Je commence à écouter « Fruitloopville », et je me dis que le Sergent Baker a dû rencontrer un pêcheur racontant ses chroniques, ou bien une bande de bâtards. Non mais sérieux, cette basse qui avance pataude avec une distorsion goguenarde, ce beat plombé, et ce chant en arrière-plan, geignard, un peu southern et surtout, décomplexé avec sa chique qu’il s’apprête à nous faire rendre…PRIMUS !!! Mais non, du tout, mais alors pas du tout, quoique ce n’est pas la première, ni la dernière fois que je compare les GRIZZLOR à Les Claypool et sa bande de maboules. Il y a presque pile deux ans, j’avais déjà dressé des parallèles entre les deux crew, et finalement, le temps passant, mon jugement ne s’altère pas. Mais les GRIZZLOR ne font rien comme tout le monde. Alors qu’on les assimile à une bande Sludge revendiquée, ils arpentent des terrains Core qu’ils souillent encore plus de leur bruit énorme, sorte de déflagration peinarde qu’on capte de loin, de terrain de camping-cars usés en zones décivilisées.

Car les mecs paraissent cheap, et sont pourtant riches d’une liberté de ton que beaucoup pourraient leur envier. Vous connaissez le refrain, « si tu n’as rien, mais des envies, tu es plus libre que n’importe quel abruti ». La seule envie que ces trois-là manifestent est celle de faire du bruit fuzzy, mais pas vraiment vintage. Victor (guitare/chant), Jon (basse) et John (batterie) continuent sur la même marge de manœuvre que je les avais quittés avec Cycloptic, ont quelque peu rallongé leurs délires, mais restent quand même sacrement en deçà des normes standards, qui poussent les groupes toujours plus Heavy à titiller les tétons des dix minutes pour les faire gicler.

Ici, deux, trois minutes, c’est largement assez. D’autant plus que le trio iconoclaste arrive toujours à dire plus de choses dans un temps relativement court…

Destructoid ne change donc pas son fusil laser d’épaule, et vise toujours l’outer-space, en attendant que de petits hommes verts se manifestent. Ce qui ne les empêche nullement d’assister au triste spectacle d’une humanité grouillante, dont ils font toujours aussi peu partie prenante. Il est vrai qu’il faut avoir été salement déçu par ses congénères pour les décrire de façon aussi dédaigneuse, qui pourtant sait aussi se montrer généreuse. Mais pour être honnête, il m’est toujours aussi difficile de rattacher ces trois-là à la vague Sludge, tant leur musique semble plus riche qu’une accumulation de tempi lourds et éprouvants. Certes, la cadence ne galope pas vraiment, mais le beat, la basse, et surtout, la guitare et le chant de Victor nous font balancer, gigoter, taper du pied, et nous dire que finalement, le Rock un peu crade et bruitiste a encore de sacrés belles nuits de cauchemar devant lui. J’avais à l’occasion cité les MELVINS, FLIPPER, CLUTCH, et quelques autres références, dont les PRIMUS déjà nommés, et je ne change pas mon bréviaire, même si cette réalisation justement est beaucoup moins…brève. Terminé les sept ou huit titres torchés en dix minutes, et bonjour la longue durée, pour un effort temporel qui mérite d’être souligné. Parce que même en version étendue, les GRIZZLOR griffent toujours aussi velu et tendu. Leur imagination tordue ne s’est pas perdue en route, bien au contraire, et semble même avoir connu un surplus de vécu. Les dissonances et le feedback ont toujours autant les faveurs d’un groupe qui n’a pas renoncé à jouer gras du bide, sauf que la barbaque qu’ils proposent est vraiment tendre, et un goût un peu rance sur les bords. Alors, on s’amuse. Beaucoup. Parce que les riffs proposés par Victor n’en sont pas, et préfèrent doubler la basse ou alors l’éviter de petits motifs tournoyants. Parce que cette putain de basse est toujours aussi énorme, et dame les pions d’un Lemmy ou d’un Les à force de laisser ses cordes se faire maltraiter par un sagouin qui aime les torturer. Parce que la batterie est chopée telle quelle, avec un écho fabuleux, qui nous renvoie dans les cordes d’un JESUS LIZARD rempli de morgue (« Wade’s Notes »). Et puis…parce que, et c’est tout. Parce que c’est massif comme du Sludge épiphanique, sans en être.

Parce que c’est malin, et juste assez mélodique pour qu’on ne laisse pas bébé dans un coin (« House In The Woods », futé comme un lick dans le bain prêt à déborder). Parce que ça fait mal aux dents lorsque les BPM sont à l’avenant (« Tooth Pain », toujours ces accélérations incongrues que personne ne voit venir, ni repartir, pour un Space-Speed rappelant une version sous acide des EYEHATEGOD en moins propre). Parce qu’on est tous des trous du cul attendant un lavement (« Miserable Jerk », j’imagine bien les PRIMUS sous un porche attendant leurs allocs avec un haut-parleur pour faire chier la voisine). Parce que c’est crétin, mais assurément chafouin (« Stupid Shit », genre de HAWKWIND encore plus défoncé, et qui part en vrille le long du manche sans vraiment contrôler). Parce qu’il y a trop de monde sur cette terre qui ne sert à rien, et que ça sert à quelque chose de le souligner (« Too Many People », Southern Sludge pour âmes même pas en peine de compter les corps tombés). Parce que ces enfoirés d’aliens attendent la moindre occasion pour venir nous coloniser (« Fighting Aliens With No Gravity », Nothingcore hyper bruyant et dissonant qui va les dissuader à jamais de venir nous emmerder.)

Parce que décidément, on est vraiment dans la merde (« Feeling Like Shit », pas vraiment rigolo, mais vertement costaud, avec encore cette union entre trois instrumentistes collés comme des tiques), et puis peut-être aussi parce que tout ça est simulé, mais ça m’étonnerait (« Simulation », premier mid tempo vraiment frappé, et qui justifie tout l’enthousiasme qu’on peut leur porter).

Et parce qu’à un moment donné, il faut bien lâcher l’affaire et crever (« Quit and Die », résignation, rythme décalé fripon, et gigantesque riff en béton). Mais avant de rendre l’arme à qui est opportun, écouter Destructoid de GRIZZLOR fait quand même vachement de bien. Ils ont beau être malpolis, se juger « sans intérêt », ne jamais se raser et ne jamais nous raser, on les aime vachement bien. Et leur Sludge est quand même vachement autre chose que du Sludge, sinon, je ne serais pas encore là à en parler, après avoir déjà abordé le sujet. On dirait presque qu’ils s’ennuient dans leur New Haven du Connecticut, mais je les soupçonne d’avoir toujours un truc à faire pour meubler leur temps libre. Faire chier les gosses, répéter pour déranger les autres, pousser la disto à fond et le fuzz’ au fond, et changer les meubles de place…Enfin, des trucs de gamins quoi, pour une musique qui ne l’est pas moins.

En version courte ou longue, ils restent des branleurs plus imaginatifs que bien des adultes de leurs collègues. Et plus forts aussi. Plus originaux.

Plus GRIZZLOR quoi.


Titres de l'album:

  1. Fruitloopville
  2. House In the Woods
  3. Tooth Pain
  4. Miserable Jerk
  5. Stupid Shit
  6. Too Many People
  7. Fighting Aliens With No Gravity
  8. Wade's Notes
  9. Feeling Like Shit
  10. Simulation
  11. Quit And Die

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 24/09/2017 à 14:36
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