Autant certains groupes finassent et aimer à nous aiguiller sur des chemins de traverse, en utilisant un artwork mystérieux et un nom cryptique, autant certains préfèrent jouer franc jeu et nous offrir musicalement la franchise que leur nom de baptême et leur design suggèrent. C’est le cas des Finlandais de LEGIONNAIRE, qui en utilisant le trait assez grossier d’une pochette qui aurait pu et dû enthousiasmer les Metal freaks il y a trente ans, ne suscitent aucune interrogation déplacée, sans pour autant refuser toute forme de surprise même larvée. Oui, les Finlandais vénèrent le Heavy et le Power en vogue dans les années 80 du côté de l’Allemagne, mais aussi la NWOBHM Anglaise du début de la même décennie.

Mais quel mal y a-t-il à cela ? Les taxer de passéistes, de nostalgiques à deux sous se réfugiant dans le confort d’un cadre éprouvé ? Les pointer des doigts cornus comme incapables de s’intégrer à une époque qui voue un culte au recyclage permanent d’idées déguisé en maelstrom de créativité stérile et de tape à l’œil cheap ? Moi, je ne blâme personne, et après tout, chacun fait ce qu’il veut, du moment qu’il le fasse bien, et avec foi et sincérité.

Ce qui indubitablement est le cas de ces quatre-là, qui ne font pas semblant d’aimer le Metal franc, au souffle lyrique et aux envolées mélodiques épiques…

Bon, OK, une fois avalés les trois premiers morceaux de ce Dawn of Genesis, on a vite compris où ses auteurs souhaitaient en venir. On pense immédiatement à un crossover plutôt malin entre les chantres du Heavy naissant des early eighties, MAIDEN en tête, mais aussi aux affolés du Power, germains ou pas, LIEGE LORD, ICED EARTH (en version light), et même RUNNING WILD avant qu’ils ne découvrent que les pirates étaient les bandits les plus cools des océans.

Alors, des rythmiques au chant, des soli aux riffs, des arrangements belliqueux aux tierces harmoniques, tous les clichés sont passés en revue, mais avec un panache qu’il est difficile de remettre en cause. Huit morceaux pour trente minutes de Metal en fusion, une signature avec les esthètes exigeants de Gates Of Hell Records (label Italien conservateur qui défend quelques valeurs), une pochette qui réveille le DIO caché en chacun de nous, et une production dont Martin Birch aurait été fier il y a quelques décades.

En gros, tous les ingrédients d’un voyage dans le temps plutôt réussi, qui n’apporte pas grand-chose à je-ne-sais-quoi, mais qui fera headbanger tous ceux qui regrettent encore que le Thrash, le Hard Fm, le Glam aient à l’époque enterré un peu tôt le Heavy pur et dur de leurs aînés.

Mais après tout, puisqu’ils avouent leur crime (qui n’en est pas un) sans rougir, autant les respecter pour ce qu’ils sont. Un sacré tribute band de la NWOBHM, amoureux du genre au-delà du possible. Leur bio n’en cache d’ailleurs pas grand-chose, puisque le quatuor (Aku - chant / guitare rythmique et solo, Pete - guitare rythmique et solo, Ransu - basse, Aksu – batterie) affirme la tête et le manche hauts que sa musique est « basée sur de puissantes harmonies de guitare doublées, et des mélodies médiévales épiques, dont les paroles sont influencées par la science-fiction, et la mythologie médiévale et ancienne ».

Ils citent volontiers comme références LIEGE LORD donc, ce qui n’est pas si banal que ça en a l’air, BROCAS HELM (pas moins obscur) et toute la vague d’Epic Metal US des années 80, dont je vous laisserai exhumer les meilleurs représentants de votre côté.

Le résultat est donc à la hauteur des ambitions, puisque tout ici est assemblé pour vous projeter dans un passé glorieux et pas si oublié que ça, avec une honnêteté qui laisse admiratif et une dextérité instrumentale diabolique. Les Finlandais de LEGIONNAIRE peuvent au sein d’un même morceau évoquer le MAIDEN de Di’Anno et le HELLOWEEN de l’aube du mini LP, et démarrent d’ailleurs leur premier album par deux morceaux empreints de Power Metal torride et rapide, qui provoque un headbanging involontaire tout à fait révélateur (« Clairvoyance », « Enigma Of Time »).

Ils n’hésitent pas non plus à saluer la mémoire de Phil Lynott, en taillant la mélodie de THIN LIZZY d’accents guerriers à la IRON ANGEL endiablé (« Dawn Of Genesis »). En gros, ils survolent à dos d’aigle dix années de culture musicale Metal populaire, pour en livrer leur propre version, dénotée d’un crossover assez savoureux, se permettant de mixer le Heavy, le Power et même le Boogie, dans un même élan de folie.

On sent aussi en arrière-plan quelques allusions assez prononcées aux Metal scandinave de la même époque, des allusions piochées dans la discographie de groupes comme HEAVY LOAD, GOTHAM CITY, AXEWITCH, TORCH ou encore HIROSHIMA, pour peu que cette première vague de Heavy venue du froid vous soit un tant soit peu familière.

En gros, LEGIONNAIRE se pose en amateur très éclairé des tendances en vogue entre les années 81 et 83, lorsqu’un bon riff et une rythmique plombée suffisaient à amadouer les afficionados de décibels pas forcément encore très exigeants.

Mais ça fonctionne, parce que les musiciens connaissent leur boulot et font le job, et parce que ces huit chansons sont intelligemment composées, couplet après refrain, break après solo, et ne se contentent pas de prendre un calque pour reproduire le trait, mais traduisent un langage ancien dans un vocable assez contemporain.

Ainsi, impossible de résister aux assauts francs et massifs d’un « Millenium », à l’up tempo aussi percutant que ses harmonies de guitare à la BLIND GUARDIAN encore dans ses couches, de « Shadow Upon The Metropolis » et ses clins d’œil à MAIDEN, ou à « Olympian Aegis » qui suggère que si les HELLOWEEN avaient côtoyé SATAN avant d’entamer leur propre périple, la face du Speed en eut été grandement changée.

Quelques touches de Folklore local dans les inflexions de voix (celle-ci est d’ailleurs le seul écueil à passer, avec son atonalité et son manque de précision assez flagrant), et le bilan se veut largement positif, même si les plus progressistes d’entre vous souligneront encore une fois le caractère passéiste et anecdotique d’une réalisation qui tourne le dos à l’avenir pour célébrer un passé qu’ils aimeraient bien voir enterré.

Mais qu’importent les critiques, puisque les LEGIONNAIRE prouvent avec Dawn of Genesis qu’on peut encore faire du vieux avec du neuf, ou l’inverse, et que les groupes nordiques sont décidément les meilleurs en ce qui concerne l’exhumation de styles obsolètes qu’ils remettent au goût du jour.


Titres de l'album:

  1. Clairvoyance
  2. Enigma Of Time
  3. Shadow Upon the Metropolis
  4. Millennium
  5. The Guardian
  6. Dawn Of Genesis
  7. Black Harbinger
  8. Olympian Aegis

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 28/07/2017 à 14:30
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