Généralement (bien que je haïsse les lieux communs), lorsque les filles se lancent dans le Rock, leur crédo est simple. No bullshit. Non que les musiciennes sachent à peine manier leurs instruments (qui oserait encore dire à Jennifer Batten qu’elle ne sait pas jouer ?), mais elles préfèrent tout simplement l’efficacité à l’esbroufe, et je les en remercie pour ça. Parce que le Rock a besoin de rester instinctif, viscéral, et profondément honnête. Alors, depuis les sacro-saintes années 70, les instrumentistes féminines ont donc décidé de se placer en avant, remettant en cause le leadership sexiste de leurs homologues masculins, et nous ont offert certains des albums les plus essentiels de la saga du Rock et du…Hard. Personne n’a pu oublier les GIRLSCHOOL, les ROCK GODDESS, et dans une moindre mesure, les PHANTOM BLUE, PRECIOUS METAL et tant d’autres exemples que je ne vais certainement pas m’ennuyer à lister ici. Des guitares, une section rythmique, un chant, et puis de temps en temps un clavier, mais surtout des chansons simples, qui donnent envie de bouger, de trépider, de headbanguer, pour une sarabande en binaire majeur qui a de quoi donner des sueurs froides à un Angus Young qui s’entête à conserver son statut de monstre sacré alors même que son groupe est (presque) mort et (presque) enterré. AC/DC, le parallèle est évidemment tout sauf gratuit, et gageons que les écossaises de THE AMORETTES ont beaucoup écouté les riffs du diablotin avant de se lancer dans le grand bain de la rock n’roll way of life, comme en témoigne leur album Born to Break que j’ai eu la chance de découvrir aujourd’hui.

J’aurais pu vous faire le coup du jeu de mot à la Leny Escudero, genre le truc débile « Pour une AMORETTE qui passait par là, j'ai perdu la tête, et puis me voilà », et finalement, je vous le fait, puisqu’au-delà du calembour désastreux, la vérité n’en est pas si éloignée. Fondé par les sœurs Hannah (batterie) et Heather McKay (basse) et la chanteuse/guitariste Gill Montgomery, THE AMORETTES ont adopté le contrepied de la devise « le style plus que la substance », et se sont concentrées sur une forme de Hard-Rock très pur, loin des arabesques contemporaines ou du vintage un peu trop prononcé. Si la presse spécialisée aime à voir en elles un équivalent féminin aux MOTORHEAD et à AC/DC, les trois partners in crime n’ont pas vraiment besoin de comparaison pour prouver ce qu’elles sont, à savoir de solides musiciennes qui ont tout compris au business, et qui tournent sans relâche au Royaume-Uni et en Europe histoire de se faire une place au soleil. Et à l’écoute des douze pistes de ce Born to Break, on pige assez rapidement pourquoi les foules ont méchamment craqué pour leur attitude, et surtout, pour leurs morceaux high on energy, qui placent au-dessus de tout l’efficacité. Sans chercher à révolutionner quoi que ce soit, les trois amies/collègues dament crânement le pion à toute cette vague de Hard old-school qui s’échine à retrouver le son des années 80 en faisant appel à des astuces préfabriquées de production. Les écossaises ne s’imposent pas de telles complications, et se contentent de faire rugir leurs amplis sans se satisfaire d’une facilité de mimétisme Rock, attitude qui du coup, leur permet de se rapprocher d’une combinaison entre la furie d’un THUNDERMOTHER couplée aux réflexes gentiment Punk des MAID OF ACE. Mais ne vous inquiétez pas, les AMORETTES sonnent fondamentalement Classic Hard, et peuvent compter sur une assise instrumentale solide que leur énergie transcende d’un vent de folie balayant tout sur son passage.

