Bastards

Fukpig

01/06/2018

Autoproduction

Seriez-vous tenté par un side-project fameux, et surtout, bordélique et fumeux ? Si tel est le cas, je me permets de vous proposer ce matin non une nouveauté, mais bien la continuité d’un projet né il y a presque vingt ans, d’un désir commun de deux figures de l’underground de trouver une échappatoire à leurs responsabilités communes. Créé en 2001, le concept FUKPIG n’est rien d’autre qu’un gigantesque défouloir permettant à ses deux membres d’oublier leur implication dans des groupes beaucoup plus réputés, une sorte de récréation de psychopathes incapables de résister à leurs instincts les plus bas, et se faisant plaisir en bousculant les codes de la musique la plus cohérente qui soit. Mais concrètement, et pour les quelques brebis égarées n’ayant pas vraiment suivi leurs pérégrinations, les FUKPIG c’est quoi ? Basiquement, un truc simple mais un peu compliqué quand même, mêlant la brutalité du Crust et du Grind à la pénombre d’un Black pas vraiment assumé, pour obtenir un cocktail éminemment relevé, librement baptisé Nekropunk. Des rythmiques en chien de fusil, des riffs sommaires mais efficients, des lignes de chant aussi inspirées de l’Indus de MINISTRY que des vomissements de BILE, et surtout, beaucoup de fun dans la torture et d’inspiration dans le tri des ordures. Mené de front par deux membres de collectifs célébrés, FUKPIG peut donc s’enorgueillir de compter dans ses rangs Misery (aka Paul Kenney, ex-MISTRESS, ex-ROT et ex-ANAAL NATHRAKH) et Drunk (aka Duncan Williams, ex-MISTRESS, et ex-ANAAL NATHRAKH lui aussi), qui depuis leur première démo publiée en 2001 (The Depths of Humanity) prennent beaucoup de plaisir à foutre la merde et à se rapprocher de leurs racines anglaises les plus extrêmes.

Pouvant s’appuyer sur une discographie assez dense, comptant pas moins de cinq longue-durée et un nombre conséquent de splits, de EP et de singles, les deux originaires de Birmingham se proposent donc sur ce nouvel effort de résumer leur carrière et de se projeter vers un avenir chaotique, toujours placé sous diverses influences. Celles assumées bien sûr, donc les leurs, mais aussi une poignée de références plus académiques, dont NAPALM DEATH évidemment, TRAP THEM, HIEROPHANT, et surtout, les PIG DESTROYER, partageant avec ces derniers un goût prononcé pour le gras qui tâche et la distorsion qui trépasse. Dans les faits, et musicalement parlant, Bastards ne diverge pas vraiment du reste de la production du duo, et continue de repousser les limites du chaos de façon très intelligente, et plus ordonnée qu’il n’y parait. Si l’ensemble dégage un délicat parfum de Grind légèrement assombri d’une touche Black discrète, c’est bien une forme de Crust très primitive qui domine les débats, tirant même parfois sur le Black N’Roll le plus impitoyable pour encore plus choquer les bien-pensants. Sans dévier d’un iota de leur trajectoire erratique, les deux olibrius multiplient donc les figures de style, et profitent d’un son à la hauteur de leur vilénie pour nous faire le coup du Crust-Grind de barbares, très en phase avec son époque, mais aussi très respectueux des codes en vigueur aux origines. Après avoir connu plusieurs périodes de hiatus, les FUKPIG nous offrent donc une suite honorable à leur précédent effort This World Is Weakening, jouant gentiment le jeu d’un bordel paillard, à mi-chemin entre l’horreur américaine et la terreur européenne, sans trahir leur camp pour se faire adopter par l’autre. Et finalement, tout ceci est une fois encore aussi anecdotique qu’indispensable. Ce qui en fait donc l’un des albums du mois, sans conteste.

