Medieval Epic Speed Metal ? Non, ça n’est pas une question, juste l’étonnement découlant d’une assertion, celle d’un groupe qui a le courage d’assumer ses étranges penchants. Si à l’époque glorieuse des catalogues de vente par correspondance, ce style de description était monnaie courante, elle est depuis beaucoup plus rare, les groupes préférant souvent le flou artistique le plus total en refusant quelconque étiquette trop restrictive. Mais alors, concrètement, que définit avec acuité ce label plus ou moins alambiqué ? Un Heavy Metal classique, d’obédience 80’s, qui ne rechigne pas à appuyer sur l’accélérateur, se parant souvent de mélodies d’inspiration Folk, tout en acceptant des évolutions progressives. Pour être plus parlant, un mélange entre les tendances en vogue dans la première moitié des années 80, produit avec trois décennies de retard, mais avec une foi sans faille. Et c’est donc du Danemark que nous en viennent les CHEVALIER, qui s’ils ne sont pas forcément de la table ronde, pourront incarner le Saint Graal des adorateurs nostalgiques de la violence délicatement obsolète. Point de jugement péjoratif ici, puisque l’optique du groupe est crédible et solide, et que sa musique est en tous points intrigante et fascinante, sous couvert d’un passéisme outrancier. Formé en 2016 à Helsinki, CHEVALIER n’a pas laissé traîner les choses en publiant deux EP fort remarqués dans l’underground, A Call to Arms en 2017 et Chapitre II en 2018, qui plantaient d’ailleurs les graines de la discorde sans en dire trop sur l’avenir. Et justement cet avenir se formalise aujourd’hui par un premier longue-durée, que les italiens de Gates of Hell records distribuent en format CD, vinyle et digital. Destiny Calls est donc le plus parfait moyen de pénétrer l’univers mystique de ce groupe assez atypique, qui non seulement copie les tics des anciens, mais singe aussi les méthodes de production d’époque.

Immersion garantie donc, dans un monde à la Tolkien, adapté musicalement aux optiques ancestrales de certains ensembles de catégorie B des eighties. On retrouve dans cette musique l’emphase glorieuse des MANILLA ROAD, la pugnacité en vélocité hargneuse des premiers LIVING DEATH, la subtilité dramatique des HEIR APPARENT et autres QUEENSRYCHE de début de carrière, mais aussi le radicalisme mélodique de nos chers ADX, qui sont d’ailleurs cités comme influence. Le choix de ce nom français est d’ailleurs assez bien senti, puisque l’ombre de SORTILEGE, et celle de HIGH POWER se font parfois ressentir au coin des harmonies lyriques…Très construit et ambitieux, le Metal flamboyant des cinq finlandais (Tommi - guitare/chœurs, Mikko - guitare, Emma - chant, Sebastian - basse et Joel - batterie) est toutefois assez opaque, et plutôt difficile d’accès, spécialement lors des morceaux les plus étendus, qui sembleront pâtir d’une production très étouffée aux médiums grinçants aux plus progressistes d’entre vous. Mais ce son si étrange est pourtant parfaitement adapté à la démarche choisie, conférant aux chansons une patine subtilement énigmatique, et donnant à ce Destiny Calls des allures de vieille démo retrouvée dans un coffre à bijoux, ce qui ne sera pas pour déplaire aux plus puristes des fixeurs de rétroviseur. Mais lorsqu’on se concentre sur la musique, on découvre un groupe sûr de son fait, aux aspirations ambitieuses, et qui parvient à résumer en quelques minutes tout un pan de notre culture d’origine, sans paraître opportunisme ou anecdotique. Il est d’ailleurs relativement ardu à l’écoute de titres comme « The Curse of the Dead Star » ou « Road of Light » de baliser avec précision le terrain couvert par ces instrumentistes qui prennent un malin plaisir à brouiller les pistes, entre Speed rudimentaire, Heavy progressif, Hard Rock teinté seventies et Metal tout sauf généraliste qui pourra contrarier les amateurs de précision et de clarté.

Mais sans jouer les avocats du Diable et défendre à tout prix ces preux CHEVALIER, autant dire que leur premier album est de ceux qui ont une emprise durable sur la mémoire, et qui s’y incrustent avec malice. Avec quelques arrangements subtils et bien placés, quelques intermèdes acoustiques plus apaisés, et une constante accumulation de plans et de breaks, les finlandais parviennent à tisser une toile qui vous englue de ses multiples fils. Sans se contenter d’une relecture de vieilles partitions usées jusqu’à la corde de mi, Destiny Calls garde cette empreinte amateur qui lui confère un charme indiscutable, mais semble tout de même pénalisé par un mixage hasardeux plaçant la basse en avant, laissant la batterie loin derrière en écho, et saturant des guitares d’une distorsion légèrement grésillante. On a même parfois le sentiment d’entendre un vieil album de Hard français remixé par les MORSÜRE (« Stormbringer »), ou une maquette d’un DEATH SS, à l’orée des années 80, pas encore certain de la voie à suivre, mais déjà conscient de sa singularité. C’est pour ces diverses raisons que ce premier album aura peut-être du mal à trouver son public, pouvant éventuellement faire de l’œil aux anciens fidèles de l’église HELLION, aux allégoriques de la caverne IRON CROSS, et quelques autres groupes qui avaient laissé le poste de vocaliste à la charge d’une chanteuse et non d’un grogneur. A ce titre, Emma, conteuse en chef, s’en sort admirablement bien, malgré les limites de son registre, et parvient à capter notre attention de sa conviction, malgré des lignes de chant souvent répétitives et à la limite du scandé.

L’autre source d’étonnement viendra de la construction parfois étrange des morceaux, qui semblent assemblés de parties disparates (encore une fois, la production n’aide pas à une meilleure compréhension), et qui n’hésitent pas à superposer charges Speed, tierces irritantes, soudain soli lyriques, ralentissements impromptus et autres changements de gamme de dernière minute. C’est d’autant plus frappant que la plupart des chapitres dépassent allègrement les cinq minutes, ce qui évidemment nous vaut quelques redites maladroites en fin de parcours (« A Warrior's Lament », à la justesse douteuse, et au son de batterie à faire sourire le POSSESSED de Seven Churches). Néanmoins, et puisque la prise de risque mérite d’être soulignée et les efforts remarqués, CHEVALIER se distingue de la masse par ses choix culottés ou naïfs, et Destiny Calls, sans être un postulat définitif, permet d’avoir un point de vue différent sur les méthodes old-school souvent trop fidèles aux souvenirs, et à la linéarité gênante. Le droit d’être différent étant inaliénable, personne ne pourra reprocher à ces finlandais de tenter quelque chose de moins évident, au risque de paraître encore un peu gauche. Mais trop à droite, et on se retrouve à côté de Dieu, ce qui n’est jamais position facile…

         

 Titres de l'album :

                            1.Introduction

                            2.The Immurement

                            3.The Curse of the Dead Star

                            4.Road of Light

                            5....as the Clouds Gather

                            6.Stormbringer

                            7.In the Grip of the Night

                            8.Prelude to the End

                            9.A Warrior's Lament

                            10.Outro

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par mortne2001 le 29/06/2019 à 14:44
78 %    143

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Jc
@185.12.96.79
01/07/2019 à 10:56:42
Des danois de helsinki ?

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