Brotherhood Of The Snake

Testament

28/10/2016

Nuclear Blast

Dis-moi thrasher, tu te souviens de cet album à la pochette bizarre, ornée d’un gros sticker « Attention : Hard », sorti il y a presque trente ans ? Attention Hard ? Comme si ça allait nous empêcher de l’acheter…D’ailleurs, un truc du genre « Attention : Classique du Thrash » eut été plus idoine, mais ça, c’est le temps qui nous l’a appris…

Le temps justement, l’ennemi le plus acharné des groupes versant dans l’agression et la brutalité. Le temps qui érode les rythmiques, qui use les soli et fait rouiller les cris de damné…Ce temps parfois a un effet inverse, et semble indiquer aux musiciens l’emplacement exact de la fontaine de jouvence. Alors, les mecs s’y abreuvent, et reviennent encore plus frais qu’à leurs débuts. Ou presque.

TESTAMENT, via le porte-parole Chuck « growls » Billy, nous avait prévenus. Ce onzième album studio allait être le bon, celui qui allait faire bondir les fans de leur fauteuil et faire virevolter leur crinière clairsemée au doux son d’un Thrash densifié et intensifié.

On savait déjà le quintette sur la voie de la guérison, depuis les brûlots The Formation Of Damnation et Dark Roots Of Earth, alors on les sentait capables de frapper un coup encore plus fort. Eric Peterson avait de plus déclenché l’alarme sans vraiment réfléchir aux conséquences, en déclarant que Brotherhood Of The Snake serait en quelque sorte leur Reign In Blood.

MARDUK nous avait déjà fait le coup, dans l’eau d’ailleurs, alors on se méfiait quelque peu. Les groupes ne sont jamais avares de superlatifs lorsqu’il s’agit de capter l’attention des masses, mais même après une écoute minutieuse – et multiple – il me faut nuancer le propos enthousiaste du guitariste rythmique. Non, ce onzième LP des Californiens n’a pas l’intensité du chef d’œuvre absolu de King/Hanneman, ni sa folie, il en emprunte la puissance parfois, mais se rapproche plus des jets de bile les plus vils d’EXODUS que des riffs tronçonnés au clous de trente centimètres par Kerry « The Snake ».

Niveau line up, les choses ont encore bougé pour Chuck & co, puisque Greg Christian, le bassiste versatile a encore tiré sa révérence, permettant à Steve DiGeorgio de revenir dans le giron, duquel il s’était éloigné depuis The Gathering, en studio tout du moins.

Et à la lecture du casting de ce nouvel LP qui risque de tout faire cramer, on reste songeur quelques instants. Jugez du peu, depuis le retour du fils prodigue Alex Skolnick, et avec la doublette Chuck Billy/Eric Peterson, le groupe peut compter sur la rythmique au biseau DiGeorgio/Gene Hoglan, en gros, la crème de la crème dans la précision mâtinée de brutalité outrancière.

D’ailleurs, on sent les effets de la greffe dès l’entame « Brotherhood Of The Snake » qui ne fait pas de quartier, qui thrashe comme si le monde allait crever, et qui se permet même une intro dantesque sur laquelle Gene se souvient de l’utilisation des blasts que Devin exigeait sur les premiers instants de City. Avec Steve à ses côtés, qui multiplie les arabesques dans un contexte purement Bay Area, la magie opère pleins tubes et le ballet d’apocalypse dans la cité peut commencer.

Agressivité, troupes soudées sous la mitraille, le TESTAMENT nouveau suit la ligne des anciens brûlots, mais y ajoute un surcroit de violence qui les rapproche des tempêtes de DCA de leurs frères d’armes EXODUS. C’est franc dans l’attaque, massif dans la remarque, et ça montre que le groupe n’a rien perdu de son mordant avec les ans, bien au contraire. Le thème n’est pas original, sa mise en application collégiale, mais ça vous rentre dans l’estomac et les esgourdes sans paille pour vous aspirer le cerveau de vocaux en grumeaux qui remontent le long du tuyau.

Diable, on savait Chuck capable de grogner comme un aliéné, mais il repousse encore les limites de son gosier, comme pour se caler sur la débauche de vitalité de ses compagnons atomisés…

Production pleine d’ambition d’Andy Sneap que l’on retrouve derrière la console pour la cinquième fois, et qui a peaufiné les nuances au point de faire de la basse une demie rythmique pleine de puissance et de finesse, histoire d’emballer le carnage dans un joli paquet prêt à exploser.

