Un ajout de plus dans la grande famille des suffixes restrictifs, avec l’adjonction de FULLMINATOR, qui rejoint donc ses cousins, oncles et tantes pour tenter de s’imposer comme membre actif de la grande communauté agressive mondiale. On se méfie toujours des groupes en OR, à juste titre puisque la plupart se placent dans un créneau de Thrash rebattu et interchangeable, mais autant avoir confiance dans les groupes en or. Pourtant, ces nouveaux arrivants sur la planète saccadée n’ont pas choisi l’optique la plus simple, puisqu’outre une philosophie musicale assez classique, ils ont aussi opté pour un second-degré assez prononcé, ce qui a généralement le don de multiplier les risques de gamelle par deux. Impossible d’oublier les performances passées des GWAR, de CEREBRAL FIX, d’INTENSE MUTILATION, de MACABRE et autres clowns extrêmes plus ou moins heureux de leurs vannes, mais attention. Se réclamer d’un comique de situation et proposer une musique ludique mais accrocheuse n’est pas donné à tout le monde, et le ravin de la gaudriole navrante étant assez profond et glissant, il est très facile de s’affaler dans le comique troupier et d’oublier en route comment jouer. Beaucoup d’artistes ont payé le prix fort de leurs blagounettes à deux balles sur fond de bal musette anal, la méfiance est donc de mise, mais dès les premiers instants de ce premier album, on réalise qu’avant d’être des amuseurs publics, les  FULLMINATOR se veulent musiciens capables, et aptes à composer de véritables morceaux mettant en valeur leurs aventures farfelues.

Nous en venant de Porto-Rico, ces gonflés du bulbe aux costumes de super-héros improbables (Reptilian Deluxe (chant), Commissar Gartallax (batterie), Kiununtriux (guitare rythmique), Bilox (guitare lead) et Blowmeux (basse)) ont entamé leur carrière en 2015, et ont depuis proposé un EP initial, un an plus tard (From The Future), avant de semer quelques simples sur leur route histoire d’annoncer ce premier long, Crackattack. Mais Crackattack, c’est quoi au juste ? Thématiquement, les aventures d’une bande de tarés venant du futur, pour sauver notre monde de la menace diabolique du colonel Roach, par le simple pouvoir de leur musique. Si esthétiquement, la bande ressemble à un mix entre les Power Rangers et Bioman déguisés en membres de SUICIDAL TENDENCIES, musicalement, l’image est à proprement parler la même. Les FULLMINATOR pourraient être des résidents d’un Venice californien de 2125, revenus dans le temps pour nous protéger et vanter les mérites des chemises à carreaux et bandanas sur le front. Impossible en effet à l’écoute de leur barouf de ne pas penser à la première partie de carrière de la bande à Mike Muir, que ces héros costumés ont mâtinée d’inflexions à la EXCEL, GAMA BOMB et IRON REAGAN, histoire d’élargir leur champ d’inspiration. On pourrait presque aussi citer les anglais d’ACID REIGN et de SLAMMER pour offrir un tableau exhaustif, tant les morceaux proposés ici piochent un peu dans toute la saga haute en couleur de la saccade 80’s. Ce qui n’empêche nullement les portoricains de présenter un visage assez particulier, et pas seulement à cause de leurs masques, mais surtout pour leur façon d’accommoder des restes encore chauds et nous offrir l’album de Crossover de cette rentrée 2018.

Les non-anglophones auront bien évidemment beaucoup de mal à trouver ça drôle, puisque les textes leur échapperont complètement, mais ils pourront se rabattre sur l’instrumental qui lui, reste universel dans son langage. Beaucoup de syncopes donc, des breaks à foison, et surtout, de la bonne humeur collective qui ne prend jamais le pas sur la qualité musicale. Si les riffs empestent la Californie à des années-lumière à la ronde, les chœurs incroyablement présents et ce chant juvénile qui harangue avec conviction permettent d’équilibrer moderne une recette passée qui a déjà fait ses preuves. Et si la plupart des morceaux fonctionnent sur un mécanisme de répétition assez flagrant, le groupe a toujours l’intelligence de placer une ou deux trouvailles au niveau des arrangements pour rende l’écoute moins redondante. La base se repose donc sur une alternance de guitares hargneuses et de tempi rapides, soudainement interrompus par une narration qui répond à des exigences de cohérence, histoire de continuer à raconter une histoire sans oublier un épisode en route. Individuellement, chaque membre est d’importance, avec une mention très spéciale aux deux équilibristes de la bande, d’une part le frappeur Commissar Gartallax, qui se pose en fils illégitime de Dave Lombardo et R.J Herrera, et d’autre part le tricoteur de génie Bilox, qui nous torche des soli que Rocky George aurait pu signer de son talent sans avoir à en rougir. Les deux fortes têtes n’en font d’ailleurs qu’à la leur, en multipliant les interventions, mais sans phagocyter la place réservée à leurs compagnons d’armes. Mais leur folie permet à Crackattack de décoller vers les cimes du fun musical le plus outrancier, et de conférer à cette première réalisation une épaisseur d’exubérance parfaitement délicieuse.

