« THE RINN est un groupe russe de Saint-Pétersbourg, pratiquant une fusion unique de Folk, de Rock, d’Electronique et de Metal, combinant un chant masculin énergique et des vocaux féminins charmants. Après une série de singles, le groupe est enfin prêt à faire sa grande entrée avec son premier album Stories of The Green Fairy »

C’est ainsi que Slipstrick Records, le label du groupe présente ses poulains, et rien que cette accroche promotionnelle aurait dû me faire fuir. Mais comme je suis un indécrottable têtu, j’ai quand même essayé de m’atteler à la tâche d’une chronique, probablement séduit par cette adorable pochette a petite fée des bois délicieusement vintage. Pourtant, Dieu sait si la chose Power m’insupporte la plupart du temps, puisque j’estime que le style n’a plus grand-chose à dire de nouveau depuis HELLOWEEN, BLIND GUIARDIAN ou STRATOVARIUS, qui en ont défini la portée, mais surtout les limites. Il n’empêche que certains groupes se sentent toujours à l’aise dans ce domaine, au point de proposer des LP qui reprennent peu ou prou les recettes des grands maîtres.

Pertinence ? Non, amour d’un genre qui se veut épique, mais qui la plupart du temps tombe dans les travers bucoliques de mélodies usées au pied des arbres qui ont de plus en plus de mal à cacher la forêt. Pourtant, les THE RINN, sans vraiment s’écarter d’une formule qui a fait ses preuves, ont ce charme slave qui permet à leurs compositions de s’ancrer dans un folklore local, sans abuser de ses légendes. Musicalement, l’affaire tient admirablement bien la route, et si la complémentarité des musiciens se retrouve dans des compositions simples, mais séduisantes, je ne peux m’empêcher de penser que le concept aurait pu s’aventurer sur des terres un peu plus meubles.

Néanmoins, et si ma plume se retrouve à traiter de leur cas ce matin, c’est que j’estime leurs qualités suffisantes pour que vous vous y intéressiez. En tant que premier album, Stories of The Green Fairy est impressionnant de maîtrise, même si l’inspiration la plupart du temps reste collée à des préceptes oniriques déjà exposés lors de songes NIGHTWISH ou WITHIN TEMPTATION, qui sont bien évidemment des influences majeures du quintette. Celui-ci (Veronica Barbutskaya  - chant, Nikolay Barbutskiy  - chant, Vasily Kukuta  - guitare, Peter Janssen – batterie et Roman Yanko – basse) dispose d’un niveau technique assez conséquent, et se permet donc quelques fioritures instrumentales constituant un tapis d’arrangements très ludiques et enchanteurs, qui ne font qu’ajouter à la mystique du projet. Cette promenade dans un monde parallèle, peuplé de créatures fantastiques est donc assez subjuguant, puisque le groupe a quand même refusé la facilité d’une visite guidée, vous laissant interpréter par vous-même ce que vous croyez voir, et ce que vous entendez. Et cette bande-son de film pour les oreilles est plaisante ne le cachons pas, sans non plus représenter une épiphanie pour un style trop figé dans ses propres habitudes. Mais l’équilibre entre compositions délibérément abordables et disons-le, « commerciales », et digressions plus sauvages, striées d’interventions électroniques ou faussement acoustiques est assez admirable, pour peu que le Power Metal soit votre genre de prédilection.

Le mariage des voix, en outre, est une des composantes les plus importantes de ce premier LP, qui parvient toujours à trouver une approche sinon inédite, du moins intéressante pour accrocher votre ouïe.

On passe donc sans vergogne d’un tube Hard’n’Heavy classique comme « Voices », qui de son mid tempo et de sa mélodie séduiront tous les adeptes d’un Metal sobre mais délicat, à des adaptations folkloriques plus volontiers intégrées au concept de fées et forêts enchantées, à l’image de ce « Green Fairy », qui débute sous une fine pluie de cordes et qui finit par nous hypnotiser de sa beauté harmonique formelle, qui se rapproche des efforts les plus agressifs d’Anneke en solo, avec cette petite touche slave qui fait la différence.

