2019 fut l’année des grosses sorties, des grosses surprises, des nouveaux arrivants bien décidés à défendre leur steak, c’est aujourd’hui acquis, et tout le monde est passé à autre chose, soit 2020. Beaucoup pansent encore leurs plaies auditives, ayant défendu chèrement leurs tympans dans la bataille de la qualité brutale, mais la plupart d’entre nous réalisons encore avec effarement à quel point ces douze mois écoulés ont été d’une qualité incroyable, et riches en sorties phénoménales. A tel point que j’ai dû cette année me fendre d’un top 10 et non d’un top 5 pour mettre en avant les albums le méritant vraiment. 2020 fera-t-elle retomber le soufflé ou maintiendra-t-elle le niveau incroyable de son aîné ? J’aurais pu plus ou moins répondre à cette question, mais décidément, 2019 a la vie dure et ne compte pas mourir de sa belle mort. Et pour cause, elle continue d’envoyer ses plus vaillants combattants en dernière ligne pour tenter de survivre encore dans nos mémoires pourtant pleine d’acuité. Et aujourd’hui, je me retrouve projeté quelques mois en arrière, en septembre plus exactement, mois qui a vu l’émergence d’un nouveau combo passé complètement au travers de mes radars, mais qui a heureusement refait surface au gré des Bandcamp…C’est ainsi que j’ai pu faire la connaissance totalement fortuite des HIGH COMMAND, et de leur premier LP Beyond the Wall of Desolation, et très sincèrement, je me félicite de ce léger retard puisque ce premier effort aurait immanquablement intégré mon top 10 de fin d’année. Pourtant, une fois encore, le Thrash nostalgique régna en maître ces douze derniers mois. Entre la découverte de nouveaux artistes et la confirmation d’anciens, mon année fut découpée en tronçons fins par des guitares sans pitié, mes roustons régulièrement écrasés par des rythmiques enflammées, mais je l’admets, pas grand-chose ne serait arrivé à la cheville de ce premier album qui a de faux airs de magnum opus de combo confirmé et capé, malgré la jeune existence du groupe en question.

Ce qui m’a mis la puce à l’oreille, c’est cette signature sur Southern Lord. Je me doutais un peu de l’anguille sous roche, le label n’ayant pas pour habitude de miser sur de mauvais chevaux, ou des canassons mal débourrés. Et après quelques minutes d’écoute, l’évidence frappe au coin du bon sens. Les membres de HIGH COMMAND sont des orfèvres du genre, de vrais amoureux de la syncope, des maniaques de la violence, qui ont su tirer le meilleur parti de l’enseignement des anciens pour apprendre à manier les bonnes armes. Les armes justement, sont celles de leur thématique, l’Heroïc-Fantasy, ce qui au prime abord aurait pu nous faire penser à un combo Power/True Metal pur jus. Bien loin de la réalité sociale et cruelle de leurs congénères furieux, ces originaires de Worcester, Massachusetts ont privilégié l’optique à la Tolkien pour nous aplatir les tympans, et on s’accommode fort bien de ce parti pris, puisqu’il s’accompagne d’une musique tonitruante, pénétrante, musclée, mais surtout, inspirée. Enregistré et produit au Machines With Magnets de Pawtucket, Rhode Island, Beyond the Wall of Desolation sonne comme le monstre qu’il est vraiment, et s’aligne sur la vision qu’ont eue ses auteurs de lui. Quelle vision ? Celle qu’ils ont de leur propre musique, qu’ils aiment à voir comme l’équivalent sonore d’une horde barbare, le passage d’Attila et de ses huns pour cramer le gazon et ne jamais le voir repousser. Impossible de contredire les musiciens (Kevin Fitzgerald - chant/textes, Ryan Mcardle & Razzle - guitares, Chris Berg - basse et Pitz - batterie), et ce, dès l’écoute de « Inexorable Darkness ». Pourtant pas forcément le titre le plus inoubliable du lot, cette entame franche qui nous distille une courte intro orageuse lâche les chiens de l’enfer en quelques secondes et nous écrabouille d’un énorme riff redondant propulsé par un up tempo diabolique et menaçant. Une accélération plus tard, et la machine est lancée, à vive mais mesurée allure, et l’intensité dégagée par le quintet lui permet presque de défier les cadors du Black/Thrash colombien ou brésilien sur leur propre terrain. Mais pas d’équivoque, c’est uniquement la puissance terrifiante des américains qui les rapproche du Black/Thrash, leur optique étant résolument et uniquement Crossover. Et là n’est pas le moindre de leurs exploits.

