Burn Scar

Shadow Limb

11/10/2019

Seeing Red Records

Lorsque je tombe sur le terme « expérimental », mon cœur surchauffe, ma raison s’éclipse, et je m’engouffre dans le passage pour tenter de découvrir une voie alternative. Oui, souvent, la manière classique à ses limites et l’envie de renouveau est plus forte que la torpeur tranquille de la connaissance, de ces chroniques qu’on écrit presque les yeux fermés tant on connaît d’avance tous les mots qu’on va employer. Sauf que parfois, les sites ont la main lourde, ou l’esprit joueur, et nous collent des étiquettes qui n’ont pas lieu d’être. Ainsi, affubler ces pauvres SHADOW LIMB du label « Avant-garde » n’est pas vraiment un service à leur rendre…Peut-être l’étaient-ils plus ou moins du temps de leur premier baptême, mais depuis qu’ils ont opté pour ce nom, ils en ont abandonné toute forme d’originalité un peu trop marquée. Car voyez-vous, SHADOW LIMB émergea un jour des cendres de LA FIN DU MONDE, assemblée de Stoner instrumental qui sillonna l’Amérique au nouveau siècle. Non pour y trouver un filon d’or, mais pour propager la bonne parole d’un Rock évolutif, subtilement desert, mais finalement peu à même de satisfaire les ambitions de ses membres. Désireux d’élargir leur son et de le durcir, les quatre californiens ont donc choisi de repasser par l’état civil, et de proposer une sorte de Sludge/Post Hardcore beaucoup plus Heavy, mais toujours aussi progressif dans les faits. Et c’est ainsi qu’après quelques EP et des splits, les originaires de Paradise, Californie se lancent dans l’effort longue-durée, avec ce Burn Scar su titre prophétique. Pourquoi ? Parce que cette région du monde fut ravagée l’année dernière par de gigantesques incendies, laissant des cendres et des ruines sur quatre-vingt-dix pour cent du territoire, et que celui restant avait des allures d’enfer sur terre, bien que les membres du groupe aient eu la chance d’en réchapper sans déplorer la moindre perte matérielle.

Il serait donc facile de voir en ce premier LP un concept sur la puissance dévastatrice de la nature et les tableaux de désolation qu’elle laisse après ses crises de colère. Sauf que comme le précise Mike Crew, le bassiste, tout le répertoire fut écrit bien avant que cette catastrophe n’arrive, ce qui donne donc à l’œuvre une valeur d’oracle d’infortune…Mais en dépit de cette connotation intrigante, il convient de juger Burn Scar en dehors de son contexte conceptuel, et de s’attarder sur la musique qu’il propose. Et sans surprise une fois encore, il se veut le prolongement des travaux antérieurs des californiens, allant juste assez loin pour mériter son statut de première étape, sans pour autant découvrir de nouveaux mondes. On retrouve donc l’attirance du quatuor (inchangé depuis LA FIN DU MONDE, Mike Crew - basse, Dan Elsen - batterie, Chris Roberts - guitare/chant et Adam Scarborough - guitare/chant) pour ce Rock violent et âpre, hérité de la scène de l’orée des années 90 et le leadership des KYUSS, le tout transposé dans un univers à la violence beaucoup plus palpable. L’observateur lapidaire saurait résumer toute cette affaire à un triumvirat NEUROSIS/MASTODON/SLEEP, mais en écoutant d’un peu plus près, on trouve dans ces longs morceaux des traces de mélodies maladives, des évolutions beaucoup plus subtiles, et même parfois, une lourdeur crade qui n’est pas sans évoquer les efforts les plus biaisés des MELVINS, le tout sous couvert d’une expérience sensorielle progressive, mais assez factuelle. NEUROSIS est en tout cas la borne la plus fiable en cas de perte des sens, puisque le chant, les riffs, et l’énorme basse rappellent l’art de la bande à Scott Kelly de traficoter un thème jusqu’à la lie. Mais là où les californiens se démarquent, c’est par cette capacité de changer d’atmosphère en une seule impulsion, ce qui leur permet de se dégager de cette tutelle un peu encombrante (« Cleanse Of Ire »).

L’accumulation de plans, le choc des cultures, les allusions à des genres via leur approche la plus pure, tout ça contribue à faire de SHADOW LIMB un outsider sérieux dans le petit monde du Stoner/Sludge/Post Hardcore aux accointances multiples. Les deux premiers morceaux de l’album étalent donc toutes les qualités intrinsèques du groupe, ces mélodies héritées des seventies, ces guitares grasses qui sinuent et virent, cette basse fuzzy qui alourdit encore plus une batterie déjà bien emphatique, et la dualité vocale raclée et écorchée totalement héritée du Post-Hardcore. Quelques silences parfois viennent aérer la pièce aux murs légèrement décrépis, mais ils sont la plupart du temps annonciateurs d’une reprise encore plus chaotique qui nous renvoie aux pulsions les plus sombres d’ISIS ou NEUROSIS. Beaucoup de conventions donc, spécialement lorsque l’entame cherche dans le Hardcore initial la crasse pour entacher des harmonies déjà rachitiques et maltraitées (« Maelstroms Rebirth »), mais l’aisance des musiciens, leur flair pour se sortir de situations en impasse, et cette envie d’avancer coute que coute permettent au quatuor de se démarquer, sans chambouler l’ordre établi, mais en y laissant sa trace. Loin de se contenter d’un riff qu’ils tordent et remodèlent à l’infini, les deux frontman Adam Scarborough et Chris Roberts titillent quelques notes éparses avant de les muer en arpèges, tandis que le duo rythmique pulse, cogne, pour propulser les morceaux vers un ailleurs sinon fascinant, du moins assez troublant. Le principal reproche à formuler, et pas des moindres, pointe la difficulté du groupe à maintenir l’attention en éveil, la plupart de leurs digressions étant assez similaires, même sur le final « Line of Descent » qui évoque pourtant un IRON MAIDEN primitif découvrant le feu sacré au sortir de sa grotte.

