Blossom

Khimaira

15/06/2019

Autoproduction

Je suis peut être pinailleur, je suis peut être pénible, mais j’ai toujours préféré les artistes qui tentent des choses et qui se vautrent que les moutons de photocopieuse qui attendent patiemment leur tour à la pompe à eau pour reproduire les idées des copains. Certes, c’est parfois très bien fait et je tombe aussi dans le panneau, me réjouissant de similitudes, mais finalement, les trucs bricolés à la hâte et qui n’atteignent pas vraiment leur but sont vraiment ma catharsis artistique. Beaucoup ne comprennent pas ce point de vue, mais je suis certain qu’il est partagé par ces deux musiciens venus d’Edmonton, Alberta, Canada, qui nous présentent leur premier EP de…Dream Death. Nicholas Henderson (batterie/chant) et Paul Lecours (guitare/basse), sont donc des nouveaux venus sur la scène extrême, et nous soumettent ce mélange étrange, fait de tendances disparates assemblées pour paraître homogènes, et rappellent quelques fragrances du passé, lorsque la scène Death pouvait s’enorgueillir de parents bizarres de la trempe de DISHARMONIC ORCHESTRA ou PUNGENT STENCH. Non que les KHIMAIRA empruntent les mêmes chemins biscornus, non qu’ils se montrent aussi avant-gardistes ou géniaux, mais ils partagent cette façon de voir les choses autrement, de façon moins figée, qui permet à leur musique de ne sonner comme aucune autre, à défaut d’être fondamentale dans le cas de notre duo. Difficile d’ailleurs de s’étendre sur le cas de ce Blossom, qui nécessite d’être écouté et réécouté pour être appréhendé, et mon laïus se voit d’ailleurs opposé une fin de non-recevoir avant même d’avoir été écrit, les mots peinant à rester fidèles à la réalité.

Peu d’infos à vous soumettre sur ce concept en dehors des mentions faites sur leur Bandcamp et page Facebook, puisque les KHIMAIRA se placent sous un jour assez personnel et indescriptible. Ils choisissent d’ailleurs de se protéger derrière le paravent de l’expérimentation pour justifier de leurs errances, et si le terme est encore un peu excessif, il permet de laisser le projet dans un flou qui lui convient très bien. Fondamentalement, l’optique des deux amis est résolument Death, eut égard à cette ambiance poisseuse, à cette pesanteur moite, à ces riffs lourds et insistants, et à ce chant vomitif, un peu résigné sur les bords. Mais un Death alambiqué, distordu, regardé à travers un prisme subjectif, rempli de dissonances, de stridences, d’accords déviants et de breaks vicieux, le tout joué à un rythme assez lent qui ne laisse que peu de place aux accélérations brutales habituelles du genre. Une sorte de Death qui se veut parfois mélodique comme du Post, assourdissant comme un Doom joué par des psychopathes en goguette, mais totalement libre, et affranchi de toute contrainte. Ne comptez d’ailleurs pas sur moi pour effectuer d’autres comparaisons hasardeuses que celles que j’ai déjà utilisées, sous peine de passer pour un pauvre cuistre, mais il est en effet impossible de rattacher un titre aussi évolutif et construit que « January » à une image passée, ou à un souvenir musical tenace. Tout ce qu’on peut dire sans risquer de se tromper est que les KHIMAIRA ne sont pas encore prêts à se faire enfermer dans une case précise, et qu’ils dérivent donc le long du courant de leur propre inspiration, encore plurielle, et un peu…dispersée.

Loin de moi l’idée de vous convaincre que nous tenons là la nouvelle révélation d’un Metal extrême moderne et décomplexé. Les idées sont encore un peu trop similaires d’un titre à l’autre, et les déviations trop prononcées pour être admises. Mais le fait d’avoir relié cette courte intro (« March ») à la thématique mélodique du final de plus de onze minutes témoigne déjà d’une ambition tangible, et si « Celestial Sea » ne persuadera pas les plus brutaux d’entre vous de l’appartenance de Paul et Nicholas à la caste des défricheurs Death les plus essentiels, ils persuaderont les moins classiques du caractère farouchement indépendant de leur démarche. Cette guitare grasse qui n’hésite jamais à briser les codes, cette voix un peu dédaigneuse et non traitée, ces appuis rythmiques qui ramènent parfois à l’orée du genre, et plus globalement ce mélange qui sonne frais et au moins original nous permettent d’écouter autre chose qu’une énième bourrinade stérile et vaine, sans vraiment nous fédérer complètement à sa cause. Il est tout à fait possible de se montrer un peu réticent à ces lignes vocales plus grognées à la Tom Warrior aphone que beuglées à la Chris Barnes après ingurgitation d’un piment, il est compréhensible d’être lassé par ces cassures de rythme qui amènent souvent des riffs fatigués et épars sur la table, mais il serait en tout cas malhonnête de ne pas reconnaître que Blossom ose, dérange, chamboule, choque (un peu), en se plaçant en convergence du Death, du Post, du Doom, du Sludge, et même d’une certaine attitude Hardcore eu égard à la sécheresse globale. La production plus qu’honnête permet d’apprécier les quelques fioritures (la grosse basse incongrue de « Cloud Gazer »), les tics à la VOÏVOD sont dans l’ensemble assez bien digérés par un estomac solide, et le côté imprévisible de la chose lui confère un charme que son manque de stabilité rend encore un peu fragile.

Mais avec quelques années, des concerts, quelques certitudes en plus, les KHIMAIRA pourront prétendre faire partie de cette caste rare d’artistes qui refusent les convenances et n’en font qu’à leur tête, et qu’importe qu’elle soit parfois encombrée d’idées pas toujours efficaces. Seuls les timorés restent dans le rang, les autres prennent plaisir à en sortir, au risque de se prendre une claque.

            

Titres de l’album :

                      1.March

                      2.Celestial Sea

                      3.Cloud Gazer

                      4.Botanic Aviary

                      5.January

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par mortne2001 le 02/09/2019 à 17:26
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