Stoner, Doom, Sludge, les lenteurs, les obsessions, les redondances, le côté Heavy exagéré pour flatter les fans du SAB dans le sens de la croix inversé, tout ça, on connaît depuis si longtemps qu’on en a presque oublié pourquoi on écoutait encore. S’il est certain que les aspects essentiels de ces trois sous-genres ne sont plus des mystères depuis les deux doigts perdus par Tony Iommi, certains artistes parviennent toujours à les accommoder et les arranger à leur sauce, pour nous faire croire que les choses peuvent encore avancer, malgré un statisme constaté. On ne reviendra pas une fois encore sur la pertinence éventuelle de la démarche, et on se concentrera plus volontiers sur les artistes capables de proposer des pistes sinon novatrices, du moins convaincantes, ce qui est assurément le cas de nos américains du jour. Ces amis obsédés par la lancinance, la latence, la résilience et l’oppression se proposent donc d’incarner un nouveau visage du Sludge/Stoner contemporain, et s’échinent à nous le démontrer depuis leur émergence en automne 2013. Nous en venant de Cleveland, Ohio, ce quatuor (Nick Koeth - guitare/chant, Todd Marshall - basse/chœurs, Andy Johnson - batterie/synthés et Kyle Martinac - guitare) a déjà sorti deux longue-durée, en 2014 (Blackwater) et en 2015 (Beyond The Swamp), histoire de démontrer que leur fascination pour la lourdeur était justifiée, et c’est donc auréolés d’une certaine réputation qu’ils nous en reviennent avec un troisième long, qui ne dément en rien leur fascination. Et si celle-ci  s’articule autour des principes séculaires de mélange des genres, elle n’en reste pas moins formellement très efficiente, malgré quelques automatismes flagrants et quelques redites encore un peu encombrantes. Mais sans les placer sur un piédestal qui ne leur est pas encore destiné, Good As Evil représente en quelque sorte une espèce de synthèse géante de tout ce que les sous-genres précédemment énoncés peuvent offrir de plus fertile et créatif, ce qui place d’emblée cette œuvre sous des auspices d’intérêt général.

Pourtant, on connaît la méthode, et ce, depuis l’émergence à l’orée des années 2000 des meilleurs représentants du style. Mais beaucoup plus lourds, beaucoup moins concentriques que les KYUSS et autres ORANGE GOBLIN, et à cent lieues des boucles de torture d’un CATHEDRAL, les BLACKWATER se rapprocheraient donc plus d’un hybride southern des capacités groove les plus flagrantes de CORROSION OF CONFORMITY et des dérives spatiales de MASTODON elles-mêmes inspirées par le HAWKWIND le moins stellaire. Et c’est leur optique progressive qui fascine le plus, puisque loin de se contenter du tout-venant, ces quatre animaux-là cherchent à explorer des pistes aux confins d’un cosmos Heavy, plaçant en bons malins qu’ils sont les entrées les plus évidentes en début de parcours. Et si ces deux amuse-gueules ne sont pas sans intérêt, ce sont bien les deux longues et envoutantes pistes centrales qui suscitent le plus de curiosité. Sous un artwork de Grant Taylor, et dopé par une production signée Dane Whalen et Chris DiCola aux studios Atomic House et Signal Flow, Good As Evil est en effet le bien qui fait du mal, ou l’inverse d’ailleurs, et une digression très intéressante sur des thèmes connus, mais qui trouvent ici une lumière tamisée moderne ne crachant pas sur un brin d’ambition. Sans se départir d’influences qu’ils ne prennent pas la peine de nommer mais qui restent évidentes pour les fans, les BLACKWATER brodent des thèmes spatiaux et lysergiques qui nous entraînent dans une transe assez prenante, spécialement lorsqu’ils abandonnent la narration linéaire pour se jeter corps et âme dans un délire instrumental aux contours flous, mais aux données précises. Ainsi, « A Comatose Adventure » n’est pas sans rappeler les délires free des seventies, ou même de la fin des sixties, lorsque les musiciens découvraient les possibilités créatives d’un esprit soudainement perméable aux substances chimiques, et HAWKWIND, CACTUS, OS MUTANTES, 13TH FLOOR ELEVATORS, C.A. QUINTET de s’inviter aux agapes de SIR LORD BALTIMORE, ST VITUS, pour un trip intégral bourré de riffs et de mélodies, de breaks infinis et d’ad-lib maîtrisés. Ce morceau peut être vu comme le point d’orgue d’un album qui pousse tous les principes dans leurs derniers retranchements, et incarne certainement le pinacle d’une jeune carrière qui n’hésite pas à chercher plus loin que les redondances systématiques de quoi alimenter son inspiration.  

