Putrid Stench

Violentor

01/05/2019

Infernö Records

Pas de question inutile, malgré l’ambivalence suscitée par cette pochette sombre et absconse. Au prime abord, on pourrait croire que les VIOLENTOR sont de vulgaire petits black-metalleux de bas étage adeptes de low-cost et de lo-fi, mais je dissipe ce doute et mets les choses au point. Non, car ces italiens ne sont rien de moins que l’une des incarnations les plus bestiales de la vague nostalgique old-school Thrash, ce qu’ils prouvent depuis quinze ans maintenant. Fondé en 2004, ce trio d’iconoclastes regrettant le bon temps ou les temps à la batterie n’étaient pas le problème le plus important (école Witchhunter, cursus SODOM de 1982 à 1985) prône donc des valeurs passéistes, mais avec la morgue la plus absolue qui soit.  Fondé à Lucques, cette assemblée de brutes épaisses a d’abord joué profil bas, ne publiant aucune démo ou EP, avant de débouler sur le marché en 2011 avec son premier long, Violentor, qui avait le mérite d’être clair et légèrement véhément. Et c’est sans attendre plus que quelques mois que Rot vit le jour en 2012, précédant de trois ans Maniacs, en 2015, qui résumait à merveille la philosophie du trio. Et la version 2019 de VIOLENTOR n’est ni plus sage, ni plus propre qu’auparavant, puisque les trois italiens foncent toujours bille en tête, convaincus que si personne n’a tourné les pages de leur éphéméride depuis 1985, c’est qu’il y a une bonne raison. Hébergés par notre écurie nationale Infernö Records, Ale (guitare/chant), Ricca (basse) et Iago (batterie) reviennent donc nous conter fleurette sur fond de Thrash primaire et brutal, jouant le tout avec une énergie Punk que leurs aînés d’IMPALED NAZARENE et VENOM pourraient leur envier s’ils n’en étaient à l’origine.

Remontés comme des pendules, nos trois animaux ont encore accentué la puissance et la vélocité de leur musique, sans qu’elle ne perde de sa facilité d’approche. Passés maîtres dans l’art de recycler de vieilles recettes et de les rendre plus fraîches qu’un plat de pâtes tombés sur sol crasseux d’une vieille pizzeria, les VIOLENTOR confirment leur allégeance au Thrash le plus basique et cruel qui soit, sans toutefois sombrer dans le chaos ou la mélasse inextricable. Ici, on joue crade, mais précis, violent, mais intelligent, et avec une petite demi-heure au compteur, Putrid Stench n’empeste pas la bile régurgitée après un concert de GENOCIDE, mais bien les tripes encore tiède partagées en répète par Tom Angelripper, Cronos, BULLDOZER, GBH, MOTORHEAD, Quorthon et récupérées par les mecs de CRIMSON SLAUGHTER pour agrémenter leur saucisson. C’est toujours aussi direct, franc du collier, mais aussi jouissif que la découverte de la débauche sonore par un adolescent traumatisé par la puberté. On ne perd pas de temps à expliquer pourquoi avant c’était mieux que maintenant, on le démontre à grand renfort de rythmiques nucléaires, de riffs d’enfer, de régurgitations vocales en grosses glaires, et on mélange le tout pour obtenir le cocktail le plus radioactif possible. Toujours aussi fondus de rythmiques ayant donné naissance au Crust et au D-beat, les transalpins n’hésitent toutefois pas à accélérer la cadence pour rappeler que leur beau et ensoleillé pays fut l’un des plus téméraires dans les années 80 (« Destroy the Enemies », si avec ça ils ne sont pas détruits, c’est qu’ils sont encore plus pourris).

