On peut concevoir la vie comme la pratique du skate. Certains abordent ça avec la plus grande des prudences, se parant de protections diverses, genouillères, casque, coudières, histoire de ne pas finir à l’hôpital avec de multiples fractures et autres traumatismes. D’autres préfèrent le confort douillet des skateparks aménagés, multipliant les figures devant une (petite) foule de fans, ébahis de tant de virtuosité. Et puis, il existe une catégorie de cascadeurs qui n’ont cure de la prévoyance et qui dévalent les rues à tout berzingue, sans regarder à droite ni même à gauche avant de traverser une grande artère, et qui la plupart du temps, s’enivrent de cette pratique sauvage qu’ils voient comme une allégorie/exutoire. Chacun sa méthode, mais chacun aussi d’évoquer une liberté indéniable, une envie de voir les choses sous un autre angle, et de provoquer la chance et le destin d’un backflip bien troussé, espérant à chaque fois retomber sur leurs roues pour ne pas s’écraser. Et j’avoue, j’aime cette philosophie depuis ses origines. J’ai moi-même pratiqué, fut-un temps, assez court cela dit, mais suffisamment long pour voir ma planche traverser les deux vitres avant d’une bagnole. Il était temps de dire stop…Mais le temps ne consume pas les passions les plus sincères, et le style musical accompagnant ces épopées de vitesse lui n’a jamais baissé les instruments, à l‘image de ces pratiquants d’un certain âge qu’on croise toujours au hasard des rues, et qui foncent toujours tête baissée vers un avenir qu’ils pensent contrôler. Musicalement, la bande-son de cette épopée s’est toujours réclamée d’une indéniable sincérité, mais a toujours refusé les convenances et autres conventions, à l’instar des gangsters Core de Venice, ou des furieux californiens en général. Mais il n’y a pas qu’aux USA que le skate est roi, loin de là…On trouve aussi des cracheurs de bitume dans des pays plus froids…La Suède par exemple, qui via les aventures des frappés de MILLENCOLIN ou NO FUN AT ALL nous a fait voyager, turbiner, flipper, tourner sur nous même, à grands coups de rythmique fun et de riffs légers, speedant le tout comme si notre vie en dépendait…

Ces deux-là ne furent pas seuls à animer le nord de l’Europe de leur énergie teigneuse, et il convient de compléter le triumvirat d’un troisième nom, légendaire s’il en est, mais que l’on avait presque oublié…Celui des SATANIC SURFERS, qui depuis treize ans nous avaient laissés sans news discographiques, après la parution de leur dernier jet goudronné, Taste The Poison, publié en 2005. On les pensait pansés, étalés pour le compte, largués sur le bord du trottoir, leur planche remisée dans le grenier, mais c’était sans compter sur leur vivacité et leur pugnacité…Avec un comeback entamé en 2015 et une tournée des plus grands festivals Punk internationaux, les originaires de Malmö confirmaient qu’ils comptaient bien jouer les trublions de nouveau, et revenir sous les rampes des feux de l’actualité, histoire de prouver à la clique des branleurs qu’ils étaient un peu là avant tout le monde. Et c’est sous l’égide de Mondo Macabre, une filiale des Blood Harvest nationaux que leur retour définitif se voit acté, via ce nouvel LP, Back From Hell, qui décrit assez bien le purgatoire qu’ils ont arpenté pendant leur long hiatus. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce silence choisi/forcé à décuplé leur envie, puisqu’on les retrouve plus vaillants que jamais, armés d’une dizaine de titres et d’une envie renouvelée, qui nous renvoie à toutes les origines de ce style haut en couleurs et fun dans le malheur. Et comme on le dit, lorsqu’on tombe de cheval, il faut immédiatement y remonter, adage populaire qui vaut un peu pour toutes les disciplines acrobatiques, voire artistiques. Mais il faut aussi parfois savoir être patient et attendre le bon moment, pour ne pas se retrouver apeuré sur sa monture et à peine capable de huiler ses jointures. Et celles des SATANIC SURFERS le sont assurément, puisque ces dix nouveaux hymnes à la vie sauvage sont d’un calibre équivalent à leurs meilleures figures passées, et présentent même un caractère farouche que la nouvelle génération pourrait et devrait leur envier.