La voix de Veronica est d’ailleurs un modèle du genre, et nous présente une artiste qui sait parfaitement utiliser son registre versatile sans tomber dans la démonstration irritante, se permettant même d’incarner des personnages et de leur donner corps. Niveau instrumental, on saluera aussi l’inventivité de Roman Yanko qui tisse quelques toiles de notes surprenantes, et qui parvient souvent à donner l’impulsion d’un break qui rebondit et repart de plus belle vers l’inconnu. Sans chercher à provoquer à tout prix, ni à titiller la corde de l’originalité d’un coup d’archer électronique, les russes de THE RINN parviennent à nous faire adhérer à leur propos, et à nous entrainer dans leur univers fantasmagorique, sans user de gimmicks ou d’abuser de figures imposées un peu trop figées. Et lorsque le quintette se décide à miser sur l’efficacité, on se laisse happer par une histoire qui finalement à les arguments de ses ambitions, et nous fait dodeliner de la tête tout en chantonnant, à l’occasion d’un très contaminant « Sleep » qui de ses déambulations nocturnes parvient à créer de toute pièce un songe dans lequel le Power, le Néo, le Heavy et le Folk cohabitent dans un même espace clos, qu’ils partagent à parts égales.

Certes, tout n’est pas parfait, et certains riffs sentent bon les histoires abondamment narrées. Les volutes vocales se perdent parfois sur des chemins en cul-de-sac, mais « Symphony of Light » n’en reste pas moins un prologue d’une puissance assez remarquable, suffisamment en tout cas pour nous donner envie de lâcher nos cartes pour nous laisser guider par notre instinct. Si le terme « progressif » n’est peut-être pas de circonstance, les évolutions naturelles sont assez riches pour en mériter l’affiliation, et la variété n’est pas sacrifiée sur l’autel de la raison. Nous flirtons même à l’occasion avec une Pop subtilement électronique et renforcée de Néo-Power assez soufflant (« Secrets of The Universe »). La production, évidemment profonde et luxuriante n’en rajoute pas dans les effets rédhibitoires, et se contente de soutenir une instrumentation assez dense pour justifier de plusieurs idées au sein d’un même morceau (« The Way », le plus WITHIN TEMPTATION du lot, mais juste assez soft pour ne pas rebuter).

Et finalement, après adjonction de deux bonus tracks en fin de parcours, Stories of The Green Fairy reste une affaire de famille musicale unie dans la fantaisie, et qui n’a pas oublié que la puissance et l’harmonie font souvent bon ménage lorsqu’on évite la mièvrerie. Un groupe attachant, qui aura encore besoin de quelques années sur la route pour peaufiner son approche, mais qui incarne d’ores et déjà une sorte de renouveau du Power/Symphonique/Folk de l’est, qui a encore beaucoup d’histoire à nous raconter.


Titres de l'album:

  1. Symphony of Light
  2. Forgotten Dream
  3. Mirror
  4. Green Fairy
  5. Voices
  6. Into The Dark
  7. Sleep
  8. Winter Night
  9. Secrets of The Universe
  10. The Way
  11. Try to Find Myself (Bonus Track)
  12. I Will Awake (Bonus Track)

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par mortne2001 le 23/09/2017 à 14:30
74 %    461

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Desiree
@70.194.19.150
11/10/2017 à 13:56:02
I love those so much. Vocals work together perfectly!

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La musique me replonge directement dans les années 90' cassage de nuques et headbanging, mais j'ai plus de mal avec le chant.


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Ah bon, pas le dimanche ?!


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@Jus de cadavre ;

oui pour Decade of Aggression auquel je juxtapose Dance of the Dead, bootleg enregistré au Zénith le 22/11/1991.

Ca tombe bien, j'y étais :p


Ach !
Vous n'êtes peut-être pas assez trve pour brûler leur stock, mais dénoncez nous ce groupe si dégueulasse...
On veut un nom et le pourquoi du comment bordel !

(#Closer #Public #Voici)


@king : nan, le meilleur live de l'histoire c'est Decade Of Aggression !!! ;)
Concernant la violence de ce groupe, je me suis toujours demandé d’où venais leur colère et même cette haine palpable. Surtout à leur débuts : King est un premier de la classe à l'école, aucun dans le grou(...)


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+ 1000.

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