Et il fallait bien ça pour meubler les presque cinquante minutes d’odyssée improbable, métrage assez peu usuel dans le monde du Crossover, souvent habitué à plus de concision et de brièveté. Alors, certes, les minutes peuvent parfois paraître longues, spécialement lorsque les idées se répercutent de chapitre en chapitre, mais la bonne humeur globale et le nombre de riffs pertinents et entraînants rétablit l’équilibre, hissant ce premier album au rang des réussites joyeuses. Alors, entre un instrumental d’entrée qui pose les jalons de la cocasserie sci-fi (« Hit The Pipes »), un premier morceau qui ose les images incongrues sur fond de Mosh fatal au coin d’une rue (« Johnny Died in a Mosh », qui aurait pu être partagé sur scène par les ST et les RAMONES), des rencontres avec l’ennemi juré qui sentent le coup Thrash fourré (« Colonel Roach », MORDRED et SLAMMER se tirent la bourre dans un ring aux confins de la galaxie), des galéjades sur fond de régurgitation qui piquent à Mike Muir son chant et à Rocky ses riffs inquiétants (« Puke Queen »), et quelques allusions grivoises agrémentées de cris de jouissance en Thrash de réjouissance (« Bulletproof Panties »), l’aventure se suit avec un certain bonheur, et on finit par adhérer à la cause de ces justiciers, qui s’ils n’ont pas encore l’envergure des super-héros de notre enfance, on déjà le costume pour les singer devant le miroir. D’ailleurs, pour bien se laisser à notre bon souvenir, les FULLMINATOR fulminent d’un dernier épilogue de dix minutes, via « Bath Salt Blues (Roachsmoker) », pour ne pas qu’on oublie de les remercier avant qu’ils ne repartent vers leur avenir. Du fun donc, mais aussi une musique qui donne envie de mosher, pour un équilibre presque parfait, qui gagnerait quand même à se montrer plus bref et plus varié. Mais soyez rassurés braves thrasheurs, vous pouvez continuer à slammer en toute tranquillité, puisque la menace intersidérale est écartée. Ouvrez-donc une bière et buvez la à leur santé.              

 

Titres de l'album :

                         1.Hit the Pipes          

                         2.Johnny Died in a Mosh    

                         3.Bulletproof Panties           

                         4.Colonel Roach

                         5.The Glow of the Nuclear Hash

                         6.Reptilian Breath

                         7.Puke Queen

                         8.Hell Cop

                         9.Crackbot

                        10.Summertime Teeth and Blood

                        11.Bath Salt Blues (Roachsmoker)

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par mortne2001 le 16/10/2018 à 14:26
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@Humungus : une résidence (residency en anglais) désigne le fait pour un musicien ou un artiste de se produire pendant une certaine période au même endroit. On parle alors d'artiste en résidence.


La résidence c'est lorsqu'un artiste loue une salle pour y répéter son concert en vue d'une tournée. C'est une répétition en grandeur nature en quelques sortes


1) ManOfShadows + 1 !
2) C'est quoi "la résidence" ?


Bonne nouvelle. Je n'attendais pas un nouvel album de leur part si tôt.


J'ai eu peur ! En lisant les deux premières lignes et en voyant la photo, c'est mon cœur qui a faillit s’arrêter de battre. Murphy est un vocaliste unique et légendaire. Bon courage et bon rétablissement à lui.


C’est pas trop tot


Pas un petit passage par chez nous, dommage...


A noter qu'il s'agit d'un EP (5 titres) et non du 3ème album des chiliens à proprement parler.


Oui le morceau en écoute est... éprouvant ! Bien plus violent que certains groupes de métal. Je suis pas sur que ce soit pour moi par contre...
PS: Elle donne une interview dans le dernier New noise.


Ouch... je n'ai écouté qu'un seul morceau et pourtant je suis sur les rotules. C'est d'une intensité rare. Cathartique. Quand elle hurle, on a juste envie de hurler avec elle, encore plus fort pour... je ne sais pas vraiment en fait ! Tout bonnement impressionnant. Et éprouvant !
Merci mec(...)


Enjoy The Violence !