The Face of Fear

Artillery

16/11/2018

Metal Blade

« L’arrière-garde meurt mais ne se rend pas ! ».

C’est peu ou prou ce que les français ont entendu à Waterloo, à un détail près, et en 2018, non seulement l’arrière-garde ne se rend pas, mais elle ne meurt pas non plus. On ne compte plus les soldats de la cause ayant atteint un âge respectable repartir au front, comme pour remporter des victoires qui leur ont échappé jusqu’à lors. Et lorsqu’on vise les quarante ans de carrière, on peut estimer faire partie des gradés qui commandent aux bleus-bites, même si les médailles accrochées à son veston ne sont pas les plus prestigieuses. Ce qui est assurément le cas des danois d’ARTILLERY, eux qui se sont enrôlés dès 1982 dans les rangs de l’armée Thrash européenne, bien décidés à se battre contre la frilosité musicale ambiante de ces années-là, et contre l’hégémonie des lignes américaines évoluant en rangs serrés et réclamant la paternité d’un genre qu’ils pensent toujours avoir inventé. Certes, back in time, difficile de dire si les originaires de Taastrup jouaient vraiment du Thrash ou une sorte de Metal mordant et agressif, mais dès By Inheritance en 1990, l’interrogation n’était plus à l’ordre du jour…Sauf qu’entre 1982 et 1990, beaucoup de choses s’étaient passées, et le Thrash commençait à céder ses bastions externes sous la pression d’un Death floridien beaucoup plus chaotique, et dès lors, la carrière des danois connut une déclinaison inévitable, les condamnant alors à un oubli certain dans les douves de l’histoire. C’était mal connaître la nature farouchement hargneuse de ces francs tirailleurs, qui après quelques périodes de hiatus sont revenus sur le devant de la bataille la baïonnette au fusil, et l’air délicatement grognon, pour tenter de conquérir de nouveaux territoires, avant de disparaître à nouveau, pas certains d’avoir les armes nécessaires à l’imposition de leur point de vue. Mais avec When Death Comes en 2009, le comeback fut définitivement entériné, et la suprématie d’un Metal franc et massif assise pour de bon. Depuis, le quintette n’a eu de cesse de truster les pages des magazines, publiant LP sur LP avec une régularité quasi métronomique, en revenant se rappeler à notre bon souvenir tous les deux ou trois ans, des hymnes plein la musette et la gamelle débordant d’envie.

C’est ainsi que deux ans après Penalty By Perception, le line-up stable depuis 2012 et articulé autour de deux membres originaux (Morten Stützer - guitare, Michael Stützer - guitares, Peter Thorslund - basse, Josua Madsen - batterie et Michael Bastholm Dahl - chant) nous en revient avec The Face of Fear qui ne dément en rien le regain d’agressivité constaté depuis la reformation de la fin des années 2010, et qui au contraire semble faire preuve d’une puissance accrue, certainement due à l’osmose entre les instrumentistes qui se consolide maintenant depuis six ans. On y retrouve évidemment tous les ingrédients qui ont fait d’ARTILLERY ce qu’il est depuis son émergence, ce refus de s’ancrer dans un créneau particulier, passant allègrement d’un Thrash véhément à un Heavy Metal piquant, mélodiquement parlant, sans se brider en refusant une ouverture. Dès lors, The Face of Fear devient l’archétype de LP très difficile à chroniquer, tant il s’évertue à réutiliser des recettes bien connues et savamment employées, combinant une puissance de feu impressionnante à des ornementations plus travaillées, et se reposant sur une efficacité de tous les instants très difficile à traduire dans un langage écrit. Pour autant pas de vulgarisation ni de génuflexion aux pieds d’un Dieu Metal faisandé ou banalisé. Les danois n’ont pas cédé un pouce de personnalité face à l’uniformisation ambiante, et ne proposent toujours pas de morceaux faciles et supersoniques destinés à les affilier à une vague old-school très à la mode. Ils louvoient toujours entre férocité et séduction, histoire de s’attirer les faveurs de leurs fans, et surtout, de surprendre les lignes ennemies s’attendant à un blitzkrieg furieux ou à une guerre de tranchées. Et eux de pratiquer l’alternance, perçant les lignes adverses d’un assaut purement Thrash avant de camper position dans un vieux baraquement, attendant patiemment le faux-pas pour imposer leur plan de bataille. Produit pour la cinquième fois par Søren Andersen aux Medley Studios, ce neuvième album studio des danois ne déçoit évidemment pas, et peut même viser le haut du panier, s’affirmant comme l’une des œuvres les plus abouties du quintette, qu’on a du mal à imaginer en place depuis trente-six ans maintenant tant il sonne frais et dispo. On retrouve évidemment des éléments inhérents aux albums précédents, et surtout des traces patentes de développements rythmiques imposés sur Penalty By Perception, mais aussi, la voix très performante et lyrique de Michael Bastholm Dahl, qui s’impose comme le vocaliste définitif de la formation de ses envolées emphatiques et de ses assertions féroces. Et la combinaison fatale se basant sur l’équilibre de riffs purement Heavy/Thrash et un vocaliste dans la plus grande tradition des Joey Belladonna, Mike Howe, Eric A.K. et autres Michael "M.A.J.O.R." Knoblich marche à plein régime, permettant au groupe de se placer en convergence d’un Power Metal très relevé et d’un Thrash maîtrisé, sans avoir le cul entre deux chaises.

