Beast in the Mist

Speedclaw

20/04/2018

Shadow Kingdom

Devinez quoi. Du vintage pour vous, taillé sur mesure, quelle surprise non ? Pas vraiment, tant on se demande, à l’instar d’Hollywood et de ses remakes, si les musiciens d’aujourd’hui ne s’épanouissent pas plus dans le glorieux passé de leurs aînés que dans leur propre présent. Le débat peut être considéré comme futile, et la problématique anecdotique, pourtant l’issue est d’importance, et révélatrice d’une tendance qui depuis une dizaine d’années a la fâcheuse habitude d’empiéter sur le sens de l’innovation…Pas vraiment de quoi se plaindre pour le moment, d’autant plus que la grosse majorité des groupes s’adonnant aux plaisirs de la mode rétro sont plutôt compétents dans leur genre, mais si la vague continue de grossir, nous risquons de faire face à un raz-de-marée qui engloutira toute velléité d’originalité, ce qui a terme risque de nous pénaliser plus qu’autre chose. Mais avant d’en arriver à ce constat fataliste, sachons apprécier la musique pour ce qu’elle est, puisque celle proposée par les croates de SPEEDCLAW est plutôt du genre agressive et énervée, mais délicatement et subtilement décorée. Affichant trois ans d’existence, le quatuor de Rijeka (Dorian Perusic - batterie, Luka Jurisic & Luka Hrelja - guitares, Silvano Cosic - basse/chant) nous narre donc ses vues sur le patrimoine d’Europe de l’ouest via ce second EP, faisant suite à une introduction courte-durée Iron Speed, publiée en 2016. Ce Beast in the Mist, initialement paru en 2017 est donc relayé par le label US Shadow Kingdom Records, qui semble croire dur comme l’acier au potentiel de ses poulains, puisque l’objet sera formaté en vinyle, CD et tape, ce qui en dit long sur leur confiance. Mais à l’écoute des cinq morceaux plus intro de cette nouvelle sortie, il n’est pas difficile d’imaginer ce qui a convaincu la maison de disques, puisque ces morceaux sont taillés dans le Metal le plus chauffé, et répondent à une inspiration plurielle véritablement déchaînée.

Contrairement à pas mal de leurs petits camarades de jeu, les croates ne se fixent pas sur un mouvement particulier, et semble butiner de style en style pour polliniser le leur. On trouve donc dans leur approche des traces probantes de Speed fumant, des éléments convaincants de Thrash incandescent, et aussi pas mal de Heavy Metal pur jus, de quoi satisfaire tous les Heavy Metal maniacs ne s’étant jamais remis des avancées connues dans les années 80. C’est donc cette décennie bénie qui alimente une fois de plus l’imaginaire de jeunes musiciens, qui y trouvent leur compte et qui continuent l’entreprise de formulation entamée il y a bientôt quarante ans. De fait, et sous une pochette au graphisme qui sent bon les crayons de l’orée des eighties se cache un EP d’une efficacité terrible, mais aussi d’un niveau de jeu appréciable, qui condense en moins d’une demi-heure toutes les tendances, passant du Speed léger au Thrash effréné, sans paraître incongru ou inopiné. Impossible de ne pas craquer pour cette basse Core qui claque, pour cette rythmique vaillante qui frappe, et pour ces guitares que rien ne tempèrent, et l’ensemble dégage une fraîcheur incroyable, tout autant qu’une férocité imparable. Si l’empreinte des WARFARE, CROSSFIRE, AT WAR, TANK, et autres chantres de la NWOBHM est évidemment patente, le melting-pot proposé par le quatuor à des airs de pèlerinage sur les traces des premières vagues Heavy/Speed/Thrash européennes et américaines, mais c’est surtout la versatilité qui séduit, puisque de l’entame « Beast In The Mist » à l’ambivalence revendiquée, au final « Evil That You See » syncopé, le résumé est parfait, et surtout, sans faute de goût ni redite trop remarquée. Loin de se fixer sur un genre ou de réciter des leçons apprises à la volée, les SPEEDCLAW imposent leur patte, qui griffe les souvenirs de la NWOBHM et du spectre des DIAMOND HEAD et SAXON, tout en se plantant fermement dans la peau tatouée des vikings du Speed de l’époque, et des furieux du Thrash épique. On se retrouve donc en convergence de violence, avec des titres qui ne rechignent pas à se montrer beaucoup plus progressifs que la moyenne, et rebondissant de couplets Hard en refrains Thrash, tout en explosant au son de breaks Speed plus techniques qu’ils n’en ont l’air.

