Si je vous dis que cet album est né d’une rencontre entre un CEO italien et un musicien anglais, alors que le second manifestait au premier son désir de jouer avec de jeunes musiciens européens issus de la scène mélodique ? Immédiatement, un nom vous viendra à l’esprit, celui de Serafino Perugino, et vous aurez parfaitement raison. Le second sera certainement plus dur à identifier, connaissant les relations du premier, mais en vous aiguillant sur la piste d’un Hard anglais subtil et délicieusement radiophonique, et en précisant que ce dit musicien officie au micro pour un groupe aux deux lettres symbolisant une fréquence radio, la réponse devrait sembler plus évidente. Si dans votre tête les initiales FM commencent à faire leur chemin, alors laissez-les faire, puisqu’elles sont au bon endroit, car c’est bien du mythique Steve Overland dont il s’agit, qui a donc fait part de ses envies au boss du célèbre label italien, trop heureux de jouer son obligé…D’ailleurs, une fois cette requête formulée, l’association pris une tournure assez fascinante, une fois l’identité de Robert Sall (WORK OF ART, W.E.T) plaquée sur le rôle de guitariste et compositeur. Emballer le tout sous une production signée par le petit génie du son Alessandro Del Vecchio semblait couler de source, et le concept devint projet qui devint lui-même réalité, sous la forme de l’association GROUNDBREAKER, qui sans défricher de nouveaux territoires, en arpente d’anciens avec une classe et une aisance folle. Une fois encore, on met en relation chez Frontiers, et une fois encore, le bidouillage maison à la AB productions fonctionne à plein régime, puisque le premier album de cette nouvelle entité est une franche réussite de Hard mélodique tirant sur l’AOR, spécialité maison que nous adorons.

Overland, Sall, Del Vecchio, trio de tête aux commandes de ce premier album qui va en faire tourner plus d’une, mais noyau qu’il a fallu compléter de quelques atomes gravitant autour. Outre les deux leaders, on retrouve donc à la basse Nalley Pahlsson, Herman Furin à la batterie, avec un Alessandro inévitablement occupé derrière ses claviers, ce qui permet au line-up de se solidifier tout en gardant une certaine fraîcheur. Fraîcheur qui dynamise ce premier jet malgré le background chargé des musiciens impliqués, qui ne font ici que reproduire ce qu’ils ont déjà (très bien) fait ailleurs, avec même ce petit surplus d’énergie qui permet à Groundbreaker de tâter du haut du panier dans son style. La voix de Steve faisant toujours merveille, le boulot de compositeur de Robert n’avait plus qu’à se concentrer sur le grain de son vocaliste pour ciseler des morceaux polis aux entournures, même si le chanteur lui-même en compagnie de Del Vecchio ne se sont pas gênés pour mettre la main à la pâte. En résulte donc un disque fort bien équilibré entre les talents individuels et la cohésion collective, et pas forcément étonnant de constater que musicalement, on se retrouve en terre neutre entre la flamboyance anglaise et la rigueur scandinave. Si le raccourci FM+WORK OF ART égal GROUNDBREAKER semble un peu trop facile pour résumer l’opération, nous n’en sommes quand même pas loin, puisque la combinaison de la voix de Steve et de la guitare de Robert tire en effet vers une osmose de leurs deux groupes respectifs, sans tomber dans l’autocitation pénible. Des ego certes, mais une joie de jouer d’abord, qui rappellera aux fans les grandes heures de W.E.T, de FM bien sûr, mais aussi de JOURNEY, REO SPEEDWAGON et quelques autres chantres d’un mélodisme académique poussé.