Et celle-ci est plurielle, comme le démontrent les deux premiers actes de cette pièce en liberté créative majeure. « Sabbath Daze », malgré le clin d’œil assez évident de son intitulé, nous enivre de la vague NOLA, tout en gardant l’âme fixée sur un psychédélisme de surface, pour entremêler le meilleur des CORROSION OF CONFORMITY et l’efficacité des KYUSS, sous couvert d’un riff pachydermique plutôt formel, mais diablement efficace. Les musiciens sont en place, le déroulé est traditionnel mais la progression est tenace, et on se retrouve près des marais, à regarder le temps qui passe avec quelques bières à écluser, sans que l’affaire ne tombe dans la grossièreté d’un Rock un peu trop typé aux effluves prononcées. D’ailleurs, « Witching Hell » met les choses au point de sa vivacité, et emballe le propos, pour un Hard-Rock délicieusement seventies et nerveux comme un Jimmy Page ne retrouvant plus son archer. Quelques erreurs de précision qui ajoutent du naturel à la chose, et une voix, planante, mais pugnace, celle de Nick Koeth, un peu noyée dans le mix mais prenante et fluctuante, et surtout, un duo de guitares efficientes, qui manipulent le riff avec foi, et le solo avec fougue. C’est percutant, sans prétention, mais c’est aussi une façon d’équilibrer les données pour que les fans d’un Rock plus direct ne se sentent pas largués. Ceux-ci lâcheront un peu prise à l’occasion de «The Beckoning/Stigma », premier gros pavé de plus de douze minutes, qui se permet le luxe de multiplier les allusions contraires, en flirtant avec l’alternatif des PUMPKINS sans perdre de vue la romance Sludge et Stoner. D’ailleurs, c’est dans ces moments d’hybridation que le groupe se montre le plus convaincant, le format long leur convenant à merveille, et leur permettant d’explorer leurs idées les moins conscrites dans un plan bien défini. Cette recherche ne sacrifie pas le feeling sur l’autel de la pluralité, et le groove ambiant est suintant de naturel, ce qui permet de s’immerger sans vraiment être un spécialiste de la cause. Une vulgarisation pour acceptation des masses ? En partie, mais il n’y a pourtant rien de trivial dans les musique des BLACKWATER, que les puristes pourront apprécier à sa juste valeur.        

Sans tomber dans l’excès de compliments, autant préciser que ce troisième album saura plaire aux adeptes comme aux néophytes, de par sa volonté d’échapper à toute catégorisation trop poussée. Et peu importe que les morceaux médiums recyclent des idées déjà exprimées par Pepper Keenan sur des albums comme Blind ou Deliverance, peu importe que la tonalité globale reste ancrée dans une tradition assumée, on sent comme un vent de liberté nous fouetter les ouïes à l’écoute de ce Good As Evil qui honore sa propre cause et qui valide cette célèbre réplique de Mae West.

« When I’m good, I’m bad, but when I’m bad, I’m better »

                      

Titres de l'album :

                      1.Sabbath Daze

                      2.Witching Well

                      3.The Beckoning/Stigma

                      4.A Comatose Adventure

                      5.Labyrinth of the Damned

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par mortne2001 le 12/02/2019 à 18:42
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OVERKILL : "Comme si le fait qu'ils n'aient pas suivi les modes lui avait jouer des tours ou bien tout simplement, pas au bon endroit au bon moment"
Tout est dit... Et c'est d'ailleurs bien pour ça que j'adore ce groupe !
"WE DON'T CARE WHAT YOU SAY !!!"


Moi j'aime bien, mieux que le précédent album : le groupe joue bien, batteur excellent . J'attends la suite.


Arioch91 +1.
Il ne suffit pas de jouer (pathétiquement d'ailleurs) le mec énervé à l'image pour que la musique le soit également.
Je laisse décidément ce groupe au moins de 25 ans.


Ridicule.