Conformicide

Havok

10/03/2017

Century Media

Revival Thrash ou Third Wave of Thrash Metal ? La question semble anecdotique, mais est pourtant d’importance. Car depuis plus d’une dizaine d’années, des dizaines de groupes s’ingénient à recréer l’atmosphère de la Bay Area et de la Ruhr à grands coups de rythmiques franches et de riffs qui ne le sont pas moins, alors, le moins que l’on puisse faire en effet, n’est plus de les considérer comme d’indécrottables nostalgiques, mais comme des acteurs majeurs du créneau sans autre forme de procès.

Certains s’en tirent avec les honneurs, d’autres se contentent de suivre le mouvement, et une poignée d’entre eux font figure de leaders, un peu comme à l’époque des SLAYER, EXODUS, LIVING DEATH, SACRILEGE BC et autres DEATHROW.

Les HAVOK font clairement partie de la troisième catégorie, et leur carrière longue de treize ans parle pour eux. A leur actif, quatre longue-durée et pas mal de démos et autres EPs, mais surtout, une réputation sans faille acquise à la force du médiator et des baguettes.

Et si certains de leurs efforts semblaient marquer le pas, admettons qu’ils repartent du bon avec ce Conformicide qui mérite son nom tout en rentrant en conflit avec son concept.

Non que les originaires de Denver rentrent dans le rang, mais il est certain qu’ils ont trouvé une formule qui leur convient très bien, et qu’ils appliquent à la perfection d’album en album. Au point d’atteindre une sorte de perfection dans la logique de composition, ce que les douze originales de ce quatrième LP prouvent de façon tonitruante et indéniable.

On y retrouve tous les ingrédients de leur Metal mordant et hargneux, à mi-chemin entre un Heavy/Speed mordant et tranchant, et un Thrash modéré puisant son essence dans les références les plus incontournables du style.

On renoue donc une fois de plus cette propension à développer des morceaux au-delà de toute modération, cette alliance entre guitares et rythmiques tout à fait balancée, et ce chant si caractéristique, empreint des inflexions sarcastiques et sardoniques si chères à Dave Mustaine ou Bobby Blotzer, mais aussi cette tendance au Crossover louée par OVERKILL ou MUNICIPAL WASTE, et cette grosse basse ronflante, sexy et Hardcore à la SUICIDAL dernière époque avant le split.

En gros, rien de nouveau sous le soleil du Colorado, mais certainement une de leurs œuvres les plus solides et ambitieuses.

HAVOK n’a jamais joué la surprise, mais bien la qualité dans la continuité, et Conformicide, loin de tuer le conformisme dans l’œuf, le détourne pour le transformer en concept de perfection dans l’exécution. Les traits de caractère du quatuor US (David Sanchez – chant, Pete Webber – batterie, Reece Scruggs – guitare et Nick Schendzielos – basse) sont toujours aussi patents, dans cette façon de soigner les parties instrumentales tout en les striant d’interventions imprévisibles et en les truffant de breaks surprise, dans cette approche délicate de la construction évolutive, et dans l’acceptation de la mélodie comme vecteur d’expression indissociable d’une agressivité de tous les instants.

Cette formule éprouvée depuis 2004 trouve son apogée aujourd’hui avec leur disque le plus professionnel et inspiré dans la tradition, et offre même quelques nouveautés intéressantes, quoique tellement nuancées qu’elles sont parfois imperceptibles.

De longs morceaux (très longs parfois comme le démontrent « Ingsoc » ou « Circling The Drain »), qui profitent d’éclairs de génie d’emprunts divers (MORDRED pour le premier, OVERKILL et MEGADETH pour le second), une collaboration renforcée entre les membres du groupe, et l’accueil dans la famille d’un nouveau quatre-cordiste, Nick Schendzielos qui contribue de sa frappe de graves à la Trujillo/Lilker/Verni à ouvrir de nouveaux horizons, font de cette nouvelle étape un pas de géant vers une respectabilité inévitable qui va vite faire passer les HAVOK du statut d’espoir confirmé à un leadership incontestable.

Ce glissement est tangible et crève les yeux sur des morceaux comme l’imparable « Masterplan », qui brille de sa rythmique bondissante et de ses riffs élastiques, surmontés de lignes de chant vicieuses et d’une bordée de chœurs revanchards qui donnent le ton, et le bon.

