Je lisais récemment sur un réseau social connu, le constat acide rédigé par un quidam qui constatait avec résignation le manque de créativité actuel de la scène Metal/Hard-Rock. L’homme se plaignait du déficit artistique actuel des formations en vogue, et déplorait le fait que les jeunes musiciens préféraient se pencher sur leur passé que d’envisager leur propre avenir. Tout en me portant en faux contre ce jugement somme toute assez hâtif, je ne pouvais qu’adhérer à certains de ses arguments, moi qui en tant qu’auditeur/rédacteur fait face chaque semaine à un déferlement de sorties estampillées « vintage », « old-school », et autres sceaux de qualité prestement accolés à chaque nouveauté se voulant « digne de ce nom ». Il est certain que cette vague commence à connaitre ses limites, ayant ravagé les côtes de tous les pays du monde et les oreilles de tous les fans d’un certain Rock des années 70/80/90 qui n’en peuvent plus de se ressourcer aux flots d’un passé qu’ils refusent de voir couler loin de leur mémoire. La vraie question se posant alors, encore plus évidente que d’habitude. A-t-on vraiment besoin de musiciens recyclant et ressassant des plans éculés, des riffs formatés, voire plus qu’empruntés, pour continuer à apprécier une musique qui justement, à constamment refusé le statisme pour aller de l’avant ? Faut-il tolérer cette passion dévorante et engloutissante, au risque d’occulter des artistes qui en acceptant de se planter, osent continuer d’expérimenter ? La réponse est plus complexe qu’il n’y parait, mais je serais tenté de dire que les deux options peuvent cohabiter. Et le premier album des américains de HAUNT vient de me le prouver en moins de quarante minutes.

Après tout, les modes sont cycliques non ? Et le talent étant universel, inutile de le rejeter sous prétexte qu’il capitalise sur celui des aînés pour s’arroger le droit d’exister. Et de fait, plus qu’un disque nostalgique, Burst Into Flames est un extraordinaire LP de Metal racé, certes profondément enraciné dans une culture séculaire, mais aux idées séduisantes, aux mélodies entêtantes, et aux riffs tenaces, catchy, aux déliés plein de grâce, réunissant dans un même élan l’esprit revêche et bravache de la NWOBHM et la sincérité abrupte de la culture southern, une sorte de pont entre l’Angleterre et les Etats-Unis, pour une réunion d’anciens amis fans de MANILLA ROAD et d’IRON MAIDEN, qui ne crachent pas sur un brin de 38 SPECIALS et des LYNYRD SKYNYRD. De quoi étancher sa soif, de quoi apaiser sa faim de souvenirs malins, et surtout, neuf morceaux qui sont autant de hits par eux-mêmes. Un petit peu d’histoire, en précisant que les HAUNT sont en fait un projet né du cerveau fécond de Trevor William Church, fils de Bill "The Electric" Church de MONTROSE, et leader du concept Doom BEASTMAKER, dont les deux LP parus sur Rise Above ont rencontré un écho très mérité. Changement de cap radical donc pour Trevor, qui ici laisse tomber les longues et lourdes litanies pour de légères et subtiles harmonies, bien entouré par son ancien complice/guitariste John William Tucker, et par une section rythmique composée du bassiste Matthew Wilhoit et du batteur Daniel Wilson. En troquant les oripeaux de croque-mort de l’up tempo pour le costume libre d’apôtre d’une musique plus affranchie, Trevor William Church s’offre donc une bouffée d’air frais, et nous entraine une fois encore sur la piste d’un passé que nul ne semble pouvoir oublier, sans pour autant plagier quiconque en s’appropriant son travail de manière éhontée. Pas vraiment inspiré par le Blues funèbre des GRAVEYARD ou par le synthétisme maniéré des THE NIGHT FLIGHT ORCHESTRA, encore moins par le conceptuel sophistiqué et roublard de GHOST, HAUNT sous sa forme la plus honnête se rapprocherait plutôt des débuts d’Ozzy Osbourne, encore épaulé par le génial et regretté Randy Rhoads, celui qui nous avait offert après son départ de BLACK SABBATH des albums aussi indispensables que Blizzard of Ozz et Diary Of a Madman. D’ailleurs, le parallèle est loin d’être innocent, puisque le parcours même de Trevor valide implicitement ce parallèle…

