Il est peut-être temps de revenir aux fondamentaux, et de se souvenir qu’à la base, le Rock N’Roll n’est rien de plus qu’une gigantesque dose de fun, et une façon d’oublier son morne quotidien. Non que les œuvres et styles ambitieux soient hors contexte, mais après tout, le genre a été pensé dès le début comme une sorte d’exutoire aux frustrations de la jeunesse, et comme un cri de révolte craché à la face des institutions, parents, école, religion, alors autant se payer une cure de jouvence et se rebeller une fois encore, l’époque étant assez fertile en raisons de protester, de s’élever contre l’injustice. Alors, fêtons ça, et délivrons-nous des carcans intellectuels pour retrouver l’essence même d’une jeunesse que beaucoup d’entre nous ont laissée loin derrière eux en assumant leurs responsabilités d’adultes. Et quoi de mieux qu’une solide dose de Hard Rock festif pour admettre ce postulat et se lancer à corps perdu dans un moment de délire et de plaisir, ce que ce nouvel album des allemands de MOTOR CITY MAYHEM propose, garanti sans prise de tête, et bourré de refrains qu’on répète sans cesse. Venu de Stuttgart et exhumé des cendres de feu SHOTGUN EXPRESS, ce collectif aux dents longues et aux guitares affamées nous offre donc avec Shitfaced and Outta Luck l’un des glaviots les plus jouissifs de cette fin de printemps, sans chercher à révolutionner le genre, mais en en perpétrant la philosophie avec une belle énergie. Le genre d’album à propos duquel il est inutile de disserter pendant des heures, mais qui fait méchamment bander, et qui dans une épiphanie d’orgasme nous renvoie aux sensations les plus épidermiques du Hard Rock à la scandinave, tendance qu’il assume aux travers de ses évidentes influences.

Van (chant), Scott & Johnny (guitares), Armin (batterie) et Robin (basse) ne sont pas des mecs qui tournent autour du pot, et autant dire qu’ils entament leur effort en en faisant pas mal, et en collant le pied au plancher. Dignes héritiers des BACKYARD BABIES et des HELLACOPTERS, les instrumentistes germains n’en oublient pas pour autant les parrains du genre, les MC5, les STOOGES, qu’ils adaptent à une époque pas forcément plus fun pour la jeunesse, mais plus propice au Rock bubble-gum qu’aux revendications politiques ou autres délires nihilistes de jeunes adultes en mal avec leur temps. Ici, c’est la légèreté qui prime, et l’excès de testostérone entraîne vite une crise de priapisme, déclenchée par des riffs incendiaires, des chœurs d’école primaire, des refrains qui fédèrent, et surtout, des chansons simples qui en ont aussi l’air. Pas vraiment de quoi révolutionner la scène, mais largement de quoi la mettre à l’envers, puisqu’en trente-trois minutes, ces amis d’outre-Rhin ne se posent pas de question et foncent dans le tas, se lovant dans le giron d’œuvres aussi immédiates que Backyard Babies, ou Payin' the Dues. C’est donc à peu près aussi simple et simpliste qu’un lick de Chuck Berry lâché comme à la parade, et aussi plaisant qu’une bande hirsute scandinave découvrant les plaisirs de trois accords répétés ad lib, un peu RAMONES dans l’esprit, mais juste assez construit pour ne pas passer pour une assemblée de néanderthaliens découvrant les joies de l’électricité une fois la nuit tombée et le feu éteint.

Certes, les variations et modulations ne sont pas flagrantes, et les plus pointilleux d’arguer que les titres se ressemblent méchamment. Il est certain que de plan en plan, les structures se révèlent dans toute leur basicité, même si de temps à autres, l’up tempo cède sous les coups de boutoir d’un mid un peu plus empli d’espoir, comme à l’occasion de cet infernal et juvénile « Bad Habit », qui en dit long sur les mauvaises habitudes Rock de ces branleurs en pleine turpitudes. Quoi que je doute que le quintette soit en prise aux affres de la réflexion, eux qui privilégient l’insouciance et le naturel à la méfiance et l’intellectuel, ce que l’intro démoniaque et maniaque de « Hey C’mon » démontre de son épilepsie contrôlée, typique d’un Hard punky et Glam dans la plus grande tradition suédoise. C’est évidemment aussi direct qu’un baiser volé ou qu’un pain dans la gueule à peine levé, mais c’est justement ce genre d’émotion qu’on recherche dans le Rock, un genre qui commence à un peu trop se pencher sur sa propre question et qui oublie en route son rôle de trublion. Vintage sans vraiment l’être, ce nouvel LP des MOTOR CITY MAYHEM se complaît à renifler les effluves 70’s qu’il exhale dans un contexte purement 2K, et se permet même quelques allusions finaudes aux RUNAWAYS, à QUATRO, sans vraiment y faire attention, et de la moue lippue d’un chanteur qui braille comme à la parade au turbo perpétuellement enclenché par une paire de guitaristes déchaînés, l’affaire brille de tous ses chromes, et bouffe de l’asphalte sans chercher à économiser son carburant. Pas vraiment sevré au diesel d’ailleurs, Shitfaced and Outta Luck est plutôt du genre à dévorer l’autoroute pour profiter d’une bande-son qui nous transporte à l’époque bénie du Punk glammy, et laisse l’autoradio recracher des hits teenage bien secoués (« The Road », le genre de truc auquel il est impossible de résister).

Basse en bravade et beat en chamade (« When We Were Kings »), binaire d’enfer histoire de s’ouvrir une nouvelle bière (« Bad Friends »), emprunt Motorheadien pour hymne en chien (« Eat The Rich »), et roule la carcasse, histoire d’arriver à destination en plus ou moins de morceaux. Dix pour être plus précis, c’est ce qu’affiche le compteur, qui reste pile à l’heure pour ne pas que la ballade ne s’éternise. En une grosse demi-heure les allemands nous entraînent loin devant sans regarder derrière, et rockent, rollent, punkisent et s’affolent, et se posent en alternative plus que sérieuse au cas d’école des BACKYARD BABIES, qui risquent de reconnaître deux ou trois de leurs petits. Le fantôme de Johnny Thunders saura même adouber ces jeunes effrontés, qui comme lui se la jouent parfois beautiful loser en tentant le coup de la Rock ballad un peu amère, mais toujours électrique pour ne pas trop en faire (« Psycho Ward »), et comme nous finiront tous en enfer (« Burn In Hell »), autant y aller franchement, l’harmonica à la bouche et les regrets sur la touche. Back to basics ? C’est un peu le message qu’il faut capter en écoutant Shitfaced and Outta Luck, qui malgré son titre a fière allure et semble plutôt heureux au jeu, comme en amour. Celui des fans bien sûr, l’un des rares qui dure toujours. Ou presque.         

     

Titres de l'album:

                       1. Hey C’mon

                       2. The Road

                       3. When We Were Kings

                       4. Bad Friends

                       5. Eat the Rich

                       6. Dead City

                       7. Outlaws (…On the Run)

                       8. Bad Habit

                       9. Psycho Ward

                      10. Burn in Hell

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par mortne2001 le 20/06/2018 à 18:04
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