Et les croates connaissent la chanson, et maîtrisent les leurs, qui sont autant de crises de colère absolument pas larvées. Mais avec des intitulés comme « Faster Than Hell », impossible de se tromper et de remettre en cause l’allégeance à un mouvement qui n’en finit plus de nous faire pleurer les neurones, pas encore remis de toute cette créativité débridée. Entre une paire rythmique qui connaît son boulot et qui varie le tempo, et une paire de guitaristes qui riffent d’enfer et qui soloïsent en croisant le fer, on se surprend à headbanguer comme des sauvages mais aussi à siffloter d’un air plus sage, en pensant que si les chemins de METALLICA, RAZOR, ANVIL, TANK et CROSSFIRE s’étaient croisés, ils auraient pu dans un esprit d’émulation produire un titre comme celui-ci, encore plus rapide que l’enfer. On pourrait presque sentir les clous des bracelets sortir des sillons, et imaginer cet artwork ornant un dossard, tant cette musique sent la bière et les poings levés, et la furie d’une foule que rien ne semble arrêter. Et de riffs hautement accrocheurs en lignes vocales légèrement démoniaques, Beast in the Mist déroule et accumule les coups de boule, tout en prenant parfois soin d’adopter une posture plus cool. Impossible de détacher un segment plutôt qu’un autre, puisqu’ils sont tous bâtis sur le même moule, à l’instar de cet infernal « Rising In The Claw » qui après une intro à la tierce fait grimper le tempo et les fans au rideau, en juxtaposant un couplet purement Thrash à des coupures Heavy de grande classe. Affrontement permanent entre brutalité et mélodie, cet EP évite les pièges de la redondance du Power pour se concentrer sur la véhémence d’un Thrash à tendance Heavy qui balance, la purée évidemment, mais aussi les notes et les idées bien amenées. La production, intelligemment troussée nous ramène à des standards d’appréciation passés, mais refuse le statisme d’un cachet nostalgique trop prononcé en travaillant ses graves et en refusant aux médiums un son nasillard trop prévisible sur le tard. Tout ceci garantit donc une portée optimale, et si le timing dépasse souvent les six minutes, ça n’est pas à des fins de remplissage, mais parce que les chansons en ont besoin de ce ramassage.

Parfois, on s’y croirait carrément (« Aggression Strikes »), et la plupart du temps, ce second EP parvient sans peine à recréer l’ambiance des eighties si libérées, en jouant en rangs serrés, mais avec une aisance assumée. Une nouveauté qui n’en est pas vraiment une stylistiquement parlant, mais qui permet à la vague vintage d’éviter son creux, et de rebondir un peu. De quoi surfer sur la sauvagerie, sans se tremper de balbutiements qui paradoxalement évitent de trop se mouiller.


Titres de l'album:

  1. Prelude
  2. Beast in the Mist
  3. Faster than Hell
  4. Rising of the Claw
  5. Aggression Strikes
  6. Evil That You See

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 19/04/2018 à 14:11
88 %    461

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Voyage au centre de la scène : ASSHOLE

Jus de cadavre 17/01/2021

Vidéos

Eluveitie + Korpiklaani 2010

RBD 08/01/2021

Live Report

Sélection Metalnews 2020 !

Jus de cadavre 01/01/2021

Interview

Welcome To My Nightmare

mortne2001 26/12/2020

From the past

IXION : entretien avec Julien

JTDP 16/12/2020

Interview
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Orphan

Kairos, tu ferais mieux de fermer ton claque merde et en rester au métal.La politique Américaine, et manifestement la population de banlieue et ce qu'il s'y passe, tu ne maitrise pas !Et toi qui parle de lumière à tout les étages....

24/01/2021, 11:30

Invité

En soi le morceau est correct, mais j'ai juste attendu 4'50 un break guerrier qui te roule dessus et que ça parte...

