Bon, finalement, les frontières se brouillent. Moi qui pensais savoir, me retrouve finalement dans la peau d’un Jean Neige qui ne sait rien du tout. Car après tout, qu’est-ce que le Blackened Thrash ? Jusqu’à lors, l’explication me paraissait plutôt simple, et évoquait des images sombres de Thrash joué avec la force et le nihilisme du Black le plus intense, mais voilà que mes certitudes sont remises en cause par un combo canadien se réclamant du mouvement. Et après écoute intense de leur dernier méfait, je n’ai pas vraiment réussi à trouver le moindre élément probant de présence de BM dans leurs morceaux, à de rares exceptions près. Serait-il possible que cette mouvance déjà résultante de plusieurs composantes soit disponible en plusieurs philosophies différentes ? Ou que certains musiciens, durcissant le ton, floutent aussi de leur propre côté des limites pas vraiment claires et affirmées ? La question reste en suspens, mais au-delà des querelles de clocher, somme toute assez anecdotiques, ce nouvel effort des BLACKEST SIN n’est pas dénué d’intérêt, même s’il n’approche pas vraiment de près ce fameux péché le plus sombre qu’il semble incarner. Non, la musique des originaires de Calgary, Alberta, rappelle plutôt celle d’un Thrash sombre des nineties, sans pour autant marquer le pas d’une nostalgie qui n’a pas lieu d’être. Leur instinct mélodique étant aussi affirmé que leur propension à tout détruire, le cocktail est assez détonnant faute d’être étonnant, et leur investissement mérite le vôtre, qui se trouvera fort satisfait une fois que la bise du nord sera venue.

Fondé en 2009, et ayant connu quelques problèmes de stabilité, le quatuor (Rob Salewich - guitare/chant, AJ Bergin - guitare, Tim Lewis - basse/chœurs et Nick Meunier - batterie) nous propose enfin après plusieurs années de silence son second LP, qui semble s’incarner autour d’un melting-pot d’influences assez difficiles à identifier, empruntant parfois au vocable Thrash le plus pur de quoi traduire leurs discours Death les plus durs. Et à l’occasion d’une composition aussi brillante que brutale comme « Behind Closed Doors », les préjugés ont la vie dure, tant les quatre musiciens nous baladent d’impulsions harmoniques typiques d’un Heavy nordique en bourrasques de violence blastée symptomatique des dérives BM glacées. Alors, Thrash, Death ou Black ? Un peu de tout ça, et la trajectoire suivie depuis Blackest Sin, leur éponyme début de 2013 n’est pas vraiment linéaire, ce second LP ayant du mal à s’enraciner dans un terrain particulier, préférant profiter de floraisons diverses pour nous faire renifler son pistil damné. L’image est certes fortement connotée, mais l’ensemble est d’une telle virilité que je n’ai pu m’empêcher cette métaphore culottée, et lorsque les instincts Thrash prennent le dessus pour porter allégeance aux AT THE GATES les moins affolés, le compteur s’emporte, et les riffs entrent en farandole (« Throne To The Wolves », au chant raclé, et aux guitares mélodiques possédées). Pour être honnête, Blood Eagle est de ces albums qu’il faut laisser infuser, en mettant de côté des à priori que l’entame discutable pourrait susciter. En effet, malgré son placement aux avant-postes, « Ruins » n’est pas franchement le genre d’accroche qui colle, et son côté foutoir à peine organisé ruiné par une production un peu tassée n’est pas à même d’hypnotiser une fois les premières mesures tassées. Heureusement, « Moosemilk » et ses tonitruantes premières mesures nous rassure, à peu près autant que son énorme up tempo qui fait honneur au CHANNEL ZERO le plus costaud. Rythmique soutenue, chant qui module sur ses cordes, et paire de guitaristes qui riffent d’acier, le ton est donné, et l’emprise ne va plus se relâcher. Il eut été beaucoup plus judicieux de placer ce morceau en ouverture, puisque son caractère farouchement mélodico-Thrash est beaucoup plus pertinent que celui erratique de la composition qui le précède, mais ceci n’est qu’une remarque mineure…

