De s’affilier au Death Metal, d’en revendiquer les fondements les plus absolus, mais de tenter quand même de l’adapter aux us et coutumes de sa propre époque. C’est un peu le leitmotiv des russes de NAVALM, qui depuis leur création n’ont de cesse d’aller de l’avant pour faire évoluer leur musique, et la rendre de plus en plus imperfectible. Pensez-donc, les mecs ne sont pas vraiment des feignants. Quatre albums en si peu d’années d’existence, tout en restant dans les balises de la pertinence, la prouesse est remarquable. Mais qu’est-ce qui distingue ces chevaliers de la brutalité de leurs homologues ouest européens ? Rien justement, mais on sait depuis longtemps que l’extrême de l’est a largement eu le temps de se mettre à niveau pour rattraper le retard, et même le combler, voire le dépasser dans certains cas. Et en substance, ce nouvel album à tout pour séduire les amateurs de sensations fortes bien emballées dans une production tout sauf bon marché. En parlant de pousser des boutons, Alexander Timofeev, ingé-son du combo est allé prendre quelques cours auprès de Dan Swanö himself, histoire de savoir un peu plus de quoi parler au moment de capter les nouveaux titres du combo. Les voilà donc présentés, sous la forme d’un Nothingness qui est bien plus que du rien ou du vide, et qui bouche les trous restant sur la route séparant le Death primitif et brutal, et son extension plus technique des années 2010. Et dans une discographie riche de quatre LP (outre ce petit dernier, on notera Recovery of Sync en 2013, Secrets of The Black Sea en 2015 et Tyranny en 2016), ce dernier pamphlet fait montre de bien des qualités pour unir dans un même élan tradition et percée en avant.

Les qualités intrinsèques d’un quintette (Antanas Butvila – chant, Ilya Pechenyuk – basse, Andrey Gonchar & Roman Flora – guitares, Eugene Savin – batterie) qui ne s’en laisse pas compter, de son Sébastopol d’asile ? Une rythmique analogique qui sait se rendre indispensable sans occuper tout l’espace, une paire de guitaristes complémentaires ayant bien compris les enseignements suédois d’il y a vingt-cinq ans, mais aussi les leçons anglaises des CARCASS & co, et une propension à travailler des arrangements louches et un peu mystiques sur les bords, pour se rapprocher des envoutements de NILE et tous ceux ayant un jour osé jouer le jeu du métissage dans un contexte aussi fermé. Pas non plus de révolution russe à attendre d’un combo restant dans un domaine de classicisme notable, mais une vraie recherche d’ambiances qui transforme certains titres en petits-chefs d’œuvre d’intelligence dans la cruauté, à l’image sonore de ce « Blood On The Sand », lourd comme le pas d’un psychopathe sur la plage revenu reluquer sa victime post-mortem. Grosse basse sournoise et complice, riffs qui s’entremêlent et se détachent à l’occasion d’un solo brillant sans tâche, et surtout, pression et compression en crescendo pour faire monter la tension, à mi-chemin entre un Heavy Death vraiment sale et un Death progressif qui s’installe. Belle réussite, mais pas la seule, puisque les russes ont choisi en majorité l’option de la concision, histoire de ne pas se perdre sur des chemins d’illusions. Ils sont efficaces et créatifs, et laissent voguer leur imagination vers les récifs, tout en évitant les poncifs les plus faciles à percuter. Et si « Garden of The Damned » en intro se souvient sans émotion de la vitalité sadique des ENTOMBED et DISMEMBER, c’est pour mieux appâter le chaland histoire de lui refourguer par la suite des plans moins évidents. Mais en version efficace et rapide, les NAVALM sont tout aussi convaincants, notamment lorsque le chant d’Antanas Butvila évolue de cris de porc en dépression à des couinements de belette en possession, évoquant même dans ces instants intenses des accointances avec un Grind en dépendance. Un beau melting-pot donc, pour un refus de la linéarité sans briser la belle progression musclée.

Parlons un peu des enchaînements, diaboliquement fluides, de cette tendance à loucher du côté du Crustcore de quoi écraser nos tympans tout en ménageant notre curiosité morbide (« Agony of The Dying Mind », même Lars Goran Petrov ne l’avait pas vu venir), mais aussi de cette faculté à propulser le Death en dehors de limites un peu trop contraignantes pour l’obliger à faire face à un Doom vraiment poisseux, mais néanmoins classieux (« Fog, Stones and Tears », un monument érigé à la gloire de la vilénie la plus absolue, qui torture des riffs à l’agonie pour mettre en exergue des pratiques vocales absolument immondes). En gros, une envie d’aller voir ailleurs si la mort n’est pas encore plus repoussante, et en revenir avec des sentiments ambivalents, mais toujours aussi dangereux. Certes, lorsque la machine s’emballe pour broyer les os, elle tourne à plein régime et traîne ses guêtres du côté de la Suède où elle va tomber (« Burning Souls », ou comment réconcilier UNLEASHED et CANNIBAL CORPSE autour de la dépouille d’un Death salement burné et violemment exposé), mais nous laisse les fémurs en poussière et le crane en guêpière (« Denial of Truth », les suintements du Grind qui coulent sur les tempes d’un Death matinal), tout ça pour finir par avouer une certaine envie de grandiloquence, qui s’impose par intermittence, et agrémente un instrumental intelligent d’arrangements ne l’étant pas moins (« Ruined Castle »). On pourrait, dans une crise de fainéantise dire que le propos générique est fort bien résumé par le morceau éponyme, qui en effet s’évertue à synthétiser toutes les pistes en un chemin unique, mais ce même chemin étant constellé de petits cailloux à ramasser, le raccourci serait insultant pour un disque de la trempe de Nothingness qui prend les devants, et se pose en pas de géant dans un parcours encore jeune et promis à un avenir tonitruant.

Production digne des Sunlight mais homogène et aérée dans sa compression, variété des tempi qui s’accorde très bien d’une modération de vitesse, chant qui ose, s’impose, et  transpose sa gravité dans une optique caverneuse délicieuse, et riffs qui modulent, ondulent, et frappent sans regarder la pendule, pour une variété qui fait plaisir à entendre, et qui suggère que le Death des russes va beaucoup plus loin que la moyenne. Il est certain qu’en ce moment, je fais preuve d’indulgence en m’intéressant de près à la production, mais même dans ce contexte d’affection, NAVALM propage le bon message d’une mort par pendaison ou électrocution, et nous convainc de sa facilité à assimiler des courants différents au sein d’un même chaos grouillant.


Titres de l'album:

  1. Sullen Clouds (Intro)
  2. Garden Of The Damned
  3. Nothingness
  4. Agony Of The Dying Mind
  5. Blood On The Sand
  6. Torn To Pieces
  7. Burning Souls
  8. Fog, Stones And Tears
  9. Denial Of Truth
  10. Ruined Castle

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par mortne2001 le 28/12/2017 à 14:42
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