Quoi de nouveau sous le soleil brûlant du Metal progressif ? Le premier album d’un quintette originaire de Fredericton, Canada, qui après deux EP totalement instrumentaux se lance enfin dans le grand bain du longue durée, non sans s’être au préalable trempé les pieds dans la mer de sons du style.

Bilan préalable et en amont, instrumentistes capables, Progressif option raisonnable et mélodique, écueil de la démonstration stérile et clinique évitée, tout semble parfait, encore faut-il écouter le LP in extenso. Ce que j’ai bien évidemment fait, et que je ne regrette nullement…

Aiguillé par les conseils pertinents de mon ami local John Asher, qui me fournit régulièrement des tuyaux sur les champs de courses musicaux, je me suis donc intéressé de près à ce premier effort autoproduit qui finalement révèle bien des points forts, tout en aménageant quelques surprises pas inintéressantes du tout.

Formé en 2011 par trois étudiants de l’université St Thomas, Rodney, Alex et Adrian, dans le seul désir de passer du bon temps ensemble à jouer une musique correspondant aux gouts communs, TACTUS est bien vite devenu une entité viable lors de l’adjonction au line up d’Alec et Steve.

Une fois dans une configuration optimale, les cinq acolytes ont vite fait de dresser une liste non exhaustive de leurs passions communes, et des groupes qu’ils affectionnaient, histoire de donner une direction plus claire au projet.

Conscients que leur ouverture du Metal à d’autres styles pouvait intéresser des passionnés, les TACTUS ont procédé par étapes et n’ont pas fait languir les fans potentiels avec la promesse d’un EP éventuel, mais ont enregistré leurs compositions une par une pour se bâtir un répertoire conséquent. C’est ainsi qu’ils n’ont officiellement révélé leur existence qu’après avoir gravé leur première chanson, « Ridges », en juillet 2013.

Une fois le premier EP lancé, le chanteur Rodney et le batteur Alex suivirent leur propre chemin, et les TACTUS restants débauchèrent deux nouveaux compagnons, Jason MacKnight (ex-CRY OH CRISIS) et Ben MacLean (ex-PHARAOHS) pour compléter le second EP de leur carrière.

Le parcours continua, entre des publications constantes pour alimenter la curiosité de leur public, quelques reprises iconoclastes (« Roxanne » des POLICE), mais le but avoué était bien de finaliser la réalisation d’un premier album, ce qui est donc chose faite depuis ce mois-ci avec ce Bending Light autoproduit, qui s’il ne révolutionnera pas le petit monde fermé du Progressif et du Djent, apporte sa pas si modeste que ça contribution à l’édifice, en faisant preuve d’un bel élan mélodique et technique.

Si l’argument promotionnel vise intelligemment les fans de PERIPHERY, PROTEST THE HERO ou BETWEEN THE BURIED AND ME, d’autres références pourraient se voir ajoutées à cette liste non exhaustive, mais au petit jeu des comparaisons, nul ne sortant vainqueur, je me garderai bien de trop baliser le terrain. Disons que si ces trois repères ont été placés, c’est pour une bonne raison, pour vous permettre de délimiter le périmètre de jeu de nos cinq Canadiens qui aiment à synthétiser la puissance et la mélodie tout au long de chansons concises mais libres de ton et d’inspiration.

Violence instrumentale, délicatesse harmonique, dualité vocale entre gravité et apaisement zen, mélange de sophistication évolutive et de véhémence Djent poussée dans ses derniers retranchements Core, c’est une danse savamment élaborée à laquelle les TACTUS nous convient, et si leur nom suggère un savoureux jeu de mot entre les CACTUS et le Tarkus d’Emerson Lake and Palmer, le hasard n’a peut-être rien à y voir, ou inconsciemment…

Heavy et progressif, telle est la combinaison étalée sur les dix mesures de ce Bending Light qui en effet utilise toutes les réflexions de la lumières pour mieux éclairer les ténèbres.

Certes, le schéma est souvent similaire. Inserts brutaux dans une configuration harmonique, alternance de couches vocales antagonistes, juxtaposition de riffs ténus dans des allongements d’arpèges à l’électricité crue, on retrouve quelques systématismes d’un morceau à un autre, mais le tout est si intelligemment et finement agencé qu’on se laisse prendre au jeu.

Une guitare hispanisante par-là (« Colussus », plus CYNIC que MESHUGGAH), des cocottes Funky doublées d’une basse chaloupée par ici (« Feast Of Famine »), quelques syncopes brutales héritées d’un Mathcore pas vraiment avoué (« Goliath », qui en effet se pose en véritable géant tant en termes de durée que de puissance), de longues constructions en gigogne inspirées qui permettent quelques respirations exhalées (« Aurora », le plus symptomatique d’un Djent parfaitement digéré), en gros, une musique personnelle qui ne rechigne pas à piocher dans divers héritages pour assurer son avenir sans trop donner l’impression de lorgner sur le coffre du voisin.

Mais un véritable album de « Progressif » digne de ce nom n’en serait pas sans une longue progression approchant le quart d’heure ou plus, et les TACTUS se sont donc laissé aller lors d’une clôture aussi impressionnante que variée, « King of the Sky », qui pendant plus de quatorze minutes présente leur savoir-faire lors d’un jeu de chat et de souris savamment élaboré. On y retrouve tous leurs tics de composition, ces longues intros instrumentales typiques de leur passé pas si éloigné que ça, les plans alambiqués à la RUSH/FLOWER KINGS/SPOCK’S BEARD, qui découlent soudain sur une sauvagerie maîtrisée plus contemporaine et moins contemplative. Double grosse caisse oppressante, riffs graves mais précis, hurlements vocaux….

De là, peu importe le créneau puisque la créativité est bien présente, et entre ces nappes de claviers dignes des glorieuses eighties, ces chœurs désincarnés et ces frimas de percussions désassemblés, la sarabande étourdit sans faire perdre le fil, et se pose en digne conclusion d’un album pas encore tout à fait personnel, mais terriblement professionnel, sans être stérile, loin de là.

Intéressant début de carrière pour les Canadiens de TACTUS, qui démontrent que leur tactique pragmatique s’est avérée payante, et que la patience à décidément du bon parfois. Il reste quelques efforts à faire pour se dégager d’automatismes encore un peu trop présents, mais la base est saine et parfois très ludique (ce break presque enfantin de carnaval sur « King of the Sky » est un vrai délice), et laisse augurer de lendemains fleuris. Une façon bien à eux de filtrer la lumière, de l’infléchir, de la tordre pour lui faire adopter la forme la plus idoine pour s’insinuer dans tous les interstices, sans pour autant éclairer toutes les zones d’ombre.

Bending Light est disponible en version digitale sur leur Bandcamp, mais aussi en version physique sur leur propre site, alors ne vous gênez pas, achetez et partagez. C’est un échange de bons procédés qui satisfait tout le monde je pense.


Titres de l'album:

  1. Aurora
  2. All Roads
  3. Feast Or Famine
  4. Goliath
  5. Cardinal
  6. King Of The Sky

Site officiel

Bandcamp officiel




par mortne2001 le 07/11/2016 à 15:55
75 %    217

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