Le plus remarquable, est d’avoir réussi à signer une musique sonnant presque novatrice en utilisant des ingrédients connus de tous. Sans vouloir se livrer au petit jeu des influences notables, qui sont trop nombreuses pour être listées, le connaisseur reconnaitra de près ou de loin l’union entre hier et aujourd’hui. Il comprendra vite que les américains sont parvenus à bâtir un pont entre SLAYER et POWER TRIP, et à se poser en parangon d’une troisième génération de thrasheurs, érudits, mais assoiffés d’indépendance et d’identité propre. Véritable collection de riffs de première catégorie, véritable mine de contretemps et d’accélérations, véritable concentré d’intelligence de composition, Beyond the Wall of Desolation surpasse toute la production actuelle de sa densité et de son épaisseur, et ose même l’optique progressive si chère à nos DEATH ANGEL/HEATHEN par l’entremise d’un morceau aux proportions homériques, et au parfum héroïque. « Devoid of Reality », et ses plus de huit minutes bien tassées, passe tout en revue, le lapidaire et instantané made in Bay Era, la solidité de l’acier allemand inoxydable, l’esprit aventureux et mystique de SABBAT, le métissage viril de DEATH ANGEL, et nous pulvérise de sa lourdeur oppressante. Une fois encore, il convient de saluer le boulot incroyable des guitaristes qui ne peinent jamais à trouver LA bonne idée pour maintenir l’attention, mais soulignons aussi le vocal radical de Kevin Fitzgerald qui harangue l’auditeur comme le fils illégitime de Don Doty et Mille Petrozza, jamais avare d’un cri glaçant, et toujours pugnace dans ses lignes de chant. Très logiquement, et malgré la durée raisonnable de l’effort, on s’attend à une baisse de régime, expérience oblige. Mais les HIGH COMMAND sont décidément des cas à part, et « The Commander’s Code » d’appuyer encore plus fort là où ça fait du bien quand ça fait mal, avec son éclat de rire luciférien et sa soudaine montée en puissance qui casse les reins.

Le secret de la bande ? Jouer le Thrash avec la conviction et l’énergie du Hardcore, tout en prêtant allégeance aux impératifs sonores et techniques du genre. En résulte une sorte de Crossover inhabituel, qui casse des bouches en citant Tolkien, Beyond the Wall of Desolation est sans conteste le meilleur album de Thrash de la fin des années 80 enregistré en 2019. Avec sa production plus qu’analogique, son implication incroyable, et son ampleur éléphantesque, ce premier album est déjà l’aboutissement d’une jeune carrière, et l’assurance que la nouvelle génération restera toujours fidèle à l’ancienne. Le groupe nous laisse même sur une dernière crise de colère en forme d’hymne (« Beyond the Wall of Desolation »), avant de quitter les lieux, contemplant le champ de ruines que sont nos oreilles. Putain, 2019, tu nous as fait mal, mais on ne t’oubliera jamais. Quelle branlée !             


Titres de l’album :

                           01. Inexorable Darkness

                           02. Merciless Steel

                           03. Impaled Upon the Gates

                           04. Devoid of Reality

                           05. The Commander’s Code

                           06. Vision from the Blade

                           07. Forged to Kill

                           08. Beyond the Wall of Desolation

Bandcamp officiel

Facebook officiel


par mortne2001 le 23/01/2020 à 17:42
95 %    311

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Yann
@78.192.38.132
24/01/2020 à 12:29:13
Pas particulièrement convaincu. Peut-être à ré écouter...

Ajouter un commentaire


Almanac

Rush of Death

Mariana Semkina

Sleepwalking

Glaciation

Ultime Eclat

Milking The Goatmachine

From Slum to Slam - The Udder Story

Aevum

Multiverse

Burning Witches

Dance with the Devil

Aleister

No Way Out

Conny Bloom

Game! Set! Bloom!

Death. Void. Terror.

