur sur ce Fires Within Fires mais remplit toute sa fonction avec bravoure. Aucun geste de trop, aucun faux pas et surtout aucune lassitude pour l'auditeur à l'écoute de cet album. Le groupe est 100% honnête et nous montre son visage sans aucun masque. J'ai jamais été fan des groupes qui mettent tout sur la violence et la technique en enchaînant des blast beat effrénés et en exécutant des solis à toute vitesse. Ils sonnent finalement tous un peu pareils mais manque surtout cruellement d'âme. C'est un bonheur déjà immense pour moi d'écouter un artiste qui te parle avec ses tripes, sans en faire trop ni en tombant à l'inverse dans la fainéantise. Ça ne serait pas tout simplement ça l'art ? Mettre sur une toile ce qu'il y a au fond de nous ?  Les membres du groupe semblent comme animés par l’œuvre qu'ils ont créé il y a de ça trois décennies plus tôt. C'est comme s'ils ressentaient le besoin de retranscrire leurs âmes à travers NEUROSIS. Nous sommes les spectateurs béats qui écoutent les paroles du sage avec respect et admiration. 

Contrairement à ce que le titre nous suggère, cet album n'est pas le feu, ce n'est pas la révolte juvénile, ce n'est pas l'explosion naïve et innocente. La musique que nous propose NEUROSIS ici correspond à la sagesse, au recul, parfois même à l'apathie. Cet album m'évoque plus le marbre. Il est dure, immobile bien en place et résiste au temps. 

En conclusion, si vous êtes novice et que vous avez que peu écouté le groupe, (voire pas du tout) persistez, accrochez vous, cela en vaut vraiment la peine. Fires Within Fires est à la hauteur des espérances. Il n'est pas vraiment un très bon album pour NEUROSIS mais c'est un album de NEUROSIS donc il est par définition meilleur que les trois quarts des trucs que tu écoutes. 


1/ Bending Light 7:48

2/ A Shadow Memory 6:50

3/ Fire Is The End Lesson  6:54

4/ Broken Ground  8:44

5/ Reach 10:37


https://neurosis.bandcamp.com/album/fires-within-fires


par ThirstyAndMiserable le 14/03/2017 à 08:41
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