Cosmos Out Of Chaos

Orbseven

28/06/2017

Autoproduction

Du chaos est né la vie telle que nous la connaissons, ou presque. C’est par ces mots simples que l’on peut résumer l’effet du fameux big-bang, que d’aucuns préfèrent jauger d’un point de vue spirituel et en attribuer le mérite à Dieu. Ce qui n’est évidemment pas le cas des musiciens de BM, qui eux préfèrent parler d’évolution logique, ou de logique infernale.

Mais le parallèle est néanmoins troublant. Car du chaos, est justement né le Black Metal, sous genre apatride qui a fini par ne pas choisir de terre d’asile pour continuer à arpenter le monde et ses enfers en toute quiétude, sans se soucier de l’opinion publique. Misanthropie ? Sélection naturelle ? Peut-être simplement du bon sens, et surtout, une indifférence manifeste envers le qu’en dira-t-on. Mais s’il est un style qui nous fait encore voyager dans des dimensions obscures et inexplorées, c’est bien celui-là…

Vous le savez, les détracteurs du genre n’ont cure de son sens aigu de l’audace. Ils préfèrent occulter (sic) le problème, et éluder les éventuelles questions d’un sempiternel silence méprisant, ou pire, d’injonctions grossières qui ne cachent aucunement la vacuité de leur raisonnement. Mais les adorateurs le savent eux, le BM est sans doute la dernière limite entre nous et le néant, mais surtout, un passage vers un autre univers, où les lois de la logique ne sont d’aucun repère. Et ça, c’est vraiment fantastique.

Fantastique, unique, personnel, audacieux, fantasmagorique, onirique, traumatique, le quatrième album du projet ORBSEVEN l’est, sans conteste. Né du cerveau fécond du multi-instrumentiste Zeven (guitare, basse, programmation, claviers, chant) fin 2004, ce concept cathartique et intimement lié à la personnalité complexe de son mentor arrive à point nommé pour donner une preuve supplémentaire de la suprématie du Black sur le petit monde de l’extrême. Et pour une raison bien simple, c’est qu’il aborde le créneau en toute naïveté, sans gimmick, sans provocation cheap, mais avec un véritable amour du style, qu’il pousse dans ses derniers retranchements pour en extirper la substantifique moelle. Après trois albums aussi différents que complémentaires dans leur démarche (The Linear Divide en 2008, Fall Below The Earth en 2012 et .ismos. en 2014), Zeven s’est décidé à revenir à des sonorités plus abrasives pour se rapprocher du cœur du problème, et nous opposer à notre propre nature fugace et futile.

Les habitués comprendront très vite que leur conteur favori s’est éloigné du Post Black Ambient et apaisant de .ismos., et qu’il s’est rapproché de ses premières œuvres, tout en continuant de défricher une dimension de terrain assez impressionnante. Et en tant que tout ou somme de ses parties, Cosmos Out Of Chaos pourrait bien incarner le meilleur album de BM toutes époques confondues. Parce qu’il se refuse à en adopter les contours les plus évidents et les tics les plus systématiques. Ici, les blasts sont d’utilité et utilisés avec parcimonie, tout comme les vocaux criards quasiment rangés au placard. La musique parle souvent d’elle-même sans interférence, et lorsque le chant se décide à rentrer en lice, il se frotte plus volontiers à la gravité d’un Death vraiment caverneux, ce qui accentue ce décalage délicieux entre le rendu et la volonté. Mais qu’il est difficile de décrire un LP qui ose cinq compositions en cinquante minutes de musique…Aussi difficile qu’expliquer scientifiquement à un profane comment la vie a émergé du néant…