Toujours aussi catchy sans perdre de son radicalisme, les HAVOK sont passé maîtres dans l’art de rester frondeurs tout en glissant quelques pirouettes techniques dans leur Thrash, ce qui a tendance à le rendre encore plus efficace et précieux.

Autrement dit, l’intelligence de jeu le dispute à la puissance, ce qui aboutit à un cocktail relevé, mais toujours coulé dans le palais. Mettre le feu sans perdre le fil, telle est la devise des Américains, qui ont bien retenu les leçons prodiguées par le Mustaine de 85/88 ou celles du Blotzer des 90’s.

Le pari était pourtant très risqué, et oser proposer douze morceaux pour plus d’une heure de musique représentait un écueil difficile à éviter, celui de la redondance et de la redite à outrance. Mais c’était mal connaître le flair de ce quatuor hors-pair que de croire qu’ils allaient s’échouer sur leurs propres récifs…Et de l’ouverture explosive de « F.P.C » et sa séduisante acoustique d’intro soudainement fracassée d’un slap de basse chaloupé à la MORDRED, jusqu’au radical « Slaughtered » et son riff presque Metalcore, tout est agencé avec beaucoup d’intelligence et de variation, suffisamment pour que l’auditeur ne se croit pas perdu dans un monde parallèle où le temps et l’espace ne sont plus des données viables.

Evidemment, tout ne fonctionne pas complètement, et parfois, le groupe marque le pas. Mais même les titres les moins bénis cachent toujours au moins une idée brillante, à l’image du classique « Peace In Pieces » et ses cocottes de guitare en écho renforcées de riffs en béton armé, ou du déjà entendu « Wake Up » qui profite d’un up tempo martelé avec conviction pour faire oublier son rapt d’idées à la Mustaine pas vraiment bien camouflé.

D’ailleurs, cette admiration pour MEGADETH trouve tribune sur le plus que révérencieux « Dogmaniacal » qui recycle des plans du rouquin teigneux  dans un contexte purement OVERKILL. Mais c’est tellement bien fait et teinté de l’EXODUS de « Raze » qu’on ne peut le reprocher à personne…

Surtout lorsqu’avant d’en arriver là, vous serez passé par les cases « Hang’Em High » et son lick perturbé d’instants techniques à la DEATH, ou « Intention To Deceive » et son affolement de BPM radicalisant le propos au point de lui faire adopter un point de vue ambivalent mélodie/blasts de folie.

Donc…

Donc bilan plus que positif pour cette quatrième intervention des HAVOK, qui avec Conformicide ne s’affranchissent pas vraiment du classicisme qu’ils dénoncent, mais s’en servent au contraire pour se poser en garants d’une tradition séculaire. 

Au point de devenir le MEGADETH des riffs à la place du Calife ?

Non, au point de rester HAVOK qui s’en moque, ce qui est largement plus flatteur.


Titres de l'album:

  1. F.P.C
  2. Hang'Em High
  3. Dogmaniacal
  4. Intention To Deceive
  5. Ingsoc
  6. Masterplan
  7. Peace Is In Pieces
  8. Claiming Certainty
  9. Wake Up
  10. Circling The Drain
  11. String Break
  12. Slaughtered

Site officiel


par mortne2001 le 05/04/2017 à 13:51
75 %    482

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Mood Swings

mortne2001 02/06/2020

Wintersun

JérémBVL 01/06/2020

Songs For Insects

mortne2001 30/05/2020

Solstice

mortne2001 28/05/2020

The Triumph Of Steel

JérémBVL 27/05/2020

The Gathering 2006

RBD 26/05/2020

End Of Society's Sanity

mortne2001 25/05/2020

Dusk...And Her Embrace

JérémBVL 25/05/2020

Indecent & Obscene

Baxter 23/05/2020

Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
lolo

pas mal le chat planqué dans les gradins!

04/06/2020, 15:55

Humungus

"Age tendre et têtes de con" voulais-tu dire non ?

04/06/2020, 13:07

Jus de cadavre

O'Brien est toujours dans le line-up sur Metal-archives, mais sur le post de Fisher en studio il mentionne le nom de Rutan...
"georgecorpsegrinder
Guess what I’m doing @manarecording @cannibalcorpseofficial @alexwebsterbass @erikrutanofficial #paulmazurkiewicz #robbarrett @metalbladere(...)

