Sins n’avait suscité chez moi qu’une indifférence polie, me permettant d’affirmer avec un certain dédain que les italiens n’étaient pas maîtres en la cause Thrash, la faute à une approche trop primitive et linéaire qui les empêchait depuis toujours de rivaliser avec leurs cousins germains et américains. Il faut dire que cet album était loin de déclencher l’euphorie que l’on est toujours en droit d’attendre d’un album du cru, se contentant la plupart du temps de répéter des formules convenues, la plupart déjà énoncées par le groupe sur ses premiers albums que certains considéraient pourtant comme des classiques. N’ayant jamais vraiment posé genou à terre pour prêter allégeance aux chevaliers de la table ronde transalpine, mais reconnaissant des qualités débridées aux séminaux BULLDOZER, ce constat ne m’étonnait pas plus que ça, et c’est avec générosité que je lâchais un modeste six sur dix à cet album anecdotique. Cinq années plus tard, et ayant volontairement fait l’impasse sur un The Age Of Dead Christ que ne je jugeais pas digne de mon temps, c’est avec appréhension que je me décidais à rencontrer à nouveau ces originaires de Gênes, qui à peine un an après leur dernier effort décidaient de remettre le couvert. Ayant déjà préparé la poche de restes pour un doggy bag cheapos à refiler à des potes moins exigeants, j’acceptais d’écouter d’une oreille distraite ce Defragments of Insanity, qui me mettait quand même la puce à l’oreille de son titre en forme de clin d’œil. Sans avoir plus d’informations, j’y voyais une suite possible au second LP des italiens, ce Fragments of Insanity qui en 1989 avait agité la planète Thrash de ses soubresauts agressifs, me disant à tort que les italiens, conscients de ne rien proposer de très probant depuis les eighties avaient choisi la voie du classicisme en jetant sur la table une suite des évènements passés que je jugeais d’ors et déjà anecdotique.

Et mon instinct me trompa de très peu, puisque ces NECRODEATH chafouins ont en effet décidé de se tourner vers leur (moyennement) glorieux passé, non pour le pérenniser et y ajouter de nouveaux chapitres en continuant l’histoire initiale, mais pour en reprendre l’un des épisodes les plus notables, histoire de lui accorder un coup de jeune sous une lumière plus contemporaine. C’est ainsi que trente ans après la parution de ce que leurs fans considèrent comme son plus haut fait d’arme, le quatuor (Peso - batterie, Flegias - chant, Pier Gonella - guitare et GL - basse) nous offre une relecture moderne de Fragments of Insanity, qui non seulement tient largement la comparaison temporelle, et qui se permet même de transcender les influences d’origine en leur offrant un son à décorner les bœufs de Sicile. En acceptant que le line-up d’origine se limite aujourd’hui à la présence au kit de Peso, seul membre des primes années, on pourrait presque considérer ce Defragments of Insanity comme un nouvel album, si nous ne connaissions déjà ses morceaux qui en faisant preuve d’objectivité, représentent ce que le combo italien a pu produire de plus effectif depuis son émergence au milieu des années 80. Ridiculisant tous les jets originaux produits depuis, Defragments of Insanity rappelle qu’à une époque, NECRODEATH aurait pu jouer les premiers rôles de la scène Thrash européenne, si celle-ci ne glissait pas déjà sur la pente savonneuse du Death en 1989. Prouvant qu’ils avaient des armes efficaces sous la main, les quatre italiens nous refont un coup classique, celui du lifting qui permet de fêter un anniversaire à moindre frais, rejoignant donc les EXODUS, SODOM et autres cadors du Thrash mondial dans les rangs des nostalgiques de l’âge d’or. Sauf qu’en dépit de ce formalisme facile, autant admettre les choses, qui mènent à un constat plein d’ambivalence. En optant pour un travail d’exhumation/restauration, les italiens livrent leur meilleur travail depuis… Fragments of Insanity, ce qui peut se montrer aussi flagrant que gênant, considérant que depuis, le groupe a quand même publié pas moins de dix albums.

