J'ai eu envie d'enregistrer un album avec des réminiscences Blues classiques, des vibrations Heavy Rock, qui m'ont influencée quand j'étais jeune dans les années 70. Des chanteurs comme Paul Rogers, ou Janis Joplin, des groupes comme LED ZEPPELIN, DEEP PURPLE ou FLEETWOOD MAC...J'adore utiliser cette facette vocale, cette patine Soul de ma voix, je prends beaucoup plus soin de mes cordes vocales que lorsque j'étais plus jeune, parce que j'ai réalisé que c'était mon instrument après tout...

C'est ainsi que la belle canadienne LEE AARON présente son nouvel album aux fans et à la presse, et après tout, il n'y a aucun mal à dévier un peu de sa trajectoire...L'idée paraît d'ailleurs aussi bonne qu'elle n'est dans l'air du temps, à comptabiliser le nombre de groupes se réfugiant dans le passé pour écrire leur présent. Et après tout, depuis que le temps que Lee traîne dans le business, elle a bien le droit de faire ce qu'elle veut. Il est évident que ses fans les plus hardcore des années 80 auront bien du mal à reconnaître leur Metal Queen préférée, mais pas plus qu'ils n'en avaient lorsque la musicienne se consacrait à des ambiances plus jazzy...Plusieurs questions se posent au prime abord lorsqu'on découvre un album comme Diamond Baby Blues, dans les termes principalement, puisqu'en connaissant bien le parcours et la discographie de la vocaliste, on cherche sans vraiment trouver les éléments qui ont pu mener à un tel virage, sans même aller jusqu'à fouiller dans son passé le plus ancien. J'en étais personnellement resté à son dernier album en date, le très plaisant et modernement sautillant Fire & Gasoline, dont j'avais dit tout le bien Pop que je pensais de son Rock dans une chronique précédente, et le single « Tomboy » m'avait même pris par surprise, se posant comme le hit que Lee n'avait jamais vraiment réussi à écrire jusqu'à lors. C'est donc encore pris à revers que j'ai entamé l'écoute de ce Diamond Baby Blues, qui n'est pourtant ni un diamant, ni un bébé à proprement parler, mais qui dégage une jolie force Blues...Et sans aller jusqu'à tenir la comparaison avec Beth HART ni même Janis JOPLIN (nous en sommes même assez loin), autant dire qu'il fait assez bien le job, proposant un joli mélange de compositions originales et d'une poignée de reprises assez bien senties. Bien senties, mais un peu légères face aux originales, et autant évacuer la problématique d'emblée.

Lee se prenant pour une soul woman ou une bluesy warrior ? Le concept peut prêter à sourire, surtout pour ceux qui ont connu ses débuts balbutiants maltraitant un Heavy Metal basique, mais dans les faits, la canadienne s'en sort avec les honneurs, et n'a pas forcément à rougir de la comparaison avec certains groupes estampillés Vintage qui pillent sans vergogne le répertoire des grands anciens. Nous retrouvons donc ici quelques classiques réarrangés à la sauce Aaron/John Webster (le tandem de production), dont une puissante relecture de l'incontournable « Mistreated » de DEEP PURPLE, qui sans égaler la version de Burn du line-up Blackmore/Coverdale/Hughes/Lord/Paice, se hisse sans gros effort au niveau des belles réussites de ce nouvel album. « I'm A Woman », de Koko TAYLOR (déviation datée de 1978 de l’imputrescible « I'm A Man » de Bo Diddley) trouve ici une jolie lumière, bien plus blanche évidemment, mais striée d'un Hard Blues que le grand WHITESNAKE n'aurait pas renié...Les musiciens entourant Lee pour cette nouvelle entrée font d'ailleurs un travail de backing-band assez remarquable, et Sean Kelly tire de sa guitare des riffs bien gras, mais aussi des soli graciles et transpirant le Blues électrique par tous les micros, ce qui permet à ces quelques réappropriations de sonner relativement authentiques, sans que la voix de Lee n'égale celle de ses modèles. Mais la vocaliste fait ce qu'elle peut, et s'en tire bien, modulant avec sensualité pour soudain rugir avec fermeté, démontrant ainsi que ses années Jazz lui ont permis de peaufiner sa technique sans rien perdre de sa force, bien au contraire (le vers revanchard « I can cut you with a pin », grogné la bouche serrée avec beaucoup de conviction, montre que les dents de la brune sont encore bien aiguisées). Dernière reprise au tableau, la plus intéressante selon moi, et qui permet au groupe de se frotter à un domaine beaucoup moins familier...En délivrant une traduction très Stonienne du tube de Janet Jackson « Black Cat », Lee se permet une incursion très Rock dans le domaine de la Pop synthétique des années 80, et montre un visage très séduisant, retrouvant les impulsions modérées d'un timbre qui semble décidément plus à l'aise dans les médiums d'un Rock mainstream que dans l’âpreté d'un Blues Rock un peu trop rocailleux parfois pour ses propres possibilités. On retrouve d'ailleurs en cette occasion la facette plus crossover que la belle nous avait offerte sur Fire & Gasoline, ce qui permet d'assurer une transition toute en douceur.