04/06/2020, 11:57

grinder92

Pat est sorti de prison (50000$ de caution). Je pense qu'il n'en a pas fini de ses soucis judiciaires, mais il est libre.
A-t-il composé pour le prochain album ? aucune idée...

04/06/2020, 11:47

L'anonyme

Et avec qui pour remplacer Pat 0'Brien, parce que je suppose qu'il est toujours en prison ? Erik Rutan ? D'autant plus que O'Brien compose beaucoup pour le groupe...

04/06/2020, 11:34

Hair-dressing Curiosity

Oui on ne peut pas leur retirer ça, ils ont souvent essayé de faire bouger les lignes et proposer une expérience live hors norme. Là dessus, ils ne se moquent pas des fans. Les set-list non figées en sont le premier exemple.
Un Maiden pourrait en prendre de la graîne. :-/

Q(...)

04/06/2020, 09:07

JérémBVL

Excellente chronique pour un excellent album !

03/06/2020, 18:17

Simony

Par contre l'entrée sur scène toutes lumières allumées, un petit jam et une reprise c'est assez original. Malgré tout, ça reste un groupe qui a souvent tenté des choses pour proposer un truc en plus à son public.
Après perso, j'adore Load, peut-être aussi parce que c'est le 1° METAL(...)

03/06/2020, 14:48

Jus de cadavre

D'autant plus que c'est pas mal du tout je trouve ! Et je plussoi totalement pour Global Metal, c'est un très bon docu. Bien mieux que son premier et plus connu Voyage au coeur de la bête pour moi.

03/06/2020, 14:21

Wildben

Excellent!
Super découverte, d'autant que le reste de la discographie a l'air au niveau. Le traitement des voix me rappelle parfois également Anacrusis.

03/06/2020, 14:03

Hair-dressing Curiosity

La triste époque des nuques rases, avec cette impression de reniement complet de leur ADN dans le look et le son. Je trouve ça pénible à regarder, comme de vieilles photos qu'on ressort de la boite pour mieux vouloir les replanquer sous la pile.

C'est très curieux que James ait ens(...)

03/06/2020, 13:30

Grinding Velocity

Ca me fait toujours délirer ce genre de groupe totalement exotique venu du trou du cul du monde. :-)
Et là je repense au très bon docu de Sam Dunn, "Global Metal".
Cette musique s'est VRAIMENT mondialisée.

03/06/2020, 12:34

Wildben

Les extraits témoignent effectivement d'uns (grosse) influence Death Angel (période Act III) mais ce n'est pa pour me déplaire.
A suivre...

02/06/2020, 11:11

LeMoustre

Vus en première partie de jesaisplusqui, sans doute la tournée de cet album, c'était plutôt bon, la qualité des morceaux aidant bien sûr. Pas dégueulasse du tout, en tous cas. Ce qui est sûr, c'est que la doublette Vempire/Dusk est assez inattaquable.

02/06/2020, 07:16

Pomah

Mouais vraiment pas super emballé, c'est quand même un peu mou du genou. Je passe mon tour.

02/06/2020, 03:41

Pomah

Tres bonne chronique, vraiment, cela donne plus qu'envie de s'y plongé.

02/06/2020, 03:30

Moshimosher

Excellent !!! \m/

01/06/2020, 17:16

Moshimosher

Mais c'est pas mal du tout ! :)

01/06/2020, 16:46

Humungus

Pour ma part, je rejoignais surtout asqer sur le fait que je n'aimais pas le bazar...
Après, j'aurai très bien pu moi aussi utiliser ce genre de phrase fourre tout (c'est d'ailleurs tout à fait mon style) car et d'une j'ai une fâcheuse tendance à amalgamer très facilement Power et Sympho(...)

01/06/2020, 05:58

JTDP

Très content de voir que BOISSON DIVINE a les honneurs de ta plume, mortne2001, tant j'estime ce groupe. Pour moi, ils n'ont pas d'équivalent dans la scène Folk Metal française actuelle (bon faut dire qu'elle est bien sinistrée aussi). "Volentat" était déjà un bijou, celui-ci enfonce le clou(...)

01/06/2020, 01:20