Ceci dit sans aucune méchanceté, puisque je n’ai pas grand-chose à reprocher à ce combo sympathique, quoique terriblement secondaire. Mais là où d’autres se sont méchamment vautrés en croyant pouvoir surmultiplier la puissance et la démence de leurs œuvres les plus mémorables, NECRODEATH réussit son pari, et fête trois décennies de parcours avec un faste de brutalité et de méchanceté instrumentale. Les originaux qui ne donnaient déjà pas dans la dentelle ne sont pas ramollis par le temps et le traitement contemporain, bien au contraire, et sonnent encore plus frais et déments qu’en 1989. Si l’on retrouve évidemment le charme des compositions initiales, qui au crépuscule d’eighties à l’agonie donnaient un coup de fouet au Thrash de papa en l’agrémentant d’un parfum Death très prononcé (école INCUBUS avec diplôme à la clef), le traitement 2019 apporte une nouvelle lumière de folie sur cette intensité qui ne s’est pas démentie, permettant au line-up le plus stable de la formation de frapper un grand coup et se replacer sous les feux des projecteurs. Totalement dans le contexte d’un mouvement nostalgique qui va certainement réserver à Defragments of Insanity l’accueil qu’il mérite, NECRODEATH rappelle qu’il était déjà là en même temps que toutes les autres références du genre, et qu’il a encore de quoi en remontrer aux nouvelles générations. Et dès le magique et foudroyant « Choose Your Death », la messe noire est dite, et le Thrash furieux replacé dans un contexte de crédibilité qu’une production énorme vient souligner de ses graves profonds et de ses médiums carton.

Pas de doute à avoir, les riffs sonnent plus tranchant qu’un saucisson coupé par Kerry King, et l’atmosphère générale se place en convergence des incendies déclenchés par Interstellar Experience d’ASSASSIN et Beyond The Unknown d’INCUBUS. Avec seulement trente-quatre minutes au compteur, Fragments of Insanity jouait la montre, et son digne successeur profite de cette brièveté pour donner quelques leçons aux nouvelles générations, accentuant les mid-tempi (« Thanatoid »), contraignant les mélodies à ventiler les segments les plus affolés (« Metempsychosis »), pour finalement rappeler à quel point SLAYER a représenté l’une des influences les plus marquantes de la scène italienne des années 80. Véritable plaisir même pas coupable, ce nouveau visage offert à une ancienne grimace de mort est un véritable bain de jouvence, d’autant plus que le LP original, réédité par deux fois en CD est devenu de plus en plus difficilement trouvable à des prix raisonnables. Voilà donc une bonne raison de vous jeter sur cette réactualisation d’un répertoire de saison, qui va peut-être donner aux  NECRODEATH l’impulsion indispensable pour renouveler leur répertoire plus contemporain.  


Titres de l’album :

                         1.Choose Your Death

                         2.Thanatoid

                         3.State of Progressive Annihilation

                         4.Metempsychosis

                         5.Fragments of Insanity

                         6.Enter My Subconscious

                         7.Stillbirth

                         8.Eucharistical Sacrifice

Site officiel

Facebook officiel


par mortne2001 le 02/07/2019 à 17:34
88 %    156

Commentaires (2) | Ajouter un commentaire


Humungus
membre enregistré
03/07/2019 à 08:07:39
Un monument.

LeMoustre
@77.146.224.133
04/07/2019 à 20:41:53
Riff à la Voïvod vers 1'10", qui suit un autre qui rappelle par Slayer période Seasons, mais en fait non, ils avaient fait ça avant, héhé.
Si l'original est toujours préférable, voilà un second album, sans oublier le premier aussi excellent (Into the Macabre), qui nous rappelle que les Ritals étaient fort efficaces, avant leur split.

Ajouter un commentaire


Freternia

The Gathering

Urkraft

Our Treacherous Fathers

Monarque

Jusqu’à la Mort

Black Star Riders

Another State Of Grace

Sacral Night

Ancient Remains

Kryptos

Afterburner

Immortal Bird

Thrive On Neglect

Korn

The Nothing

Damim

A Fine Game Of Nil

Kobold

Masterpace

Warvictims

The Horse and Sparrow Theory

Dead Heat

Certain Death

Void King

Barren Dominion

The New Death Cult

The New Death Cult

Axxios

Beneath the Blood Red Sky

Reality Suite

Awaken

Beastmaker

Eye of the Storm

Slaughtbbath

Alchemical Warfare

Iroy

Donde Nace la Verdad

Abbygail

Gun Control

Dopethrone + Wormsand

RBD / 12/09/2019
Doom

DISOWNING, Interview avec Butcher (chant)

youpimatin / 10/09/2019
Death Metal

Photo-report MOTOCULTOR FESTIVAL 2019

Jus de cadavre / 08/09/2019
Motocultor

BRUTAL ASSAULT 2019 - Jour 4 + Bilan

L'Apache / 05/09/2019
Brutal Assault

Concerts à 7 jours

Belenos + Griffon + Nydvind

20/09 : Le Ferrailleur, Nantes (44)