On y retrouve le même goût des riffs tranchants mais souples, on y retrouve aussi cette facilité pour imposer des mélodies Pop dans un contexte purement Hard-Rock, et même le timbre de voix un peu voilé de Church nous ramène aux intonations feutrées du madman, spécialement sur des morceaux comme « Frozen In Time », ou « Heroes », qui sous couvert d’hommage à la New Wave Of British Heavy Metal lâchent des thèmes hargneux mais soyeux, plus symptomatiques de l’école ricaine de la même époque. Difficile de ne pas imaginer le lick de « Heroes » se substituant à celui de « Crazy Train », et impossible de ne pas valider la corrélation, même si certains arrangements typiquement US nous éloignent de Birmingham (les refrains sont des modèles du genre, et suggèrent même des accointances poussées avec les miraculeux BLUE OYSTER CULT). Impossible aussi de ne pas aborder le cas de THIN LIZZY, à cause de ces tierces majestueuses mais humbles, mais loin de se contenter d’empiler les références sacrées, Burst Into Flame sort parfois de son contexte pour s’offrir quelques embardées bien musclées (« Burst Into Flames »), qui privilégient le Speed bien cramé mais harmonisé, histoire de nous plonger dans un bain de plomb en fusion. Emballé dans une pochette cryptique, mais disposant d’une production claire comme de l’eau de roche, ce premier album est une sorte de mash-up géant qui ose les anecdotes d’un beat dansant pilonné comme un leitmotiv (« Reflectors », Ozzy encore), ou les suggestions précieuses que l’irlandais métissé nous avait susurrées aux oreilles il y a quelques années (« Can’t Get Back »). Presque progressif dans l’esprit, mais terriblement humain et concret dans les faits, ce premier effort ne ménage pas les siens pour nous faire oublier la nostalgie au profit de la créativité, terminant même sa route sous la barre fatidique des quarante minutes pour respecter tous les codes d’usage. Certes, quelques répétitions sont notables, mais ne gênent aucunement l’écoute, et en déviant légèrement des us et coutumes scandinaves, HAUNT se démarque et garde son identité US très prononcée, quoique acceptant les enseignements anglais les plus fondés.

Une récréation plaisante, une façon de préférer le rétroviseur au pare-brise, mais surtout, une excellente musique qui ne choisit que le meilleur d’hier pour proposer l’excellence du jour.                                                  

     

Titres de l'album:

                       1.Burst into Flame    

                       2.Crystal Ball            

                       3.Reflectors              

                       4.My Mirage             

                       5.Wanderlust            

                       6.Frozen in Time                   

                       7.Heroes                    

                       8.Can't Get Back                  

                       9.Looking Glass

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par mortne2001 le 06/08/2018 à 14:38
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chro séduisante, bon morceau également, merci pour la découverte


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Ben oui, normal. Déjà assimiler "vegan" et "antifa" est hors sujet.
Soutenons UADA !


KaneIsBack + 1.


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Non.


Cet album est absolument fantastique !!!


Ravi de lire un report sur Aura Noir


J'ai jamais vraiment écouté Cancer, pourtant je fais partie de cette génération des 90's qui a découvert( le death metal avec ces sorties majeures. Très efficace ce titre , va falloir que je rattrape quelques lacunes.


commandé


Le metal selon les Grammys... Vaste blague.


Candlemass c'est pourris depuis la première séparation des années 90...Avant c'était génial et sombre.


Rien d'autre a faire que d'aller au Botswana ?


Donc Ici on ne peut pas être anti-fa, et vegan sans être aussi une cible...


Les antifas sont effectivement aussi fascistes que ceux qu'ils dénoncent. Pitoyable histoire...


Si Jeff est aussi insipide dans MDB qu'il ne le fut dans Paradise Lost, ça promet de sombres catastrophes. Je me souviens encore de la manière dont il détruisait "As I die" sur scène...


Très très curieux d'entendre ça, surtout avec le retour de Langqvist.