Le reste de l'album ? A l'image, ou presque de ces covers qui n'apportent pas forcément de plus-value à un répertoire qui tient debout tout seul, et qui voit AARON, à l'aise dans ses baskets mélanger le Rock classique au Hard Rock moderne, sans trahir l'un des deux camps. « Diamond Baby Blues » accouche en entame d'un bébé plus chaloupé que bluesy, mais nous entraîne dans l'aventure sans avoir à trop tirer sur la couverture. On pense à un Hard-Rock californien de la fin des années 80, lorsque l'époque voulait qu'on troque son make-up pour un harmonica, et « American High » confirme cette tendance, en appuyant encore plus sur la Pop qui panse, pour un déhanché Modern Rock au refrain taillé pour des charts qui se feront bien sur un plaisir d'ignorer cet album. Singeant parfois les prétentions Hip-Hop d'AEROSMITH pour mieux les intégrer à un Hard Funky typique d'EXTREME (« Miss Mercy », à l'intro vraiment calée sur le party beat de « Walk This Way »), la canadienne, revigorée par cette orientation bichonnée n'en a pas pour autant oublié l'émotion sur un quai, et nous sert sur un plateau de larmes le plutôt beau « The Best Thing », qui joue la corde sensible sans exagérer le pathos. Et c'est vraiment dans ces instants que le chant prend toute son ampleur, révélant des nuances assez caressantes, et qui témoignent que les cordes de la belle sont plus adaptées aujourd'hui à la modération qu'à la puissante passion. Le tout se déguste donc avec un plaisir non feint et même pas coupable, puisque les standards de qualité, sans être trop élevés restent formellement respectables, suffisamment pour tenter le coup d'une inspiration Young sur le light mais sautillant « Hard Road ». La fin de l'album, loin de marquer un fléchissement joue la variété, et nous offre un mélange de Cabaret, de Jazz discret, de Rock endiablé, et du Classic Rock de « In The Bedroom », efficace mais peu loquace, jusqu'au mutin « My Babe » et son lick de basse félin, le temps passe très vite, à tel point qu'on est fortement tenté de remettre l’œuvre au début pour en être repu. Ce qui est toujours bon signe...

Lee AARON, sans signer le classique dont je ne la crois pas vraiment capable entérine son retour aux affaires Rock sans enterrer la concurrence, mais en se taillant une bonne place entre ses défenses. Si le virage Blues-Rock n'est pas entièrement assumé, il n'en apporte pas pour autant une caution crédibilité dont la canadienne n'a pas forcément besoin, puisque son propre répertoire est selon moi beaucoup plus malin. Une jolie pierre de plus s'ajoute donc à l'édifice de sa discographie, mais il va sans dire que la Lee 2018 est beaucoup plus attachante que celle des années 80, qui confondait alors Metal pour marins en peau de bête et Rock intelligent pour fortes têtes.


Titres de l'album:

  1. Diamond Baby Blues
  2. Mistreated
  3. American High
  4. I'm A Woman
  5. Miss Mercy
  6. The Best Thing
  7. Black Cat
  8. Hard Road
  9. In The Bedroom
  10. Cut Way Back
  11. You're No Good
  12. My Babe

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par mortne2001 le 11/05/2018 à 14:07
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Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

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