Des défauts, ce qui est inévitable sur un premier effort, mais beaucoup de points forts. L’équilibre n’est donc pas rompu et penche du bon côté, aidé en cela par un son un peu cotonneux mettant le chant terriblement en arrière. On se laisse donc entraîner par cette sarabande naturelle, célébrant les joies du Stoner de façon plus concrète et puissante, et on attend de savoir quelle nouvelle catastrophe déclenchera l’inspiration de SHADOW LIMB, qui je l’espère aura une influence plus favorable sur son environnement la prochaine fois.

   

Titres de l’album :

                       1. Asger Arisen

                       2. Maelstroms Rebirth

                       3. Watered Down Alby

                       4. You Blew It

                       5. Cry Off

                       6. Cleanse Of Ire

                       7. Rudiger, his name is not important

                       8. Line of Descent

Facebook officiel

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 15/11/2019 à 17:32
75 %    644

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Fuzz in Champagne - épisode 2

Simony 27/11/2021

Live Report

Voyage au centre de la scène : Archives MORTUARY

Jus de cadavre 14/11/2021

Vidéos

Chiens + Unsu + BMB

RBD 09/11/2021

Live Report

Lofofora + Verdun

RBD 01/11/2021

Live Report

Fuzz in Champagne - épisode 1

Simony 26/10/2021

Live Report

Fange + Pilori + Skullstorm

RBD 25/10/2021

Live Report

Voyage au centre de la scène : SUPURATION

Jus de cadavre 17/10/2021

Vidéos

Déluge + Dvne

RBD 29/09/2021

Live Report

Blood Sugar Sex Magik

mortne2001 25/09/2021

From the past

Benighted + Shaârghot + Svart Crown

RBD 22/09/2021

Live Report
Concerts à 7 jours
Black Bomb A + Leng Tch'e + Catalyst 11/12 : Le Contrepoint, Chalons-en-champagne (51)
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Buck Dancer

Noté pour le 10 décembre et ce premier extrait en écoute ! 

03/12/2021, 14:12

Humungus

J'allais le dire !

03/12/2021, 11:53

Simony

Très bon ce titre... une démo qui promet !

03/12/2021, 09:05

Humungus

Merci Damien.Y'a déjà des noms de groupes prévus ?

03/12/2021, 06:18

Humungus

"On retrouve à la guitare chez CRYSTAL THRONE le Youtubeur français Max Yme"Mon dieu comme cela donne déjà envie... ... ...

02/12/2021, 22:05

Gerggg

Tour à fait d’accord avec grinder92, ras le cul des pisses froid qui pleurent tout le tempset sinon pour les groupes qui se réinventent on peut peut être citer death les Beatles et the Curej’en mets même un 4ème pour énerver les ra(...)

02/12/2021, 17:40

Jus de cadavre

"Malheureusement, il semblerait que le public soit déjà retombé dans ses mauvaises habitudes d'avant COVID, se plaindre sur les réseaux mais manquer de continuité et de logique dans ses actes ! On ne vous le dira jamais assez, si vous ne vous bougez pa(...)

02/12/2021, 15:29

Arioch91

J'adore MaxYme et sa chaîne YouTube.Il égratigne les groupes et musiciens sans vergogne mais avec beaucoup de mauvaise foi.Rien que de lire les commentaires des pisses froid qui prennent tout au 1er degré me fait hurler de rire.En revanche, Crystal Th(...)

02/12/2021, 14:41

Damien

prochaine date le dimanche 20 mars 2022 ;-)

02/12/2021, 14:09

grinder92

Tant que c'est Bill Steer à la guitare, ça apportera quelque chose...Surgical et Torn ne sont pas révolutionnaires. Apportent-ils quelque chose comme avaient pu le faire Necroticism et Heartwork ? Personnellement, je ne pense pas. Fallait-il s'abstenir ? (...)

01/12/2021, 18:39

Johnny KKmetal

Oui le dernier Carcass semble diviser les gens.Même si c'est un bon disque, je suis de l'avis de Korgull en pensant qu'il n'apporte rien 

01/12/2021, 18:05

Simony

Bien sur cher Hummungus !

01/12/2021, 17:30

PORNOPUTE

Les mémoires d'un escroc ! Race maudite!

01/12/2021, 16:57

RBD

Boucherie ou pas, les avis sont tranchés en tout cas.

01/12/2021, 14:11

JOhnny KKmetal

Un grand merci à Simony pour le partage

01/12/2021, 13:50

Humungus

En son temps, pourras-tu STP annoncer dans les news la date du futur show ?

01/12/2021, 11:33

Humungus

Malheureusement pour moi, tout comme le précédent album, c'est je trouve pas assez Doom...Mais bon... C'est quand même bien torché hein.

01/12/2021, 11:29

@Arioch91

@LeMoustre, moi c'est tout l'inverse. Blood In m'a laissé de marbre complètement. Même le morceau avec Kirk Hammett ne m'a laissé rien de mémorable. Mais ce Persona Non Grata, c'est déjà mieux.Bon après... Gary(...)

01/12/2021, 08:52

Arioch91

<MAUVAISE_LANGUE>Les Mémoires de Paul Stanley ? 608 pages ?Vu tout ce qu'il a dû se sniffer, je suis surpris que ça tienne en autant de pages !

01/12/2021, 08:47

Satan

Assurément la pochette la plus chère de l'Histoire!

29/11/2021, 12:11