Alors, Reign In Blood, meilleur album, apothéose, point d’orgue d’une carrière qui ose et perdure malgré les risques d’andropause ?

Rien de tout cela, juste la continuité du travail de fond entrepris depuis le « comeback » discographique de 2008, avec une emphase mise sur la véhémence, sans négliger les nuances, rien de plus. Déçu le thrasher ? Ne le sois pas, puisque Brotherhood Of The Snake a tout pour te redonner le sourire.

Glissant a rebrousse Thrash sur une pente ascendante depuis une petite dizaine d’années, le quintette prouve décidemment que les vieilles peaux font encore les meilleures soupes. Avec un EXODUS encore valide et un MEGADETH qui a enfin retrouvé son Mustaine dans un placard, TESTAMENT affirme avec Brotherhood que les anciens n’ont rien à apprendre de la jeune garde qui pourrait bien leur envier leur vitalité. Une simple écoute au concassant « Stronghold » qui unit les mélodies des années 90 avec la force des rouleaux compresseurs rythmiques des années 2000 suffit à comprendre que le TESTAMENT 2016 est à l’aise avec sa colère, et qu’Alex n’a rien perdu de sa verve.

Steve et Gene, en énormes professionnels qu’ils sont garantissent l’assise, et permettent au groupe de ne pas multiplier les pauses pour reprendre leur souffle, et même les quelques mid tempo assassins crachent leur venin sans se brosser les crocs. Ainsi, « Born In a Rut » profite d’une arythmie passagère pour instaurer une ambiance délétère, avec de gros passages pesants qui poussent sur les flancs, tandis que « Neptune’s Spear » titille la corde sensible du séminal « Practice What You Preach » avec sa basse ronflante et groovy qui plonge les cordes les premières dans un pré chorus moite qui vous met en boite.

« Seven Seals » navigue dans la brume d’un Heavy vraiment poisseux, et sonne comme un cap gardé par ALICE IN CHAINS sous le commandement d’un MEGADETH accroché à la barre. Frappe d’Hoglan précise et matte, Alex en vigie qui de ses multiples soli éloigne les sirènes, et Chuck en proue qui hurle comme un matelot désireux d’arriver à bon port. Précision, décisions, la recette ne verse pas dans l’illusion, mais dans le concret béton, et admettons que le groupe atteint une sorte d’apogée dans la cohésion. Tout ça ne les empêche pas de cavaler comme de jeunes mutins s’évadant de prison sur un « Canna Business » qui sonne comme le pic d’intensité d’une carrière vouée à la vélocité, et de terminer leur course par un dantesque « The Number Game » qui retrouve l’essence naissante d’un The Legacy qui n’a décidément pas fini de nous faire retomber en adolescence…pas si perdue que ça.

Quelle est donc cette société secrète dont Chuck a décidé d’emprunter le nom pour baptiser le onzième album d’un groupe qui n’en finit pas de faire un carton ? Une assemblée de vieux briscards qui retrouvent leur allant comme s’ils avaient vingt ans et toutes leurs dents ? C’est l’impression qui se dégage de ce onzième album, qui s’il ne côtoie pas les cimes de The Legacy ou The Gathering s’inscrit comme un des meilleurs de la carrière d’un quintette qui finalement, aura été un des plus stables de sa génération.

Un genre de all-star-cast des déments Thrash qui refusent de vieillir parce qu’ils sont encore valides, des idées plein la musette et des riffs assassins qui tournent dans la tête.

Attention : Thrash. C’est le genre de sticker qu’on devrait retrouver sur la pochette de ce dernier né. Mais une fois de plus, tout ça ne va pas nous rebuter, mais au contraire nous attirer. On n’a pas tous les jours vingt ans, mais avec une bonne dose de jus de serpent, on peut encore faire semblant.


Titres de l'album:

  1. Brotherhood of the Snake
  2. The Pale King
  3. Stronghold
  4. Seven Seals
  5. Born in a Rut
  6. Centuries of Suffering
  7. Black Jack
  8. Neptune's Spear
  9. Canna-Business
  10. The Number Game

Site officiel


par mortne2001 le 18/10/2016 à 12:40
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