Zeven ne prend pourtant aucun gant pour tenter de séduire les masses. Et si son quatrième effort débute par ses deux pistes les plus brèves, leurs dix-sept minutes cumulées ont de quoi rebuter les plus timorés, comme de faire fondre les plus exigeants et aventureux. Mais à la rigueur, découper l’analyse d’un tel travail en logique de titres qui s’enchaînent est une insulte. Une lecture linéaire de Cosmos Out Of Chaos n’est d’aucune aide tant la dimension multiple de l’inspiration est manifeste de bout en bout, et usant de ficelles incroyablement intelligentes pour parvenir à ses fins. Et tout y passe, du Post Black lancinant et agressif, au Death passif, en passant par le Black légèrement Indus, l’atmosphérique oppressant, et le mélodique nostalgique. Impossible dès lors d’établir une comparaison quelconque, même avec les entités les plus libres du courant comme DEATHSPELL OMEGA, BLUT AUS NORD ou DODECAHEDRON, sans aller trop loin au risque de se perdre dans le labyrinthe…

D’ailleurs, Zeven ne cite aucune influence, et l’écoute d’un morceau aussi novateur et risqué que « Building The Spaces (Earth Reconstruction) » justifie ce silence d’hommage. Habile construction en gigogne qui juxtapose des sonorités à la SHINING (le bon) à des textures à la NEUROSIS, ce morceau est une preuve éclatante du génie (le terme n’est pas trop fort) d’un homme qui parvient en solitaire à relever des défis qu’une horde d’autres musiciens ont affronté en vain avant lui. Au point qu’on ne sait plus trop à quel diable se vouer…Cette musique tient-elle encore du Black Metal, ou bien n’est-elle que…musique ?

La question est sans importance tant l’effet produit est patent et déstabilisant…

Musique qui toutefois peut sombrer dans les abimes d’une violence ouverte, qui frise par moments le chaos total d’une guerre entre Death à tendance Doom d’un côté de la lune et Post Black/Post Hardcore de l’autre côté de Mars. Ainsi, « Conversion Into Fire » ne prend aucune précaution, et sacrifie les structures patiemment élaborées pour proposer une version assez éprouvante d’un Ambient terriblement opaque et remontant aux origines mêmes du Post Black, lorsque celui-ci osait enfin se diluer dans ses influences externes…Une preuve supplémentaire du culot de cet homme qui réfute toute stagnation sans sacrifier sa cohérence au profit d’une originalité forcée et stérile, travers fréquent des réalisations qui souhaitent aller trop loin, trop vite…

Mais ces rythmiques qui n’obéissent qu’à des impulsions personnelles, ces riffs redondants qui répètent mais ne balbutient jamais, et cette agression sortant de nulle part caractérisant le final homérique de « This World That Is Of The Unclean » achèvent de nous convaincre du potentiel incroyable d’un LP qui couronne plus de dix années d’expérimentation de la plus belle façon qui soit, sans forcer le talent. Dix ans passés à chercher « sa » vérité, qu’il a sans doute trouvée depuis longtemps, mais que Zeven continue de peaufiner pour tutoyer les sommets d’un genre qui est décidément loin d’avoir tout dit…

Sombre, lumineux, patient, nerveux, inextricable, limpide, strident, caressant, tels sont les qualificatifs que l’on pourrait accoler à Cosmos Out Of Chaos. Animé de cinq mouvements indépendants mais aboutissant à une conclusion inévitable, ce quatrième album d’ORBSEVEN est amené à devenir un album culte, tout autant qu’un chef d’œuvre. Mais il est aussi le miroir de son thème, et peut se concevoir comme le big-bang qui va secouer l’univers du Black pour le remodeler à sa façon, histoire que la vie continue, différemment. Une genèse. Un point de départ.

Une renaissance. 


Titres de l'album:

  1. Chaotic Splendor
  2. The Descent Of Spirit Into Matter
  3. Building The Spaces (Earth Reconstruction)
  4. Conversion Into Fire
  5. This World That Is Of The Unclean

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 21/08/2017 à 14:38
97 %    532

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Open Bar Vol2 : Antoine Perron

Baxter 20/04/2021

Interview

Dirge + Spinning Heads 2005

RBD 05/04/2021

Live Report

Voyage au centre de la scène : Frank Arnaud

Jus de cadavre 21/03/2021

Vidéos

Nile + Krisiun + Grave + Ulcerate 2009

RBD 03/03/2021

Live Report

Killing For Culture - Tome 2

mortne2001 23/02/2021

Livres

Voyage au centre de la scène : MASSACRA

Jus de cadavre 21/02/2021

Vidéos

Killing For Culture - Tome 1

mortne2001 15/02/2021

Livres
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Rotten Tooth

Y sont sacrément bons ces gars là ! Et ils ont le don de faire dans la surprise ! Nu Black sous le papier cadeau cette fois ! Je passe mon tour sur ce coup mais je serai là au prochain tirage !