Ambition, persuasion, évolution, pas de deux et de côté, Blood Eagle est décidément très difficile à cerner. Lorsque la bande s’emballe et réconcilie le Death et le Thrash en mettant l’emphase sur des BPM sauvages, la tension monte d’un cran, et catapulte les ICED EARTH dans l’univers des SABATON, sans pour autant invoquer un quelconque pardon. « Blood Eagle », archétype de composition épidermique qui vous pince et vous pique, développe de magnifiques qualités harmoniques atomiques, qui bousculent les conventions d’une progression qui finalement, est aussi imprévisible qu’appréciable. Chant qui se dédouble et invoque les démons, pour une orientation de plus en plus progressive, qui apporte une plus-value à un LP qui sous des prémices brouillons, finit par trouver le bon ton. Les breaks s’accumulent, la méfiance recule, et l’auditeur se retrouve plongé dans le feu de l’action, sans extincteur pour en éteindre les flammes de passion. Si l’on pourra reprocher quelques approximations de production, plutôt mièvre dans les instants les plus cléments, l’album en lui-même fait preuve d’un solide investissement, qui laisse présager d’interprétations live assez méchantes. D’ailleurs, et pour bien enfoncer le clou dans vos tempes, la procession se termine sur le morceau le plus ample, qui du haut de ses sept minutes, fait beaucoup plus que résumer tout ce qui l’a précédé. On retrouve évidemment les composantes de ce Heavy Thrash au ton durci, ces riffs teigneux et cette rythmique polyvalente, ce chant grognant et ces passages qui s’enfilent joyeusement, mais « Frostbite », en tant que conclusion, offre d’autres pistes qu’il sera intéressant de suivre à l’avenir, même si une fois encore les passages mélodiques semblent avoir été introduits au chausse-pied. On exigera à l’avenir une plus grande fluidité entre les accès de rage et les humeurs nostalgiques en naufrage, mais il est certain que la production n’aide en rien à leur fusion, même si ce dernier morceau fait montre d’un aplanissement plutôt rassurant.

Alors, peu importe que le Thrash des canadiens soit Black ou Heavy, puisqu’il est féroce et fleuri, et qu’il offre une variété d’impulsions qui évite la lassitude en oraison. Quelques accents un peu sombres, une interprétation sans failles et des guitares lourdes comme le marbre d’une tombe, ce péché n’est sans doute ni le plus véniel, ni le plus prolixe en fiel, mais il est suffisamment cruel pour se voir condamné aux flammes de l’enfer pour l’éternité. On demandera juste à l’avenir des corrections au niveau du son, et des idées qui se télescopent moins violemment. Mais d’ici là, appréciez ce Blood Eagle qui sans voler jusqu’au zénith, plane déjà à des hauteurs interdites.


Titres de l'album:

  1. Ruins
  2. Moosemilk
  3. Sticky Fingers
  4. Behind Closed Doors
  5. Throne to the Wolves
  6. Blood Eagle
  7. Frostbite

Facebook officiel



par mortne2001 le 10/01/2018 à 17:42
75 %    228

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Véhémence

Par le Sang Versé

A Pale Horse Named Death

When The World Becomes Undone

Jetboy

Born To Fly

Lugnet

Nightwalker

Insanity Alert

666-Pack

Triste Terre

Grand Oeuvre

Flotsam And Jetsam

The End of Chaos

Necrogosto

Necrogosto

Mayhem

De Mysteriis Dom Sathanas

Horrisonous

A Culinary Cacophony

Dust Bolt

Trapped in Chaos

Pissgrave

Posthumous Humiliation

Aberracion

Nadie Esta Libre

Malevolent Creation

The 13th Beast

Together To The Stars

An Oblivion Above

Queensrÿche

The Verdict

Musmahhu

Reign of the Odious

Cold Colours

Northernmost

Destiny Ocean

Peace Love & Heavy Metal

Endless Disease

The End of All Life

Liévin Metal Fest #4 (samedi)

JérémBVL / 18/03/2019
Benighted

Cernunnos Pagan Fest 2019

Simony / 12/03/2019
Celtic Metal

LORDS OF CHAOS / Critiques du film

Jus de cadavre / 12/03/2019
Film

Interview HATRED DUSK

JérémBVL / 11/03/2019
Death Metal

Concerts à 7 jours

+ Meshiaak + Overkill

20/03 : Le Trabendo, Paris (75)

Meshiaak + Overkill + Flotsam And Jetsam

20/03 : Le Trabendo, Paris (75)

Photo Stream

Derniers coms

Exactement la même sensation d'un rendu un peu plus "pop" avec ce nouvel album mais une fois rentré dedans je le trouve absolument excellent. Je me suis forcé à l'enlever de ma platine parce que sinon il aurait fait l'année dessus, mais il va très vite y revenir comme ses illustres prédécess(...)