Pour me montrer plus explicite, j’affirmerais que Bastards redéfinit le partenariat entre punks et metalleux, adoptant l’attitude frondeuse des premiers et le désir de puissance des seconds. C’est certes classique, et hautement redondant, mais difficile de résister à ces pamphlets qui confondent parfois vitesse et précipitation, tout en dynamitant les convenances autrefois balisées par les inoubliables IMPALED NAZARENE (« Meathead »). Sans sombrer dans la gaudriole ni la brièveté en paravent de manque d’inspiration (les morceaux dépassent souvent les deux minutes et même les trois), les FUKPIG se permettent parfois des élans de virulence assez déments, qui réconcilient l’esprit graveleux de l’ENTOMBED période Death N’Roll et le Crust sans concession des UNREST (« Déteste », on ne peut qu’adorer évidement). Textuellement parlant, pas besoin d’une analyse prononcée des rimes et de la ponctuation pour savoir où les deux trublions veulent en venir, et leur conscience sociale leur permet même de pouvoir revendiquer une affiliation prononcée avec les débuts de la scène Anarcho-Core de leur ville d’origine (« Media Shit », « Antisocial Media »). Aussi solides qu’ils ne sont futiles, les anglais se permettent même de détourner des slogans façon MINISTRY pour imposer une énorme basse Punk sur une trame purement Crust acide et animée (« Let’s Make Britain Hate Again »), sans tomber dans les desseins animés d’une simple gaudriole affolée.

Certes, de temps à autres, un petit coup de sang Grind (« Last Brexit To Nowhere »), un petit borborygme en éructation pour amuser la galerie, une diversion un peu trop barrée viennent nous indiquer que le tout est pris du côté fun où son sérieux risque de sombrer, mais dans sa globalité, ce cinquième LP des FUKPIG tient largement la route, et nous emmène sur des chemins où la logique ne cède que partiellement le pas à la folie. Mais celle dégagée par ce nouvel LP est tangible, et la musicalité brute de l’ensemble ne cache aucunement le potentiel de musiciens qui se font plaisir tout en restant honnêtes, et qui ne considèrent pas le Crust et le Grind comme de simples exutoires pour esprits simples.                            

   

Titres de l'album:

                          1.Dogshit Hair

                          2.Lets Make Britain Hate Again

                          3.Force Fed Fucking Bullshit. (Feat Paul Catten)

                          4.Antisocial Media

                          5.Bastards

                          6.The Altar Of Austerity

                          7.Doctrines of the Obsolete

                          8.Meathead

                          9.Déteste

                          10.Ruled By Cunts

                          11.The Bleakest Toll

                          12.Last Brexit To Nowhere

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par mortne2001 le 27/06/2018 à 18:34
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Merci pour ces commentaires élogieux. Et si vous voulez en savoir plus sur les groupes d'il y a 30 ans, allez faire un tour sur ma chaine : Shud, Dagon, Misanthrope ou Nomed vous y attendent...

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Concernant le clip de Belphegor, je suis un peu déçu... Je trouve qu'il y a de belles images (non, non, je ne parle par d'Helmuth), bien puissantes, mais qu'elles sont mal exploitées... dommage...

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Y'a un décalage entre la note et le contenu du texte

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Bien bon ça, même si ça sonne amateur vocalement. 

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Du thrash du vrai sans fioritures sans chichi ca tabasse style warbringer en moins bien mais en live cela doit le faire.

27/09/2020, 07:50

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Pas d'autre choix que d'attendre janvier pour enchainer les concerts a un rythme fou pour rattraper le retard.Attendre...Attendre.

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AH AH AH !!! !!! !!!coquerelle = Meilleur commentaire 2020 !!!

26/09/2020, 17:36

coquerelle

Ouais

26/09/2020, 09:19

metalrunner

J y perçois du vektor mais effectivement surtout du toxik de par le chant. Au moins ils ne cachent pas leurs influences. A écouter plus attentivement pour voir la digestion des dites influences.

26/09/2020, 08:50

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Ah, oui, ce titre me plait carrément. Le chant est génial avec effectivement un côté REALM ou FORBIDDEN, voire HIRAX.

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