Threat of Intellect

Liar's Tongue

15/09/2017

Autoproduction

Il y a des sympathies immédiates qui s’expliquent très clairement. Tenez, les LIAR’S TONGUE, dont je n’avais jamais entendu parler avant ce soir, et qui ne sont ni des proches, encore moins des amis. Je les aime déjà. Pourquoi ? A cause de leur musique ? Oui, en grande partie, mais surtout – et avant même d’avoir accolé le moindre tympan à leur album – pour les influences qu’ils citent en préambule de leur bio. Céans. Bien assis ? Tant mieux, alors égrenons. MACHINE HEAD, METALLICA, CRO MAGS, TAKE OFFENSE, POWER TRIP, HEATHEN et TESTAMENT. Boum, le sans-faute qui mélange avec flair les icônes et les seconds couteaux fameux. Et le pire, c’est que les bougres ne s’en servent pas que comme argument promotionnel, mais synthétisent vraiment les références qu’ils placent en avance. Alors là, je dis chapeau, et bravo, d’autant que leur Thrash à ce petit quelque chose en plus, qui leur permet de surnager dans la déferlante de combos se réclamant de la Bay Area ou de la Ruhr. Ici, ce sont bien évidemment les Etats-Unis qui servent de base, origines obligent, mais en croisant le meilleur du Thrash et le meilleur du Hardcore des années 80, les résidents de Salt Lake City frappent fort, très fort, tant au niveau de l’instrumentation, que de la création ou de la production. Et pourtant, ce coup-là est leur premier, et laisse donc présager d’une carrière explosive, si tant est que le public se laisse séduire. Mais avec les armes à disposition, je ne vois personne faire la fine bouche…

LIAR’S TONGUE, fondation en 2014, et trois ans pour peaufiner un répertoire et le faire tourner, et nous proposer aujourd’hui Threat of Intellect, qui est tout sauf une insulte à votre intelligence. A contrario, on pourrait même affirmer qu’en sus de la puissance, c’est la qualité première de ce LP qui ne traîne pas pour exploser et exposer ses idées. Se basant sur une technique simple mais affirmée, le quatuor (Brian Miya – chant, Tyler Statler – guitare, Dirty Mike – basse/chœurs et Nick Ledbetter – batterie) signe l’un des premiers albums les plus intéressants et intrigants de ces deux ou trois dernières années, sans forcer, mais en travaillant leur approche, leur son, et leur équilibre entre rudesse Hardcore et souplesse Thrash. Le timing est parfait, et reste sous la demi-heure, ce qui garantit une écoute attentive, sans jamais regarder l’heure. Neuf morceaux, dont une intro et une transition, c’est peu, mais l’impact dégagé est optimal. Si les influences usitées sont pertinentes, et si l’on peut voir en eux les dignes enfants illégitimes d’une copulation fictive entre TESTAMENT et les CRO-MAGS, il est aussi possible d’extrapoler sur un éventuel parrainage des DBC et des MORTAL SIN, pour cette efficacité troublante dans les passages en mid, majoritaires d’ailleurs, qui écrasent toute concurrence. Mais les bougres jouent la variété, et ne reste jamais collés à un tempo sans oser changer, ce qui confère à leurs compos une dimension assez fascinante, et des modulations prenantes. Tout est exposé assez vite, et les quatre musiciens s’en tiennent à ce principe, mais leur façon de concevoir un Thrash sous son aspect le plus franc et pourtant le plus biaisé est diablement captivant, tout comme ce « Eclipse of Justice », placé en quasi ouverture, et qui introduit des individualités bien affirmées.

Production un peu sourde, qui exagère les graves pour leur donner une ampleur presque cryptique (dans le sens écho du terme), basse qu’on ressent mais qu’on n’entend presque pas, et batterie matte qui pourtant se répercute sur des plans de guitare simples, mais diablement accrocheurs, le tout lié par un chant purement HC qui prend aux tripes et propulse des paroles revanchardes et lucides à la face de l’auditeur. La formule est lourde, mais presque magique, et les morceaux s’enchaînent sans temps mort, et en distillant une tension progressive, que les accélérations éparses parviennent à alléger à intervalles réguliers.

C’est probant, et surtout, assez déroutant. Si « Plea For Atonement » confirme le bien-fondé de leur démarche, « Conquer And Control » se joue des tendances, et pique les tics des CRUMBSUCKERS pour les confronter au meilleur de la série B Thrash, illustrée par les INDESTROY et autres HEXX, le professionnalisme en plus. Sans tomber dans les travers trop secs d’un ACROPHET qui avait trop clairement choisi son camp, les LIAR’S TONGUE marchent constamment sur un fil invisible tendu entre HEATHEN et les DBC, jonglant avec des quilles vocales sur une corde Metal, pour mieux unir les deux versants dans un même élan.

Les coups de rein donnent vraiment dans l’impulsion non feinte, et une tuerie aussi intégrale que brève tel « Another Face » achève de nous persuader du caractère fondamental d’une formation qui sait très bien qu’elle a sa carte à jouer. Et même si certains plans ont tendance à se répéter, notamment sur le morceau éponyme, qui recycle sans vraiment avancer, d’autres se permettent d’être recasés sans que l’on ait le sentiment d’être abusé (« Mindless Majority »).

D’autant plus que le final offert sur un plateau ne se gêne pas pour enfoncer un peu plus le marteau. « Power Struggle (Rise/Fall) » n’aurait pu être mieux intitulé, tant la puissance Thrash accentuée de rugosité Hardcore laisse des tâches, des traces, et s’enfonce dans notre crâne d’une véhémence sans offense. On reste bouche bée devant une telle démonstration de style, qui juxtapose une fluidité Metal à une insistance Core prête à toutes les outrances. C’est joué avec facilité, mais d’une emphase redoutable, et le chant de Brian, déjà salement insistant augmente encore plus le volume pour nous écorcher les oreilles de ses harangues volontaires. Et rester sur une telle conclusion stimule l’admiration, pour un groupe que l’on découvre dès son premier numéro sous son meilleur jour.

Je peux paraître exagérément enthousiaste, face au caractère assez décalé d’un quatuor que certains auront du mal à situer, ni vraiment Thrash, ni vraiment Hardcore, pas seulement Crossover, mais qui présente déjà des qualités indéniables, et qui se distingue de la masse grouillante de combos qui se contentent de rester dans le rang. De fait, Threat of Intellect est une sortie aussi intrigante que convaincante, et qui séduira tous les adeptes d’une puissance de nuance, qui sans choisir son camp nettement ne reste pas le cul entre deux chaises, les bras ballant. Un album qui empoisonne doucement, sans nécroser les veines. Et qui rend bizarrement accro dès la première prise.


Titres de l'album:

  1. Reveal the Truth
  2. Eclipse of Justice
  3. Plea for Atonement
  4. Conquer and Control
  5. Don't Become
  6. Another Face
  7. Threat of Intellect
  8. Mindless Majority
  9. Power Struggle (Rise-Fall)

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 06/10/2017 à 18:10
82 %    417

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13/07/2020, 19:34

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Pas mal du tout.

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Meilleur et moins mélodique que le précédent, ce dernier Pocahontas n'en reste pas moins trop polissé, sans âme et s'oublie très vite.

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Jus de cadavre

Idem, découverte pour moi grâce à cette chronique. La prod est excellente pour l'époque !
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10/07/2020, 17:38

JTDP

@jus : +9986457 !
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JTDP

Purée c'est vrai qu'il est excellent cet album !!! Et malgré Youtube et le poids des ans, le son est franchement bon ! Une réédition s'impose, c'est indéniable.

10/07/2020, 17:08

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