Voilà au moins quelque chose qui n’est pas banal. Vendu par les référentiels Shadow Kingdom et venant de Finlande, les EXCUSE n’ont pourtant pas celle de l’affiliation old-school bête et méchante, telle que les labels actuels semblent cautionner en multipliant les signatures hâtives. Un nom donc étrange pour un groupe qui assume totalement ses positions, aussi excentrées soient-elles, et qui vont vous garantir une écoute subtilement novatrice, alors même que leurs concepteurs sont allé piocher dans le passé de quoi vous divertir. Mais il y a old-school et old-school come on dit, et celui-ci n’est pas du genre paraphrase ou répétition vaine, alimentant son bestiaire en invitant divers protagonistes dans la danse. Entre Thrash des origines, Power méchamment sadique, Speed lubrique et Heavy morbide, ce quatuor (Oskar Lindström - guitare/chant, Atte Aaltonen - basse/chœurs, Anselmi Ahopalo - guitare et Tatu Lybeck - batterie) aux ambitions clairement affichées n’hésite donc pas à jouer le crossover, se plaçant habilement en convergence des extrêmes d’il y a trente ans, au point d’évoquer un mélange magique et envoutant d’HELLHAMMER et de RAZOR. D’ordinaire, les artistes évoluant dans ce créneau jouent la bestialité à outrance, et la simplicité ouverte. Mais le talent de ces originaires d’Helsinki est justement de jouer les fiers à bras et les intellectuels de la bestialité, en laissant leur compositions se dérouler durant de longues minutes, sans reproduire ad nauseam les mêmes plans baveux. En résulte donc une sorte de Thrash progressif et primitif, entre une version maléfique de MANILLA ROAD et un MERCYFUL FATE beaucoup plus primaire. Rythmiques évolutives mais percussives, riffs dégoulinants mais précis, et chant légèrement sous-mixé et diffus, pour un cocktail détonnant et étonnant, qui va enivrer les fans les plus éthyliques de violence musicale futée.

Résumons un peu la carrière de ces mercenaires. Fondé en 2009, le collectif a patiemment travaillé sa copie, entamant les hostilités par une démo en 2013, avant de lui offrir un EP comme suite (Path To Extinction la même année), puis un second en 2016 (Goddess Injustice). En 2018, un split, avant de lâcher une démo synthétisant le répertoire la même année (Visions of the Occultic Cosmos), dont le nom résonne en écho sur Prophets From the Occultic Cosmos, ce premier LP qu’on attendait tant. Continuant le travail entrepris depuis leur création, les membres d’EXCUSE se permettent donc de révolutionner le petit monde de la nostalgie outrancière, en conférant à leur débauche de décibels une envergure nouvelle, basée sur une utilisation prononcée de la mélodie et de la complexité. Complexité, mais pas celle imbue et pédante du progressif dit « moderne », mais plutôt celle qu’on décelait il y a quelques décennies chez les défricheurs les plus ambitieux, notamment du côté d’une Europe centrale qui refusait alors le conformisme ambiant imposé par l’Angleterre et les Etats-Unis. C’est donc du côté de la Suisse si chère à Tom Warrior mais aussi au cœur de l’Allemagne des LIVING DEATH (celui de Protected From Reality évidemment) qu’il faut chercher les traces d’inspiration dont ce premier album est constellé, même si comme précédemment évoqué, les enseignements des bûcherons de RAZOR et des sudistes de MANILLA ROAD ne sont pas tombées dans le tiroir d’aveugles et sourds. Et comme les finlandais n’ont pas l’intention de jouer profil bas, ils affirment leurs positions ambivalentes dès le stellaire « Black Crystal Visions », qui de sa longue intro harmonique à ses soli épiques ne fait pas grand cas de son désir d’évasion brutale. Si le son global, assez étouffé et nivelé se satisfait très bien de son cachet d’époque, la composition en elle-même échappe avec bonheur à la normalisation actuelle en vogue dans les milieux vintage, qui n’en peuvent plus de se piller entre eux. Les références d’usage sont alors substituées par des figures moins évidentes de l’underground, et ce savant mélange d’Apocalyptic Raids, Vengeance From Hell, Crystal Logic et Executioner’s Song séduit de son amplitude, mais aussi de son efficacité, puisque la puissance et l’originalité sont abordées avec autant de soin.

Ce qui permet donc au quatuor de nous taillader d’un Speed vengeur aux riffs tournoyants, symptomatique de la première vague du cru de 84/85 (« Blade of Antichrist »), tout en citant VENOM, POSSESSED, et tous ces méchants paillards sevrés à l’occultisme bon marché, mais à la réalité artistique novatrice. Outre une cohésion collective impressionnante, les talents individuels se placent en avant naturellement, et Anselmi Ahopalo de nous enchanter de ses interventions qui parfois précèdent avec flair des breaks à la tierce à la MAIDEN (d’ailleurs la basse guerrière d’Atte Aaltonen n’est pas sans rappeler les cavalcades digitales de Steve Harris). Sans provoquer de décalage entre ses multiples facettes, le groupe se montre donc cohérent et fluide, parvenant à amalgamer des éléments disparates pour créer un univers tout à fait logique, et envoutant. Et pourtant, avec des compos flirtant ou dépassant les cinq minutes, l’écueil de la redondance était difficile à éviter, ce que des progressions fascinantes comme « Prophets From the Occultic Cosmos » ou « Goddess Injustice » parviennent à faire avec brio. Multipliant les changements de tempo, les cassures, les changements de direction sans paraître perdu ou hésitant, le groupe nous propose donc une nouvelle mouture de Speed/Thrash progressif hargneux et opaque, semblant par moment transcender les inflexions néfastes de HELLHAMMER pour les rendre plus présentables au reste de la famille. On est assez conquis par ces élans instrumentaux soudainement interrompus par des lignes de chant roublardes, et par cette accumulation de plans qui s’enchaînent sans discontinuer, mais sans se marcher sur les croches. Tout au plus pourra-t-on se montrer frustré par la modération des BPM qu’on aimerait parfois plus soutenus pour faire exploser les mèches flambées de « Sworn to the Crimson Oath ».

Mais cette frustration passagère est vite tempérée par les dix minutes triomphantes du final « Watchtower of the Trans-Dimensional Pathway », qui se paie le luxe de survoler deux ou trois années d’extrême initial avec talent et aisance. On discerne un peu du BATHORY viking en devenir, et par extension les premiers cris poussés par la scène BM nordique, mais aussi l’héritage du Heavy européen, et son désir de s’extirper d’une condition de tempérance par trop limitative. Incroyable plongée dans les abysses de la transformation d’un Hard-Rock devenu trop sage en Thrash pas encore incontrôlable, ce morceau est véritablement l’apogée que méritait ce premier album pour s’imposer comme œuvre majeure. Une tranche d’underground qui redonne confiance en cette mode du recyclage qui tourne en rond, et qui révèle EXCUSE dans le costume d’un leader en devenir. Belle performance.            

 

Titres de l’album :

                          1.Black Crystal Visions

                          2.Blade of Antichrist

                          3.Prophets From the Occultic Cosmos

                          4.Goddess Injustice

                          5.Sworn to the Crimson Oath

                          6.Watchtower of the Trans-Dimensional Pathway

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par mortne2001 le 07/08/2019 à 17:03
88 %    110

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Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


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