Et la bataille contre la dilution du Metal dans des influences extérieures continue donc de plus belle, ce que le title-track en ouverture prouve de sa flamboyance. Avec ce faux rythme en mesures impaires, ces chœurs typiquement Speed Metal, ces cassures de rythme en variation Thrash/Heavy, et ces lignes de chant brulantes,  ARTILLERY entame les débats façon SCANNER survitaminé, et rappelle qu’avant d’être une machine à broyer les tympans, le style avait de l’allant, et savait ménager les palpitants. Soli déchainés mais pertinents, section rythmique sous nitroglycérine, chanteur occupant l’espace avec panache, le mélange est détonnant, et « Crossroads To Conspiracy » de confirmer la grande forme des danois qui se montrent à l’aise dans la cohabitation vitesse/pesanteur. Certes, tout a déjà été entendu des milliers de fois auparavant, mais le tout est justement joué avec une telle foi qu’on ne fait pas la fine bouche, et qu’on assiste à la démonstration de force avec une admiration certaine. En employant des thématiques classiques remises au goût d’un jour nouveau, les cinq musiciens prônent une sorte de fausse sécurité, et font honneur à leur passé, sans passer justement pour d’indécrottables nostalgiques n’ayant pas suivi l’évolution des mœurs depuis leur émergence. Et lorsque l’intensité monte d’un cran, on pense à la sidérurgie allemande et au spectre d’ASSASSIN, dans une version évidemment plus modérée, sans que l’identité du quintette ne soit noyée dans les influences externes. Et que l’atmosphère soit méchamment nuancée (« Through The Ages Of Atrocity », qui ressemble à s’y méprendre à un extrait du dernier KORN joué par des chantres de la NWOBHM), ou volontairement allégée (« Pain », ses harmonies royales et son crescendo à la TESTAMENT/MEGADETH sous le feu des balles), le propos reste d’une indéniable crédibilité, d’autant plus que le groupe n’a pas jugé bon de s’éterniser et a préféré concentrer ses morceaux sur un temps bien déterminé.

Ce qui ne l’empêche nullement de nous pulvériser en conclusion d’un tonithrash « Preaching To The Converted », et de proposer en épilogue deux anciens morceaux remis à neuf, qui ont parfaitement leur place ici malgré leur caractère historique. Alors, non, décidément, l’arrière-garde ne se rend pas. Et ne meurt pas non plus. Elle continue le combat jusqu’à la victoire finale, qui pourrait avoir déjà été acquise. Car être toujours là en 2018 est une réussite en soi pour les ARTILLERY, que les années 80 avaient toujours considérés comme un outsider exotique et non comme un leader d’optique.    


Titres de l'album :

                         01. The Face Of Fear

                         02. Crossroads To Conspiracy

                         03. New Rage

                         04. Sworn Utopia

                         05. Through The Ages Of Atrocity

                         06. Thirst For The Worst

                         07. Pain

                         08. Under Water (instumental)

                         09. Preaching To The Converted

                         10. Mind Of No Return (Démo 1982 réenregistrée)

                         11. Doctor Evil (Bonus Track 2018)

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par mortne2001 le 15/12/2018 à 17:12
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Le clip, it was a good idea at the time, comme y disent les englishes.

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oui pardon, problème de dyslexie sur le clavier... c'est corrigé !

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Il s'agit bien de Thyrfing   , espérons qu'il soit bon

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Simony

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