Pas de question inutile, malgré l’ambivalence suscitée par cette pochette sombre et absconse. Au prime abord, on pourrait croire que les VIOLENTOR sont de vulgaire petits black-metalleux de bas étage adeptes de low-cost et de lo-fi, mais je dissipe ce doute et mets les choses au point. Non, car ces italiens ne sont rien de moins que l’une des incarnations les plus bestiales de la vague nostalgique old-school Thrash, ce qu’ils prouvent depuis quinze ans maintenant. Fondé en 2004, ce trio d’iconoclastes regrettant le bon temps ou les temps à la batterie n’étaient pas le problème le plus important (école Witchhunter, cursus SODOM de 1982 à 1985) prône donc des valeurs passéistes, mais avec la morgue la plus absolue qui soit.  Fondé à Lucques, cette assemblée de brutes épaisses a d’abord joué profil bas, ne publiant aucune démo ou EP, avant de débouler sur le marché en 2011 avec son premier long, Violentor, qui avait le mérite d’être clair et légèrement véhément. Et c’est sans attendre plus que quelques mois que Rot vit le jour en 2012, précédant de trois ans Maniacs, en 2015, qui résumait à merveille la philosophie du trio. Et la version 2019 de VIOLENTOR n’est ni plus sage, ni plus propre qu’auparavant, puisque les trois italiens foncent toujours bille en tête, convaincus que si personne n’a tourné les pages de leur éphéméride depuis 1985, c’est qu’il y a une bonne raison. Hébergés par notre écurie nationale Infernö Records, Ale (guitare/chant), Ricca (basse) et Iago (batterie) reviennent donc nous conter fleurette sur fond de Thrash primaire et brutal, jouant le tout avec une énergie Punk que leurs aînés d’IMPALED NAZARENE et VENOM pourraient leur envier s’ils n’en étaient à l’origine.

Remontés comme des pendules, nos trois animaux ont encore accentué la puissance et la vélocité de leur musique, sans qu’elle ne perde de sa facilité d’approche. Passés maîtres dans l’art de recycler de vieilles recettes et de les rendre plus fraîches qu’un plat de pâtes tombés sur sol crasseux d’une vieille pizzeria, les VIOLENTOR confirment leur allégeance au Thrash le plus basique et cruel qui soit, sans toutefois sombrer dans le chaos ou la mélasse inextricable. Ici, on joue crade, mais précis, violent, mais intelligent, et avec une petite demi-heure au compteur, Putrid Stench n’empeste pas la bile régurgitée après un concert de GENOCIDE, mais bien les tripes encore tiède partagées en répète par Tom Angelripper, Cronos, BULLDOZER, GBH, MOTORHEAD, Quorthon et récupérées par les mecs de CRIMSON SLAUGHTER pour agrémenter leur saucisson. C’est toujours aussi direct, franc du collier, mais aussi jouissif que la découverte de la débauche sonore par un adolescent traumatisé par la puberté. On ne perd pas de temps à expliquer pourquoi avant c’était mieux que maintenant, on le démontre à grand renfort de rythmiques nucléaires, de riffs d’enfer, de régurgitations vocales en grosses glaires, et on mélange le tout pour obtenir le cocktail le plus radioactif possible. Toujours aussi fondus de rythmiques ayant donné naissance au Crust et au D-beat, les transalpins n’hésitent toutefois pas à accélérer la cadence pour rappeler que leur beau et ensoleillé pays fut l’un des plus téméraires dans les années 80 (« Destroy the Enemies », si avec ça ils ne sont pas détruits, c’est qu’ils sont encore plus pourris).

En gros, la quintessence d’un Thrash paillard, sombre mais rigolard, qui a bien retenu du solfège quelques leçons pour jouer carré, mais toujours débauché. Le ton est donné avec l’introductif « The Escalation », qui après une entame samplée de rigueur nous chauffe à blanc avec son riff de terreur, percussions toutes dents dehors et rouleau-compresseur en action. C’est simple, la formule est d’usage, mais les trois marsupilamis ont cette approche qui n’appartient qu’à eux, et qui permet de se laisser aller sans passer pour un crétin en pleine régression. Toujours aussi à cheval sur l’implacable loi du talion du Thrash (un tympan pour un tympan, et tout le monde finit sourd comme un pot), les VIOLENTOR ne nous collent pas des triples croches et des mesures impaires là ou des croches et du binaire font l’affaire, mais ne se contentent pas de plaquer un thème unique pendant quatre minutes. On sent que leur optique se peaufine à travers les années et s’enrichit, puisqu’on dénombre parfois pas moins de quatre ou cinq plans différents dans certains morceaux rivalisant sans peine avec les classiques du genre. En version développée, leur barouf convainc donc sans forcer (passages glauques, Mosh discret, harmonies souillées, accélérations bastonnées), et en version condensée, il tabasse comme le soleil d’un millier d’étés (« Butcher the Holy Swine »). Entre un MOTORHEAD perverti par les SODOM (« Burning Rage »), un VENOM des débuts perfectionné par un stage psychédélique chez les VOÏVOD (« Hunter of the Anorexis »), mais surtout, une envie de proposer bien plus qu’un simple crachat Punk à la face du Metal, Putrid Stench est une émanation toxique des enfers de l’extrême, et s’aborde comme une profession de foi plus roublarde qu’il n’y parait.

Presque un équivalent en brouillon et en mode humilité du Reign In Blood de SLAYER (avec toutefois plus de modulations mais moins de riffs carton, et sans la voix d’Araya), ces trente minutes de brutalité contrôlée passent comme un sprint d’Usain Bolt talonné par des zombies affamés (« Caustic Cutting »), soudainement requinqué par une gorgée de Red Bull dopé au PCP (« Putrid Stench », entame en blast pour t’en prendre plein la face). Pas dupes de leurs astuces déjà connues, les italiens jouent leur jeu sans prétendre révolutionner la décharge municipale de déchets nucléaires, et singent Lemmy et VENOM, DISCHARGE et tous les copains d’infortune (« Scum of Society » le hit absolu des bas-fonds), avant de nous envoyer à la broyeuse d’un final en sulfateuse. Belle performance physique de la part des VIOLENTOR qui reviennent plus puissants et méchants que jamais, avec un étalage de sévices auditifs qui se savourent bouillants, et qu’on apprécie toujours autant. A tel point que malgré sa pertinence et sa cohérence, Putrid Stench se montre même un peu court, un ou deux bas morceaux de plus auraient été appréciés. De quoi se faire du bien sans faire de mal, et de rappeler que le mieux est l’ennemi du bien. Parce que souvent, le bien, ça suffit.         

 

 

Titres de l’album :

                         1. The Escalation

                         2. Butcher the Holy Swine

                         3. Burning Rage

                         4. Hunter of the Anorexis

                         5. Pray to Die

                         6. Caustic Cutting

                         7. Putrid Stench

                         8. Scum of Society

                         9. Destroy the Enemies

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par mortne2001 le 01/11/2019 à 17:30
80 %    117

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


NecroKosmos
@109.218.95.186
04/11/2019 à 22:07:01
Vu tout récemment en concert. Pas terrible...

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