En gros, la quintessence d’un Thrash paillard, sombre mais rigolard, qui a bien retenu du solfège quelques leçons pour jouer carré, mais toujours débauché. Le ton est donné avec l’introductif « The Escalation », qui après une entame samplée de rigueur nous chauffe à blanc avec son riff de terreur, percussions toutes dents dehors et rouleau-compresseur en action. C’est simple, la formule est d’usage, mais les trois marsupilamis ont cette approche qui n’appartient qu’à eux, et qui permet de se laisser aller sans passer pour un crétin en pleine régression. Toujours aussi à cheval sur l’implacable loi du talion du Thrash (un tympan pour un tympan, et tout le monde finit sourd comme un pot), les VIOLENTOR ne nous collent pas des triples croches et des mesures impaires là ou des croches et du binaire font l’affaire, mais ne se contentent pas de plaquer un thème unique pendant quatre minutes. On sent que leur optique se peaufine à travers les années et s’enrichit, puisqu’on dénombre parfois pas moins de quatre ou cinq plans différents dans certains morceaux rivalisant sans peine avec les classiques du genre. En version développée, leur barouf convainc donc sans forcer (passages glauques, Mosh discret, harmonies souillées, accélérations bastonnées), et en version condensée, il tabasse comme le soleil d’un millier d’étés (« Butcher the Holy Swine »). Entre un MOTORHEAD perverti par les SODOM (« Burning Rage »), un VENOM des débuts perfectionné par un stage psychédélique chez les VOÏVOD (« Hunter of the Anorexis »), mais surtout, une envie de proposer bien plus qu’un simple crachat Punk à la face du Metal, Putrid Stench est une émanation toxique des enfers de l’extrême, et s’aborde comme une profession de foi plus roublarde qu’il n’y parait.

Presque un équivalent en brouillon et en mode humilité du Reign In Blood de SLAYER (avec toutefois plus de modulations mais moins de riffs carton, et sans la voix d’Araya), ces trente minutes de brutalité contrôlée passent comme un sprint d’Usain Bolt talonné par des zombies affamés (« Caustic Cutting »), soudainement requinqué par une gorgée de Red Bull dopé au PCP (« Putrid Stench », entame en blast pour t’en prendre plein la face). Pas dupes de leurs astuces déjà connues, les italiens jouent leur jeu sans prétendre révolutionner la décharge municipale de déchets nucléaires, et singent Lemmy et VENOM, DISCHARGE et tous les copains d’infortune (« Scum of Society » le hit absolu des bas-fonds), avant de nous envoyer à la broyeuse d’un final en sulfateuse. Belle performance physique de la part des VIOLENTOR qui reviennent plus puissants et méchants que jamais, avec un étalage de sévices auditifs qui se savourent bouillants, et qu’on apprécie toujours autant. A tel point que malgré sa pertinence et sa cohérence, Putrid Stench se montre même un peu court, un ou deux bas morceaux de plus auraient été appréciés. De quoi se faire du bien sans faire de mal, et de rappeler que le mieux est l’ennemi du bien. Parce que souvent, le bien, ça suffit.         

 

 

Titres de l’album :

                         1. The Escalation

                         2. Butcher the Holy Swine

                         3. Burning Rage

                         4. Hunter of the Anorexis

                         5. Pray to Die

                         6. Caustic Cutting

                         7. Putrid Stench

                         8. Scum of Society

                         9. Destroy the Enemies

Facebook officiel

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 01/11/2019 à 17:30
80 %    305

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


NecroKosmos
@109.218.95.186
04/11/2019, 22:07:01
Vu tout récemment en concert. Pas terrible...

Ajouter un commentaire


Derniers articles

From This Day Forward

mortne2001 10/09/2020

...And Justice For All

mortne2001 08/09/2020

Slayer + Megadeth 2011

RBD 05/09/2020

Manifest Decimation

mortne2001 31/08/2020

Opeth 2006

RBD 29/08/2020

Widespread Bloodshed/Love Runs Red

mortne2001 24/08/2020

Concerts à 7 jours
Freedom Call + Primal Fear 23/09 : Machine, Paris (75)
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Living Monstrosity

@ Humungus :Je pense qu'on a tous connu des petites lenteurs au démarrage pour apprécier certains groupes, quitte à se coller des baffes ensuite pour avoir pris le train avec autant de retard et manqué autant de bonnes choses.  :-))))  J'ai m(...)