Ultra Vomit + Astaffort Mods

20/09 : Le Rio Grande, Montauban (82)

Electric Shock + Praying Mantis + Sign Of The Jackal

21/09 : Jas'rod, Pennes Mirabeau (13)

Belenos + Griffon + Nydvind

21/09 : Salem, Le Haillan (33)

Darkenhöld + Bovary + Eternal Hunt

21/09 : Secret Place, St Jean De Védas (34)

Kadinja + Tranzat + Juggernautt

21/09 : Espace Le Goffic, Rennes (35)

Krassier + Frekkr + Conquerors

21/09 : Dropkick Bar, Reims (51)

Evil Invaders + Warkunt + Disgorged Foetus

21/09 : Maison Du Temps Libre, Rolampont (52)

Deficiency + Fractal Universe + Destinity

21/09 : ThÉÂtre De La MÉdiathÈque, Freyming (57)

Warfaith + Mortuary + Dust In Mind

21/09 : Salle Désiré Granet, Anould (88)

Flush!! + Xbreak Outx

26/09 : L'ambuscade, Lyon (69)

Elyose + Ancient Bards

26/09 : Le Gibus, Paris (75)

Photo Stream

Derniers coms

Hihi, je savais que c'était fait pour toi... :-D


Cette affiche... J'en rêvais... ... ...


@kairos +1 !


Cool report, comme d'hab' ! Et toujours intéressant de retracer l'historique musical d'une ville ;-)


Si Scott Wino ne peut plus se défoncer en paix, ou va le monde !


DEMONIAC, c'était génial. Surtout le second et troisième album. La suite avec DRAGONFORCE m'avait un peu dépité...


Bah c'est fou car je pensais justement à la future tournée européenne de THE OBSESSED très tôt ce matin et me demandais donc où en était ce brave Wino avec ces anciens soucis scandinaves.
Bah me voilà (malheureusement !) renseigné sur le sujet…
Salauds de norvégiens ! Depuis (...)


Bah ce qui est le plus dingue avec cette immondice qu'est DRAGONFORCE, c'est que ce groupe est né des cendres de DEMONIAC... Jamais compris ça quand on voit la merveille qu'était "Prepare for war".
Comme quoi, il faut de tout pour faire un monde...


Mon dieu c'te pochette ?!?!
Le père Joël nous avait pourtant habitué à bien mieux merde…
On se croirait ici en main avec un album de Synthwave bas de gamme bon dieu de dieu.


Attention le site du Bikini annonce la date à Toulouse le 20 mai. C'est un mercredi, veille de l'Ascension.


Le nouveau Korn m'a l'air excellent du coup.

A mince c'est Lacuna Coil.


J’ignore le niveau d’affinité de leclercq avec le heavy speed mélodique, mais à la base c’est un fan d’extreme. Il suffit d'écouter sinsaenum, projet plus personnel et qui n’a vraiment rien a voir avec dragonforce
Perso kreator, jamais accroché, mais c’est un grand groupe et u(...)


Ca promet... Ce groupe va s'enfoncer encore plus dans la melochiasse.


Cela aurait été vraiment la grande classe il y a plus de 15 ans.
Désormais beaucoup (beaucoup !) moins.
Mais bon, cela sera toujours mieux que d'être membre de DRAGONFORCE... Ca c'est certain... ... ...


Un français dans Kreator, la grande classe ! Bravo à lui !


Malheureusement KRASSIER doit annuler sa participation à cette date pour cause de blessure d'un de ses membres. Mais vous aurez droit à des sets rallongés de CONQUERORS et FREKKR.


Yesss ! Il va falloir réviser les classiques ^^


Très chouette Chronique encore une fois ! J'attends plus rien de Korn depuis des années et j'ai l'impression que le groupe n'a plus rien à proposer depuis très longtemps. Chaque nouvel album s'essouflant à peine l'écoute terminé. Mais je vais donner sa chance a celui-ci. Le morceau "Cold" est(...)


Absolument excellent !! Vivement l'album.


Nul n'est parfait mon bon...