To The Great Monolith II

Vulcano

Eye In Hell

Vaisseau

Horrors Waiting In Line

Justify Rebellion

The Ends Justify The Means

Uncut

From Blue

Invocation

Attunement to Death

Lag I Run

Vagrant Sleepers

White Ward

Love Exchange Failure

Pissed Regardless

Imperial Cult

Infidel Reich

Reichenstein

Telepathy

Burn Embrace

Paganizer

The Tower of the Morbid

LA CAVE #4 : une sélection d'albums / Spécial Black Metal

Jus de cadavre / 21/03/2020
Black Metal

Napalm Death + Eyehategod + Misery Index + Rotten Sound

RBD / 09/03/2020
Brutal Death Metal

Stolearm

RBD / 17/02/2020
New Wave

Pastor of Muppets

RBD / 12/02/2020
Brass Band

J'irais Mosher chez vous ! Episode 2 : Indonésie

Jus de cadavre / 08/02/2020
Asie

Concerts à 7 jours

Jodie Faster + Gummo + Verbal Razors

02/04 : La Brat Cave, Lille (59)

+ Mars Red Sky

03/04 : L'Ubu, Rennes (35)

Krisiun + Gruesome + Vitriol

30/03 : La Cartonnerie, Reims (51)

Taake + Necrowretch + Kampfar

30/03 : Backstage, Paris (75)

Photo Stream

Derniers coms

pas le 27 Avril mais c est le 17 Avril voir site;
https://wickedmetalreview.wixsite.com/wickedmetalreview/post/reptilium-adrenochromacy?fbclid=IwAR3mQiBqH-HFePj2K1w3WrzchVjL2mABPa-drsZ2slIrmbxKotYt1qe3r6g


Ah, effectivement : la pochette est terrible !!


merci pour ton report
Je n'ai pas pû me déplacer pour cette affiche monstrueuse, ce qui rend la lecture douce et cruelle à la fois.


Un produit plastique crée de toutes pièces, sasns identité ni âme. Merci Nuclear Blast de cracher sur le patrimoine.


Seul le premier album était excellent, les 2 autres dont celui-ci de moins en moins bons.


Et bien... quelle chronique Mr Mortne une fois de plus !
Un album pas encore écouté pour ma part, mais j'ai limite l'impression pourtant, tellement on en entend parler partout. J'y jetterais une oreille certainement, en asseyant de faire fi des polémiques l'entourant.


Ah ah ah !!!
C'te pochette est juste géniale bordel !


Effectivement le chant fait très Hreidmarr.


Concernant le chant je me suis fait la même réflexion oui ;)


J'aime beaucoup les grattes. Le chant fait sacrément penser à du Hreidmarr (metal archives ne dit rien sur le line-up mais, quand même !).


Pour l'instant je n'ai pas eu vent d'annulation quant au Festival de Nîmes. Comme il s'agit d'une suite de concerts indépendants à jours séparés étalés sur un mois il n'est pas nécessaire d'envisager une annulation en bloc pour le moment, je pense. Les premiers concerts de la deuxième quinz(...)


Son état à l'air assez sérieux. Plus ça va, plus la grippette qu'on nous a vendu devient de plus en plus vénère.

sinon la news mériterait d’être réécrite, un peu trop de répétitions et désagréable à lire.


En Argentine, cest confinement depuis une semaine. Le virus est arrivé plus tard qu'en Europe et ne s'est pas encore trop répandu, meme si le nombre de cas augmente chaque jour petit a petit.

Solidarité !!!


C'est un truc de fou cette histoire, et ce n'est que le début. Ici on est confiné quoi... Et hélas oui ça va arriver au Québec aussi, comme partout ailleurs je pense... Faudra faire gaffe à vous aussi !


Sur certaines intonations de voix, on dirait Stéphane Buriez, vraiment un thrash de qualité, merci pour la découverte Simony.


+1 Jus de cadavre pour Profound Lore.

Moi aussi en ce moment j'écoute pas mal de leurs prods. Le dernier Pa Vesh En est une belle claque aussi. C'est vrai que la ligne directrice est très cohérente.


Ultra combo, j’espère qu'il va aller mieux. C'est vraiment la merde ce truc.

J’espère que vous tous et vos familles vous avez pas trop de soucis. Ici au Quebec on est pas encore trop touché, mais on va dire que cela arrive à grand pas.


Le festival de Nîmes avec les foo fighters, nightwish, deep purple en juin mais pas aux mêmes dates ça aura lieu vous pensez ?


Voilà un bien bel exemple du fameux "impact sur notre musique" dont causait Simony il y a quelques jours...


Merci beaucoup Ari91.
Je n'avais même pas été foutu de trouver moi même cet article sur le site officiel...
Aaaah vieillesse !