24/01/2021, 10:39

Invité

Le kitsch et le ringard Made in France. Jamais copié, jamais égalé. Manque plus qu'un guest de Renaud Hantson et on coche toutes les cases du Hard à la Française des années 80.

24/01/2021, 10:33

Bones

Acheté ce matin en version simple (le digibook propose en bonus un DVD live qui ne m'intéressait pas plus que ça - youtube regorge de ce genre de trucs, ça ne vaut plus vraiment le coup de casquer pour des captations vidéo). 2 premières &(...)

23/01/2021, 23:25

Satan

A Simony : Je suis bien d'accord concernant "Alpha Noir" (mais n'oublie pas "White Omega" qui lui est beaucoup plus intéressant je trouve, avec ce côté Type O hyper assumé) et "1755" qui sont de vrais ratages. Surtout ce dernier q(...)

23/01/2021, 21:54

totoro

De manière générale, j'aime beaucoup Moonspell. Et je rejoins tout à fait l'avis de Satan sur les albums "cultes" du groupe. Et Simony, on a le même parcours concernant les lisboètes. Découverts avec "Sin/Pecado" qui re(...)

23/01/2021, 20:18

Simony

Idem, j'ai tous les albums jusqu'à Extinct et je suis assez d'accord sur Darkness And Hope, The Antidote. J'aime beaucoup The Butterfly Effect par exemple, Memorial, Night Eternal, Extinct tous ces albums sont très bons pour moi, avec Alpha Noir c'est d&eacu(...)

23/01/2021, 18:47

PtiMich

Ca fait du bien de revoir des trombines de l'époque !Faut absolument faire une émission sur NYHC* de l'époque ! (NancY Heavy Clan*)

23/01/2021, 17:48

Buck Dancer

Toujours une bonne nouvelle la sortie d'un nouveau Memoriam!!! 

23/01/2021, 15:39

RBD

Ils avaient collaboré avec les Krupps, aussi. À défaut d'être parmi les meilleurs dans un pays où la concurrence était relevée, ils étaient assez passionnés pour se reformer quand le revival Thrash est arrivé.

23/01/2021, 14:57

Moshimosher

La lecture de ces runes ne me semble pas très orthodoxe... pas inintéressant mais ça ne me semble pas si folk que cela... même si ce n'est pas complètement hors-sujet non plus...

23/01/2021, 14:41

Moshimosher

Ah... la douceur d'occire ! Reposons En Guerre avec Memoriam ! \m/

23/01/2021, 14:05

Humungus

Hâte d'entendre tout l'album pour me faire un avis plus éclairé.Quoi qu'il en soit, la voix du Bobby me fout toujours les poils et si la galette est à l'instar de ce titre, achat obligatoire !

23/01/2021, 13:10

Humungus

!!! BOLT THROWER est mort !!!!!! !!! !!! Vive MEMORIAM !!! !!! !!!

23/01/2021, 13:02

Humungus

1) Pardon, en me relisant, je me rend compte que je me suis très mal exprimé :J'adore MOONSPELL jusqu'à "Irreligious" inclus."Sin peccado", quoi que encore écoutable, c'est pour moi le début de la fin.2) Sa(...)

23/01/2021, 13:01

Satan

L'essence même de Moonspell réside selon moi dans le triptyque "Sin/Pecado" / "Darkness and Hope" / "The Antidote", donc bien loin des codes inhérents au bon vieux metooool. Donc cette étrange nostalgie qui consiste à se limiter(...)

23/01/2021, 12:50

Gerggg

Bah c’est du tout bon ca, un bon mid tempo bien lourd

23/01/2021, 10:03

Simony

Ah je n'irais pas jusque là Humungus mais là c'est mon côté gothopouf, je le sais... J'adore Sin / Pecado, je sais que ça n'a plus rien à voir avec le MOONSPELL des débuts mais c'est avec cet album que j'ai décou(...)

23/01/2021, 09:31

metalrunner

Putain c est du bolthrower pur jus j adore  

23/01/2021, 09:28

Humungus

gars*(Hé hé hé... Jolie lapsus...)

23/01/2021, 05:22