20/04/2021, 20:06

Saddam Mustaine

Les premiers albums de Dimmu sont du "true black".Comme Behemoth si l'on veut, j'aurais du aller plus loin.Le Black type année 80 mi-90 quoi (meme si Dimmu est arrivé plus tard mais les premiers sonnes dans le genre).

20/04/2021, 19:47

Seb

C'est vraiment mauvais ...

20/04/2021, 15:05

JTDP

En tout point d'accord avec cette (belle) chronique ! Cet album fut une vraie belle surprise de l'année passée. 

19/04/2021, 21:28

Buck Dancer

J'ai jamais vraiment accroché a Pestilence, mais ce morceau est loin d'être degueu. Comme dit Simony, bien meilleur que les précédentes sorties récentes du groupe. 

19/04/2021, 10:49

Arioch91

+1Je n'ai pas aimé Resurrection Macabre, à tel point que je n'ai pas posé une oreille sur Doctrine et Obsideo.Hadeon, je l'ai écouté uniquement parce qu'une interview de Mamelick disait qu'il revenait sur le passé d(...)

19/04/2021, 10:24

Simony

Ca me semble quand même bien plus intéressant que ce qu'ils ont produit depuis leur retour aux affaires.

19/04/2021, 09:59

Arioch91

Oups ! J'étais totalement passé à côté de cette chronique ! Merci @mortne2001 pour l'avoir rédigée !

19/04/2021, 08:48

Arioch91

OK, on reprend les bonnes vieilles recettes visibles sur Hadeon : on prend Testimony, on mélange avec Spheres et ça donne Hadeon et semble-t-il Exitivm.A voir.

19/04/2021, 08:44

metalrunner

Une sacrée bonne surprise de l énergie de l innovation le futur quoi ..Dommage que la tournée de juin soit annulée

18/04/2021, 19:48

RBD

Je réagis plutôt comme Buck Dancer. Mes attentes envers FF sont basses depuis longtemps. Je n'espère plus de grands titres comparables à ceux qui remontent aux années 90 (formulé comme ça, c'est encore plus dur). Si tout est à l&apo(...)

18/04/2021, 12:39

yul

Rien de bien intéressant ici.

18/04/2021, 11:57

Gargan

Tu n’es donc pas optimiste.

18/04/2021, 08:15

la reine des neiges

ha ha! nul!

18/04/2021, 00:02

Eliminator

Tout est à chier, riffs insipides, claviers ultra kitch, refrain ultra mielleux. Ce son de gratte de merde, c'est époustouflant ! Cette mode des grattes 7/8 cordes me saoule, laissez ça à Meshuggah. Meme pas envie de juger le reste. Monde de merde! ;)

17/04/2021, 23:54

Gargan

On peut écouter la totalité à présent, et il faut bien dire que ça sort tout de suite du lot ! Je me tâte pour une commande.

17/04/2021, 19:01

Wolf88

17/04/2021, 17:26

NecroKosmos

Nous sommes vieux et nous avons bon goût. Bon, moi qui suis ultra-fan, j'adore le dernier album mais je trouve que la production y était un peu à chier. Mais je reste totalement confiant.

17/04/2021, 10:03

NecroKosmos

Bien vu le nom du groupe : facile à prononcer pour les non-biélorusses...  :)

17/04/2021, 09:59

Humungus

Mouais...Clairement pas terrible.Je rejoins Simony (sauf que moi j'avais plus qu'apprécié les deux derniers albums).Bref... A juger sur la longueur quoi... ... ...

17/04/2021, 08:51