Alors, du coup, le trio se permet de synthétiser trente ans de musique populaire sans en avoir l’air. Sans se contenter d’une bordée de riffs torchés à la va-vite histoire de sonner plus roots que les KIX, Gill, Hannah et Heather ont élaboré leur album comme une progression logique, et cèdent aux joies du boogie chauffé à blanc (« Hell Or High Water »), de la Rock song un peu bluesy qui suggère un intérêt alternatif et subtilement Pop (« Hello And Goodbye », un peu chaloupé, mais surtout bien balancé), et du burner bien galbé aux entournures, et empestant le gasoil et les kilomètres avalés (« Everything I Learned (I Learned from Rock and Roll) », le single co-composé avec Ricky WARWICK des BLACK STAR RIDERS, et qui officialise une liaison entre le « I Didn't Know I Loved You (‘Till I Saw You Rock N’Roll) » des ROCK GODDESS et la discographie des AIRBOURNE). Beaucoup d’intelligence de composition donc, mais qui n’éclipse pas l’instinct profondément ancré dans le passé Rock des musiciennes, qui continuent de prôner une attitude sincère, sans nous prendre pour des imbéciles en nous balançant à la volée de faux hits composés à la hâte. Difficile de résister à cette tornade qui restitue à merveille l’exubérance du groupe sur scène, et qui valide en moins d’une heure leur accompagnement des DEAD DAISIES on stage. Avec une production signée par Luke MORLEY de THUNDER, Born to Break n’est rien de moins qu’une wrecking-ball prenant son élan pour tout défoncer, sans faire de victimes inutiles, et associe la moue boudeuse des RUNAWAYS et la sueur des THUNDERMOTHER, sans copier les unes ou les autres, mais en éclaboussant la scène Rock de leur mayonnaise qui prend (« Born To Break »).

Et ça défile, dessinant une sorte de cartoon musical dans lequel se croisent les JOSIE AND THE PUSSYCAT et Lemmy, les ROSE TATTOO et Wendy O’WILLIAMS, pour une virée Rock qui n’a pas oublié le pouvoir d’une mélodie Pop (« What Ever Gets You Through the Night »), ou l’éclat d’une guitare qui brille sous les spots d’un soir (« You've Still Got Rock and Roll », et heureusement !). Si la section rythmique en gémellité des frangines McKay brille de son groove et de sa puissance, le jeu de guitare de Gill Montgomery est d’une rare pertinence, et la pose en frontwoman qui n’a peur de personne, et qui sait moduler pour mieux approcher (« Easy Tiger », à la graisse féline et la grâce assassine). Pas vraiment le temps de prendre une pause, mais sans non plus nous noyer sous une déferlante de Rock en fusion, les variations prennent souvent la forme de petits breaks mélodiques ou de refrains qu’on retient (« Bat Shit Crazy »), ce qui permet aux titres les plus dragstérisés de cramer le bitume sans laisser les pneus crever (« Coming Up The Middle », le plus AIRBOURNE du lot). Et sans oublier l’héritage des SLADE et autres SWEET, ni le déhanché de leur aîné Bolan (« High On Your Energy »), les AMORETTES nous font cadeau d’un final plus en demi-teinte, qui en dit long sur leur marge de progression (« I Want It Bad »), et surtout, leur appétit de victoires, remportées sur scène, la sueur perlant sur le front. Enormément de talent, beaucoup d’envie, le plein d’allant, ce Born to Break n’est ni une preuve ni une déclaration d’intention, juste un album qui replace le véritable Rock juvénile sur les rails du présent, et qui prouve qu’il n’est nul besoin de chercher à copier le passé à la croche près pour sonner comme un groupe old-school. Mais le Rock a-t-il été un jour new-school ??                   

Et que le premier qui ose me dire « et en plus elles sont jolies » se prennent le manche d’une Rickenbacker dans la tronche.


Titres de l'album:

  1. Can You Feel the Fire
  2. Hello and Goodbye
  3. Everything I Learned (I Learned from Rock and Roll)
  4. Born to Break
  5. What Ever Gets You Through the Night
  6. Hell or High Water
  7. You've Still Got Rock and Roll
  8. Easy Tiger
  9. Bat Shit Crazy
  10. Coming up the Middle
  11. High on Your Energy
  12. I Want It Bad

Site officiel


par mortne2001 le 23/04/2018 à 17:23
85 %    90

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