20/09/2020, 22:00

Saddam Mustaine

Mercyless, Massacra, Loudblast, Aggressor, Misanthrope.Le Death metal Français old school sur les doigts de la main.

20/09/2020, 21:59

metalrunner

C est clair du Incantation pur jus mais punaise que c est bon .J adore la pochette de kantor.

20/09/2020, 17:40

Buck Dancer

A l'époque, j'étais beaucoup plus focalisé sur la scène internationale que française ( préjugé etc...) mais, à sa sortie, j'avais acheté Abject Offerings (ainsi que le" Signs of the decline" de Massacra) (...)

20/09/2020, 17:26

metalrunner

Perso ca me chier de dire cela.Mais en même temps quand tu joues a temps plein dans exodus tu es forcement influencé..Sinon pour le meilleur morceaux c est l instrumentale une tuerie(pas de chant pleurnichard et sans hargne.)Apres j ai quand même hâte de leur voir en live.

20/09/2020, 14:21

Simony

Pareil que Jus de cadavre. Découvert la scène avec NO RETURN et AGRESSOR pour ma part, LOUDBLAST dans un deuxième temps mais dans le lot, ceux qui bottent encore sérieusement des culs c'est quand même MERCYLESS. Je crois qu'on ne se rend pas bien compte de l'importance de ces mecs dans la(...)

20/09/2020, 13:47

Jus de cadavre

J'ai découvert Mercyless vraiment sur le tard de mon coté, trop jeune pour avoir connu la grande époque du Thrash Death français je ne m'étais pas vraiment intéressé à tout ça (à part Loudblast et Massacra...). Puis j'ai vu le groupe sur scène au Muscadeath il y a quelques années et la j(...)

20/09/2020, 11:47

Mandon Claude

Le dernier album est une tuerie ,merci à nos PIONNIERS du death metal made in France

20/09/2020, 11:23

La Gule

Power trip quel souvenir !

20/09/2020, 11:16

La Gule

Vivement le prochain !

20/09/2020, 11:14

La Gule

Report au top ! Merci de me transmettre ta passion depuis toutes ces années...

20/09/2020, 11:12

Arioch91

@metalrunner : "Heathen est devenu un sous Exodus." Je n'aurais pas mieux dis.

20/09/2020, 07:22

Humungus

Ton anecdote Living Monstrosity me parle drôlement : Pendant des décennies, je suis passé totalement à côté de ce groupe. A la sortie de leur première galette, j'étais pour ma part à fond dans le brutal et donc à mille lieux d'apprécier la lourdeur émotionnelle de l'album. De(...)

20/09/2020, 05:00

Zirz

Pourtant écoute après ré écoute je le trouve très bon ce 1 er dukes of the orient le rock dans les magasines on s'en tape

19/09/2020, 21:14

Gargan

Après le nautique, le doom tellurique. En plus avec une pochette qui montre un arbre et le ciel en contre plongée. M'enfin, tant que la musique est bonne, comme dirait l'autre.

19/09/2020, 20:31

Living MOnstrosity

Visionnage obligatoire ! Pour la petite anecdote : je tannais un collègue de taf récemment pour qu'il écoute ENFIN ce disque. Il était fan de Pantera dans les 90's mais était complètement passé à côté de Down. Il y a quelques jours il m'a incendié, les yeux en trous d'(...)

19/09/2020, 15:28

Simony

La photo est signée d'un Allemand, Marco Großmann, jamais entendu parlé jusque là et l'artwork est de Stephan Hünniger, le bassiste du groupe.

19/09/2020, 14:15

Buck Dancer

Joli report qui respire la passion. Dès que j'ai une heure devant moi, je me dois de regarder ce concert, je n'ai vu que deux extraits pour le moment.

19/09/2020, 13:55

RBD

Beau report, plein d'amour mais rendu consistant par une connaissance profonde du groupe, son histoire et son milieu. Il faut que je me dégage un moment pour le voir, avec tous les dvds de live que j'ai en retard aussi...

19/09/2020, 13:15

arty

Quel porridge insipide,,,

19/09/2020, 12:48