Il est toujours difficile de parler d’un album qui aurait dû voir le jour il y a vingt ans, lorsque le destin en a décidé autrement. Comment faire dès lors…Le traiter comme la nouveauté qu’il est quelque part, ou comme un écho du passé que le temps ne nous renvoie que maintenant ? En admettant qu’il n’apparaît qu’en 2016 sous sa forme aboutie, il convient de faire comme si, même si la musique a été composée il y a de ça des années, et que le groupe en lui-même ne fait plus partie de la scène Metal…

Ce qui est le cas des français d’IN ARTICULO MORTIS, qui durant leur période d’activité, n’ont eu l’occasion de sortir que deux démos, une Promo Tape en 1994 et Sombre Mélancolie en 1995, avant de disparaître corps et âme à la fin des années 90. Ainsi, et alors que tout semblait prêt pour que le monde découvre leur BM hautement mélodique sous la forme d’un premier LP intitulé Anthems Of The Sons Of Dusk (dont le titre doit certainement vous rappeler quelque chose d’impérial…), leur carrière s’est malheureusement stoppée net, et il nous aura donc fallu attendre deux décennies supplémentaires pour enfin poser nos oreilles dessus.

Merci donc à Solstice Promotions qui a une fois de plus accompli un travail d’exhumation formidable, en compagnie du label de morts-vivants Herbert West Productions. Nous pouvons donc aujourd’hui découvrir ce qui aurait dû constituer la première étape d’un long chemin qui s’est avéré beaucoup plus court que prévu…

Anthems Of The Sons Of Dusk, avec le décalage temporel est donc devenu le Testament du groupe, qui en 2012, au moment de son enregistrement, était constitué de J. (batterie), C. & M. (Guitares et basse), et S. (chant). Ces musiciens se sont donc réunis pour clore un chapitre essentiel de leur histoire, qui aurait pu se conclure par ces deux séminales démos jamais sanctionnées par un tome supplémentaire. Injustice réparée ? D’une certaine manière oui, puisqu’un longue-durée est toujours une étape cruciale dans le parcours d’un groupe, encore faut-il que la musique qu’il propose entérine sa validité, même vingt ans après. Est-il pertinent de revenir vers l’âge d’or des 90’s, ce même âge qui aura vu éclore bon nombre de valeurs sûres de notre scène, mais qui depuis, reste une marque de nostalgie incrustée dans l’âme des fans de BM qui n’ont rien oublié de ce temps-là ? En écoutant les huit pistes de Testament, je pense pouvoir affirmer que la réponse est largement positive, puisque hors de sa valeur de témoignage post-mortem, ce premier/dernier album est d’une grande valeur artistique. On y trouve d’ailleurs trois morceaux qui figuraient déjà sur la démo Sombre Mélancolie de 1995 ("La Rose et les Marbre", "Succubus" et "My Underwater Queen", ainsi que le premier titre composé par IN ARTICULO MORTIS, "Diaboli In Amorem", plus une grosse poignée d’inédits qui valent vraiment le détour.

Loin du radicalisme en vogue à l’époque, il est tout à fait possible de voir en Testament un croisement entre la théâtralité d’un MISANTHROPE et la magnificence d’un EMPEROR, toutes proportions gardées. Car si les originaires du PACA avaient indéniablement des aspirations de grandeur, leurs arrangements avaient su rester sobres, et leur violence, loin de céder le pas à la mélodie, avait plutôt tendance à l’utiliser comme arme de séduction, pour ne pas tomber dans le piège du nihilisme bruitiste, qui commençait à sévir à cette époque-là. Et même les inédits ne jouent pas le jeu contemporain du bouclage actuel, puisqu’ils ont aussi été extraits de leur époque, ce qui garantit à cet album une belle homogénéité, même si quelques années séparent les morceaux proposés.

Ces mêmes morceaux ont bénéficié d’une production assez bonne, voir excellente, qui leur apporte un éclairage neuf sans dénaturer leur approche d’origine. Le son a été travaillé pour ne pas trop jouer la carte de la nostalgie, et met en avant une puissance indispensable pour les propulser dans un nouveau siècle qui s’accommode fort mal d’une quelconque faiblesse de brutalité (« La Rose et le Marbre »).

Deux d’entre eux jouent la carte de la longueur et de la progression, dont le vénéneux et séduisant « Lunar State », à la base omniprésente et aux nappes de clavier envoutantes. On se retrouve à son écoute plongé des années en arrière eut égard au style pratiqué, mais ce décalage, loin de handicaper le projet, lui confère une aura particulière, un peu comme une séance de spiritisme permettant de communiquer avec des musiciens défunts depuis longtemps, mais qui n’avaient pas pu dire ce qu’ils avaient à dire avant de nous quitter.

Et il est certain que leur discours, aussi anecdotique sera-t-il pour certains, restera essentiel pour tous les autres, fans de Black mélodique et plutôt lent dans l’optique. Inutile ici de chercher la moindre trace de virulence rythmique, le tempo étant plutôt lent et l’ambiance à la lisière du gothique, sans pour autant flirter avec l’indécence commerciale d’un CRADLE OF FILTH, dont les IN ARTICULO MORTIS sont heureusement très éloignés.

Il arrive même que la paternité d’un PARADISE LOST s’impose, ou plutôt celle conjointe d’un OPETH et d’EMPEROR, avec toutefois un côté plus artisanal chez les français qui ont su garder une thématique Heavy qu’ils maltraitaient d’assombrissements Black très prononcés.

Pourtant, la violence est parfois palpable sous le tapis de roses mortes, comme le démontre le très bousculé « Embrace The Reaper’s Wrath », qui ose quelques harmonies de guitare en arrière-plan d’un riff étonnamment catchy.  

Le mélange de chant clair et lyrique et de raclage strident est efficace, et permet à des compositions épiques comme « Succubus » de bien matérialiser musicalement la créature à laquelle il fait allusion, comme un baiser létal de ténèbres qui nous emporte dans les arcanes capricieuses du temps.

Le Testament termine sur la dernière clause « Diaboli In Amorem », qui après une intro pluvieuse et venteuse, impose un énième mid tempo faisant la part belle aux dissonances et aux changements de rythmes. Privilégiant une approche presque Punk, et évoquant une forme très aboutie de CARCASS traité au prisme BM, ce morceau est une bonne surprise finale qui termine les retrouvailles sur une note plutôt inattendue. On sent que le potentiel du groupe n’avait pas encore été totalement exploité, et on regrette alors que l’aventure n’ait pas pu se poursuivre un peu plus longtemps, tant on sent que le quatuor avait encore beaucoup de choses à dire.

Mais en tant que témoignage d’un passé presque révolu, ce premier et sans doute unique album posthume des IN ARTICULO MORTIS méritait largement d’être publié, et surtout écouté. Ne serait-ce que pour compléter la vision qu’il offre d’une scène extrême française de la fin des 90’s, qui annonçait les prémices de la conquête à venir.

Dont ces musiciens du sud aurait largement pu faire partie…


Titres de l'album:

  1. In Articulo Mortis
  2. Le Don Obscur
  3. Succubus
  4. La Rose et le Marbre
  5. My Under Water Queen
  6. Embrace The Reaper's Wrath
  7. Lunar State
  8. Diaboli in Amorem

Bandcamp officiel



par mortne2001 le 14/08/2017 à 14:32
74 %    320

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Merde, si j'avais connu ça en 1994 j'aurais adoré....c'est excellent.


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