Aucune surprise évidemment à attendre d’un album qu’on pourrait presque déjà connaître par cœur avant même de l’avoir écouté. Les suédois (Rodrigo, Magnus, Andy, Stefan, Max) n’ont pas changé d’un iota leur approche, et c’est avec un plaisir non feint que l’on retrouve ces rythmiques speedées, ces mélodies bien ciselées, ces accès de rage maîtrisés, et ces influences qui n’ont pas bougé. L’emprunte des NO FX, des ALL, 7 SECONDS est toujours aussi présente, à la moindre ligne de basse mutine, au détour du moindre break typique, mais impossible de résister à ce déferlement d’énergie qui vous fera voir la vie sous un jour un peu moins gris. Le son est peut-être plus épais que par le passé, et plus orienté Power-Pop et Pop-Punk, mais ne se départit pas de son brillant métallique qui distingue le groupe de ses homologues radiophoniques qui n’avaient gardé de la substance d’origine que ses atours les plus abordables. Pas de soucis, les SURFERS choisissent toujours la vague la plus abrupte, et glissent à son sommet avec cette facilité déconcertante des vieux briscards qui ont affronté plus de tempêtes qu’ils n’en avaient besoin. Et entre ce chant exubérant et rigolard, ces embardées soudaines qui ne marquent jamais le pas, ces harmonies joyeuses qui transcendent des structures purement Punk, et ces quelques soli plus bluesy que la moyenne, la fête est totale, et dès son signal de départ « The Usurper », que la bande a choisi comme single pour entériner son retour. Pas de temps à perdre, mais rien à perdre en fonçant, le leitmotiv est toujours le même et aussi probant, et l’approche suédoise est largement aussi immédiate et addictive, ce que confirme le super-speedé « Catch My Breath », qui met tout le monde au défi. On pense même en cette occasion à une version optimiste d’un MADBALL sous caféine un peu trop dosée, sans que le quintette ne se casse la gueule du côté Hardcore de la voie dévalée. « Self-Medication » calme un peu les ardeurs, de façon très homéopathique, mais reste aussi catchy qu’un slogan du magazine thrasheur collé sur un ordinateur. On ressent les vibrations des BAD RELIGION, mais après tout, depuis Suffer, la bande de Greg Graffin a toujours servi de mètre étalon aux branleurs.

Et la cavalcade continue de plus belle, sans jamais freiner ou faire mine de marquer le pas, et ce sentiment d’urgence palpable nous rappelle aux grandes heures d’une adolescence insouciante, les soucis d’adulte laissés derrière nous, pour une dernière ruée dans les brancards. Musicalement, le combo est affuté, et a travaillé sa partition pour n’y laisser que les notes les plus idoines, formant une symphonie de jeunesse que beaucoup d’entre nous regrettent. Et entre les brûlots immédiats (« Ain’t No Ripper », intro qui met dans le bain, « Pato Loco » hymne instantané qui remet sur pied), et les trucs à tiroir (« Paying Tribute », ses chœurs fédérateurs et sa mélodie à toute heure), la demi-heure de retrouvailles passe bien trop vite, mais se veut à l’image d’une ride in the city, le vent dans les cheveux qui restent et le bruit des bagnoles contre lesquelles on peste. Car plus qu’une simple reprise de contact, Back From Hell est le témoignage d’une époque qui n’a jamais voulu rester sage, et un véritable pamphlet à la gloire de la liberté, et de l’insouciance retrouvée. C’est un vrai plaisir de croiser à nouveaux ces suédois héros, qu’on espère cette fois-ci bien remis sur les rails, et prêts à dévaler les pentes sans coincer leurs roues dans un soupirail. De retour de l’enfer, les SATANIC SURFERS reviennent le mettre sur terre. Et croyez-moi, leurs riffs sont chauds, leurs rythmiques rapides, et leurs refrains terribles. La vie, c’est bien comme le skate après tout. Ça va très vite, ça peut blesser, mais le principal est de l’accepter et de toujours se relever.


Titres de l'album:

  1. The Usurper
  2. Catch My Breath
  3. Self-Medication
  4. All Gone To Shit
  5. Ain't No Ripper
  6. Madhouse
  7. Going Nowhere Fast
  8. Paying Tribute
  9. Pato Loco
  10. Back From Hell

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par mortne2001 le 12/04/2018 à 14:59
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Disgrace And Terror

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The Cruel Intentions

No Sign of Relief

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Pas convaincu... entre cette intro "sur-blastée" qui sonne totalement forcée et ce chant mielleux ridicule, j'ai de sérieux doutes sur les ambitions (capacités ?) du groupe depuis le départ de Wichers...


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