Réflexe conditionné sans doute, mais lorsque le label « Sentient Ruin » est accolé à un album, automatiquement mes oreilles réclament une écoute. Il est vrai que la caution extrême m’a rarement déçu, même si parfois une certaine complaisance les pousse à signer des artistes qui auraient pu rester dans l’underground. Mais la plupart du temps, leurs sorties valent largement le détour, et nous font découvrir des univers toujours sombres et opaques, mais envoutants d’une violence qui ne tolère aucune contrainte. Preuve en est faire ce matin avec le premier EP des américains de CALQUES, qui n’en ont pourtant pas besoin pour dessiner avec précision les contours de leur univers grossièrement malsain. Venu de l’Alabama, et constitué d’anciens membres de JAPANESE WOMEN et HADALS, gravitant dans la sphère du défunt label punk Tapes of A Neon God, ces musiciens fascinés par les aspects les plus rebutants du Noise nous offrent donc leur premier EP sous forme tape, qui s’affirme comme une des bonnes surprises bruitistes de ce début d’automne. Pour autant, la nouveauté et l’audace ne sont pas forcément à l’honneur, mais la méchanceté instrumentale et le refus de toute compromission en font l’un des premiers jets les plus venimeux de cette dernière partie d’année 2017. Et Civilizing, loin de chercher les civilités ou faire preuve d’empathie envers une civilisation qu’il conchie, se contente de dresser un portrait au vitriol d’une humanité vouée à sa perte, et qu’on retrouvera bientôt enterrée sous une couche de ses propres excréments. Selon les auteurs…

Comme vous le constatez, l’optimisme n’est pas de mise sur ce premier effort. Pas plus que la mélodie n’y a droit de cité, ou une forme palpable de construction logique. Ici, c’est le ressenti qui prime, et les morceaux sont moulés d’une inspiration libre, parfois méchamment Noisy, parfois BM pourri, parfois Ambient moisi, pour une symphonie qui ne ménage guère les oreilles, et que leur label aime à rapprocher des tendances en vogue chez les RAW NERVE ou CULT RITUAL. Ces comparaisons se valident d’elles-mêmes, ainsi que celles rapprochant les musiciens de leur passé, et l’évocation de GNAW THEIR TONGUES est aussi pertinente, spécialement lorsque les débats se brouillent et se lovent au creux d’une fosse commune de bruits industriels et de magma Ambient vraiment poisseux (« Galvanization »). Il est certain que les fans d’extrême sans limites seront ravis d’apprendre que leur approche favorite s’est trouvé un nouvel avocat du diable, tandis que les plus pointilleux regretteront une fois de plus qu’on assimile bruit vil et démarche artistique contrite et concentrée.

Car il n’est pas question ici de musique, mais plutôt d’ambiance. Ténébreuse, glacée, et assez effrayante dans le rendu, puisque la guitare, au lieu de se concentrer sur des motifs clairs et rythmiques préfère lâcher des interventions glauques, presque surnaturelles, alors même que le chant se retrouve plongé dans les affres d’un malaise constant le reléguant au rang de simple expression primale difficilement discernable.

Il n’est pas interdit d’évoquer un mariage logique entre un BM vraiment déformé et reformé, et les attaques sonores de la scène Noisy des BILE et autres GULAGGH (dans une vision plus modérée évidemment, sinon tout le monde serait déjà parti…), mais les parallèles ici ne sont guère indispensables, puisque la musique des américains est suffisamment malsaine par essence. Blasts qui s’imposent soudainement dans une pièce dévorée par la moisissure Post Sludge (« Decomposition », répugnant, mais cathartique, et atteignant des sommets de violence sourde et stridente), intro qui laisse à penser que les fichiers numériques ont été corrompus (« Periurbanisation », assez éprouvant dans le genre, mais pas plus que le reste), pour une entrée en matière grandiloquente et majestueuse, nous aiguillant sur la fausse piste d’un Post Black aux ambitions manifestes, qui finit pourtant par s’écraser sur un Noise lourd et tortueux, mais non dénué d’harmonies maltraitées et confinées dans un contexte carcéral sous étroite surveillance bruitiste (« Exurbanisation »).

Son global énorme qui rajoute une emphase à la lourdeur et l’oppression ambiante, pour un trip dans les bas-fonds d’une humanité qui n’en est plus vraiment une, et qui trouve ici la bande son parfaite à sa déchéance. BM, Indus, Noise, Post Hardcore, et allusions plus ou moins directes à l’univers en miroir déformé des TERRA TENEBROSA, qui eux aussi ont renoncé à élaborer de véritables morceaux, préférant se concentrer sur une recherche viscérale de sonorités qui s’imbriquent dans une histoire qui colle la chair de poule.

Mais pas plus que les news après tout…

CALQUES avec Civilizing démontre qu’il est tout sauf civilisé, ce qu’on accepte sans peine, d’autant plus que la démonstration est courte. Reste à savoir si dans un cadre moins restreint, les américains parviendront à nous convaincre de la probité de leur nihilisme/réalisme, sans tourner en rond en répétant les mêmes avertissements assourdissants. Mais avec quelques accroches presque Rock, une tendance à fouiner dans tous les coins pour y dénicher ce que le monde cache de plus souillé, et un sens du métissage Noise/BM traité d’un prisme Punk radical, ce premier EP reste une carte de visite maculée d’une tâche de sang qui risque de vous contaminer en cas de vigilance diminuée.

Comme vos sens le seront, après une telle thérapie de lucidité.


Titres de l'album:

  1. Periurbanisation
  2. Exurbanisation
  3. Galvanization
  4. Conversation
  5. Decomposition

Page Album Label

par mortne2001 le 10/10/2017 à 15:35
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