J’affirmais récemment que la Suède était un pays légèrement traumatisé par le rétro up in time et l’extrême sauvage. Les exemples de la première assertion étaient légion, mais les éléments étayant la seconde théorie commençaient à me manquer. C’est donc rassuré et conforté sur mes positions que je découvrais la première démo d’un obscur projet local, SALTAS, émergeant de la pas si tranquille ville de Göteborg, qui abrita autrefois en son sein tous les maniaques Death de la création scandinave. Et si ce nouveau projet peut se revendiquer quelque part de la culture Death locale, il le fait d’une façon détournée, biaisée et surtout torturée, au point qu’un fan d’ENTOMBED n’y retrouverait pas ses cadavres. De là, une question simple à la réponse absconse. Les SALTAS jouent-ils encore du Death, ou bien une forme très primitive et déliquescente de Doom ? Difficile de répondre à cette interrogation, tant leur inspiration est multiple, et le résultat assez troublant. On retrouve certes des éléments à charge, dans la gravité d’une guitare qui semble résignée à porter sa croix rouillée, ou dans ce chant qui évoque avec respect les émanations gravissimes du gosier de Lars Goran Petrov, mais à l’écoute d’une entame aussi radicale que lourde comme « Salt at the Temple Roots », l’analogie n’est pas forcément viable. Axé autour de la collaboration de deux musiciens se connaissant très bien, et traînant leurs basques dans l’underground depuis des années (C.J. - batterie et chant, N.R. - guitare et chant), Currents est donc une entrée en matière sous forme de maquette qui en dit long sur les intentions de ces créatifs en proie aux affres de l’horreur musicale. Membres actifs d’IRKALLIAN ORACLE et THE FUNERAL ORCHESTRA, C.J. et N.R ont donc décidé de mettre leurs influences et leur parcours en commun pour dessiner les contours d’une troisième voie, pas forcément plus ouverte que celles empruntées d’ordinaire…

En quatre morceaux enregistrés on the spot, et à la musique/paroles composée/écrites en quelques heures, SALTAS s’échine à retrouver les sensations épidermiques des disques Ambient et tortueux proposés par des malades mentaux comme GNAW THEIR TONGUES ou ABRUPTUM, tout en apportant leur touche personnelle à la thérapie inversée. Beaucoup d’improvisation donc, pour une symphonie en riffs monolithiques, souffrant d’une distorsion excessive et d’un traitement sonore à l’avenant (mais collant parfaitement à la réalité des ambitions), qui s’adressera à la frange la plus téméraire des fans de l’extrême, les autres rejetant probablement cet effort, lui reprochant son manque de structure et son anti-musicalité un peu vaine. Mais je ne peux m’empêcher de trouver cette vision fascinante, dans son refus de tout compromis, et son envie de retrouver les pulsions originelles d’un style qui se proposait d’incarner une vision artistique et franche de la mort en tant que fin en soi. Il est certes difficile de s’immerger dans ce magma sonore qui n’accepte aucune concession à son art brut, mais l’ambiance morbide se dégageant de cette première démo à un parfum ignoble de putréfaction, qui nous ramène à une adaptation des standards d’AUTOPSY, en version désincarnée et réduite à la portion congrue d’expression. Il n’est pas non plus difficile d’y entrevoir quelques clins d’œil d’embaumeurs aux efforts les plus nauséabonds d’INCANTATION, ou de DISEMBOWELMENT, tout comme une accolade post-mortem aux plus emblématiques des chantres d’un Black Ambient à tendance Dark Ambient, de ceux qui préfèrent le ressenti à l’explicite, et qui se contentent souvent d’une forme très naïve et impulsive d’expression censée évoquer les frimas hivernaux d’une mise en bière solitaire.

De là, pas d’échappatoire possible, on aime et on adhère, ou on déteste et on conchie. Il est évidemment facile de comprendre le processus de rejet, puisque les quatre morceaux proposés n’offrent que peu de variations et aucune digression, mais plutôt des nuances subtiles dans l’horreur et le traitement du son, qui de piste en piste peut devenir de plus en plus difficilement supportable dans son excès de minimalisme. On se demande d’ailleurs où tout ça pourra mener nos deux compères (qui se posent aussi la question, malgré une seconde démo prévue plus tard dans l’année), mais on reste sous le choc d’une tentative absolue, qui ne tolère que le statisme comme incarnation musicale d’un terme d’existence. C’est évidemment très gras, très lourd, macabre, non-progressif au sens le plus littéral du terme, mais cette conviction dans l’immobilisme parvient quand même à se montrer suffisamment intéressante pour qu’on écoute le produit en question jusqu’au bout, en se demandant toutefois si un petit grain de sable va venir en gripper les rouages. Mais « XII Nerves Decay » prodigue des réponses claires de ses huit minutes de litanie atroce, et il est dès lors assez évident que « Currents from the Astral Darkness », le dernier morceau de la maquette ne changera pas d’un iota l’avancée, si ce n’est en lui apportant un surplus d’exagération dans la production, qui finit par amalgamer tous les instruments en un même gargouillis informe. Un aspect processionnel prononcé, pour un cortège funèbre qui avance dans un hiver suédois le pas lourd, et la mine défaite. Une remontée des égouts qui vous pollue les naseaux, et qui vous force à vous réfugier dans le confort de vos propres certitudes, mais aussi une simple ébauche d’un genre qui n’a pas forcément grand-chose de plus à dire que les préceptes énoncés ici. On se demande donc si une seconde démo s’avère nécessaire, à moins que le duo n’opte pour une légère déviation, puisqu’en quatre titres et une trentaine de minutes, SALTAS dit tout ce qu’il a à dire, le répétant même comme un mantra histoire que nous comprenions bien sa philosophie.


Titres de l'album:

  1. Salt at the Temple Roots
  2. Fractals from the Lower Flesh
  3. XII Nerves Decay
  4. Currents from the Astral Darkness

Site officiel

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par mortne2001 le 06/03/2018 à 17:48
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