Aaaaaahhh !!!
A PALE HORSE NAMED DEATH !!!
Un des rares groupes actuels dont j'attends les sorties et tournées avec toujours la même réelle impatience.
Une fois de plus, je ne suis pas déçu par leur dernier ouvrage.
Comme le dit très justement Simony, il faut toujours u(...)


Un album juste incroyable. Une ambiance de fou, des riffs guerriers et mélodiques, une production très claire (limite trop "bonne", ce serait mon seul "reproche"). Le premier morceau est pour moi une leçon de Black épique. Juste excellent !
Un grand bravo au groupe et merci mortne pour ce(...)


Ah oui, bizarre, c'était 18h la semaine dernière.
Comme y'a "que" 3 groupes au lieu de 4, ceci explique cela. Cool, tant mieux !


Sur le site du Trabendo, il est annoncé une ouverture des portes à 19h00...
http://www.letrabendo.net/overkill-2/


Meshiakk a jeté l'éponge, remplacé par Chronosphere sur la tournée mais pas sur la date de Paris, ni en suivant. Dommage, c'était un choix plus cohérent. Du coup, pas de groupe local avant Flotsam n'est annoncé. Quelqu'un sait-il si le premier show démarre juste à l'ouverture des portes, pr(...)


"De Kristian Vikernes ou d’ Øystein Aarseth, qui est le vrai coupable ? On ne le saura sans doute jamais, et c’est tant mieux."

Le vrai coupable ça reste celui qui a tué l'autre.


Hmmm... le nouvel Abnormality n'a pas l'air de dévier et c'est bien ce qu'on demande !


plutot death que thrash. definitivement


mème chose on est loin du 1er album (ah jeunesse)....


Un côté très old school, et autant proche du thrash que du Death.

Morceau sympa, j'attend un peut mieux du reste.


Ah ah ah !
Ouais merde... Putain, je pensais pourtant avoir fait "le tour de la question"...

PS : Il me semble même qu'il escompte adopter avec son compagnon du moment.


Va falloir que je l'écoute en entier cet album, j'ai ignoré quasiment tout le mouvement black de ces années, mis a part ugra karma et ceremony of the opposites.


TU as oublié de préciser qu'il était homo également


Une pierre angulaire du black, un album essentiel, un manifeste à le fois séminal et terminal. J'ai dû l'écouter des centaines de fois depuis mes débuts de metalhead il y a près de 25 ans, et je ne m'en lasse toujours pas...


D'après mes sources, Emory Cohen (Varg Vikernes dans le film) est effectivement juif.
Mais également éthiopien par sa mère, gitan du côté de son père, encarté au Parti Communiste et d'obédience maçonnique.


"Le plus drôle, c'est que l'acteur qui joue Vikernes s'appelle Cohen"

Et encore, il aurait pu être noir !!!


1) "Je ne jurais que par Darkthrone en BM Norvégien"
Rassures-toi, il y a pire comme référentiel hein.
2) "A l'occasion d'un concert (en salle) où le groupe jouait "De mysteriis (...)" en intégralité y a eu le déclic"
J'avais forcément vu le groupe avant en live (claquasse (...)


Oui il est juif, le réal avait vraiment une dent contre Varg je crois, ou alors de l'humour :D ! Ça lui reste en travers de la gorge ce film je pense à Varg, il fait des vidéos ou il commente le film, énumère toutes les erreurs et mensonges (selon lui bien sur)... Je comprends qu'il veuille se(...)


J'ai vu le film est il est super captivant, je retiens pleins de bons point donc je vais dire le peut de "décevant".

1-Certains membre de Mayhem trop en retrait, Necrobutcher viré comme ça en quelques seconde, Hellhammer trop discret, pas une seul fois le nom de Maniac.

(...)