Rien de vraiment nouveau à se mettre sous la dent, si ce ne sont onze nouveaux classiques instantanés du style, qui piochent allègrement dans le répertoire historique, en tentant d’y insuffler leur personnalité. Un peu de FOREIGNER, pas mal de douceur typiquement anglaise à la SHY/FM, pour un déroulé qui fait du bien aux oreilles, et qui est parvenu à trouver le juste milieu entre puissance et romance, comme en témoigne le monstrueux « Over My Shoulder » d’ouverture, qui place la barre très haute. Production d’Alessandro évidemment impeccable, interprétation hors pair, et harmonies qui s’incrustent dans la tête. La collaboration entre les cordes de guitare et les cordes vocales de Steve et Robert tourne à plein régime, ce dernier se permettant des soli homériques pour contrebalancer une atmosphère globale assez soft. Soft, mais pas geignarde pour autant, puisque la férocité n’a pas été laissée au placard…Parlons plutôt d’un élan de tendresse qui de temps à autres se permet quelques piques bien placées, sous la forme de riffs un peu plus amples et d’une distorsion plus présente, symptomatique de l’approche européenne du genre (« Will It Make You Love Me », sorte d’hymne made in Frontiers qui résume toute la politique artistique du label). Pas de mièvrerie pour tenter de séduire des masses déjà habituées aux astuces bon marché de dragueur fatigué, mais du métier, des up tempi bien galbés et des rythmiques appuyées, pour un lifting anglo-scandinave de toute beauté, produisant des succès à la chaîne pour ne pas ordre le fil (« Eighteen ‘Til I Die », le genre de truc qui en effet, vous fait vous sentir jeune pour l’éternité). Une belle cohésion générale, avec des claviers en contrepoint qui n’empiètent pas sur le terrain privé de la sacro-sainte reine guitare, et beaucoup d’énergie pour un disque qui donne envie de prendre sa bagnole direction l’avenir et l’oubli (« Only Time Will Tell », et le temps a déjà rendu son jugement, ça fonctionne à plein rendement JOURNEY).

Vous l’aurez compris, GROUNDBREAKER signe avec son premier éponyme un LP difficile à coucher sur papier, mais terriblement agréable à écouter. Une musique simple, qui ne peut être balisée par des mots qui ne voudront rien dire…Une musique travaillée mais spontanée, qui découle d’une passion indéfectible pour un Hard/AOR hautement mélodique, mais diabolique dans sa perfection. Et entre deux roucoulades pour radios en mal de bande-son nocturne (« Tonight », les 80’s ne sont jamais loin, Mick Jones et Lou Gramm non plus), des lyrics qui en rajoutent des tonnes dans le registre love-fantasy, et des arrangements mesurés au millimètre (« Standing Up For Love »), et des accès de tendresse virile qui épousent les contours d’un visage posé sur une épaule de male (« The Sound Of A Broken Heart »), le tableau est complet, et on se croirait même perdu dans un film rétro, blockbuster anonyme tourné il y a trente ans, mais dont le montage aurait patienté dans les tiroirs avant de voir le jour sur grand écran. Hollywoodien d’Europe, ce premier LP est d’une maitrise incontestable et incontestée, mais démontre que les vieux briscards en ont sous le coude, et peuvent en démontrer à bien des formations plus jeunes. On aurait bien sûr apprécié que le noyau central s’écarte un peu des sentiers battus, au regard du chemin parcouru, mais à défaut d’innovation, on appréciera la performance, qui nous offre en ce mois de septembre un petit surplus d’été toujours agréable à apprécier. Groundbreaker ne fera pas tomber les barrières, mais élargira votre quotidien de quelques minutes de liberté supplémentaires…

       

Titres de l'album :

                            1.Over My Shoulder

                            2.Will It Make You Love Me

                            3.Eighteen ‘Til I Die

                            4.Only Time Will Tell

                            5.Tonight

                            6.Standing Up For Love

                            7.Something Worth Fighting For

                            8.The Sound Of A Broken Heart

                            9.The First Time

                           10.  The Days Of Our Life

                           11.  The Way It Goes

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par mortne2001 le 30/09/2018 à 14:20
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Même chose d'ailleurs pour tout ce qu'à pu faire le père Cavalera ensuite.
Vieux con speaking... ... ...


Merde, si j'avais connu ça en 1994 j'aurais adoré....c'est excellent.


Pas convaincu... entre cette intro "sur-blastée" qui sonne totalement forcée et ce chant mielleux ridicule, j'ai de sérieux doutes sur les ambitions (capacités ?) du groupe depuis le départ de Wichers...


En effet la production est juste énorme ! Ce son de gratte bordel...


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vivement le 26


On se croirait revenus 25 ans en arrière quand on découvrait Stratovarius ... pas désagréable, mais quel est l'intérêt de produire ce genre de musique de nos jours ...


Quelle excellente chronique! Merci


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