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  • Oui, mais c’est pas grave, j’aime m’incruster. Et puis aujourd’hui, je viens de loin en plus, alors ouvre petit metalleux, où je crache le feu sur ton petit château-fort de carton !!

De loin, c’est peu dire, puisque le souffle vintage du jour provient des lointaines contrées indiennes, pas forcément les plus productives en termes de débarquement old-school, et plus volontiers portées sur les cadences infernales d’un underground extrême. Qu’à cela ne tienne, peu importe le pays pourvu qu’on ait les patches, les effluves épiques, et les souvenirs au bout des ceintures cloutées, et autant avouer que les musiciens du jour savent de quoi ils parlent en termes d’hommages appuyés rendus aux grands anciens. Provenant de Kolkata, la capitale de l’état du Bengale de l’ouest, les FALCUN nous offrent donc la primeur de leur premier album, via le label de passionnés grec Eat Metal Records. Et c’est un fait, en écoutant Kingdom Come, vous allez bouffer du Metal par la bouche, les oreilles, et tous les pores en général, puisque ce quintette indien (Abhishek Dasgupta - chant, Anirban Dasroy & Samrat Daas - guitares, Debarshi ‘Bob’ Chakraborty - batterie et Nilavro ‘Rony’ Ghosh - basse) ne s’est pas embarrassé de principes modernistes, en choisissant de se placer sous l’égide de références fameuses du passé. Si leur bio cite volontiers les sempiternelles références servant de perfusion à tous les accros de la vague old-school purement Metal (IRON MAIDEN, JUDAS PRIEST, RIOT, SAXON, RUNNING WILD, MANOWAR, MANILLA ROAD, TANK, DIO, et on s’arrêtera là avant de tomber dans le recensement de toutes les figures de proue des 80’s), leur musique n’en présente pas moins un aspect intéressant du concept d’admiration globale des racines, en osant des crossover et autres boutures histoire d’assister à une floraison un peu plus colorée que d’ordinaire.

Des botanistes musicaux les FALCUN ? Sans doute aucun, mais pas les plus téméraires non plus, puisque leurs morceaux ont tous des racines clairement identifiables, que les fans les plus acharnés de la scène Metal des années 80 sauront reconnaître sans forcer. Si l’espèce MAIDEN est sans conteste celle qui sert de base à toutes leurs expérimentations, on peut aussi déceler de solides traces de MANILLA ROAD dans leurs tentatives, qui si elles ne laissent jamais la mélodie dans le bac, préfèrent souvent se concentrer sur une pousse rapide, à la lisière d’un Power Metal à l’ancienne, celui prôné par les premiers TANK, et par le RIOT de la fin des années 80. On pense à beaucoup de choses à vrai dire en humant le délicat parfum de ces titres qui sont à peu près aussi héroïques qu’une pose de Ronnie James ou de Michael Kiske en plein concert, mais avouons-le, le plaisir est total, puisque l’entreprise repose sur une base instrumentale et technique aussi solide que le Metal. Dotés d’un bagage assez conséquent, nos amis indiens du jour ne charment pas les serpents, mais bien les maniaques de la NWOBHM et de la FWOAHM (First Wave of American Heavy Metal), avec leur savant mélange de traditionalisme typiquement Anglais et leur fougue mélodique radicalement américaine. Ils n’ont d’ailleurs pas hésité à nous exposer leurs vues sans les brider d’une quelconque manière, puisque la plupart des titres atteignent une durée plus qu’honorable, frisant même parfois les standards du Progressif de l’époque. Nous avons donc droit à une relecture des canons trentenaires, par l’entremise de chansons au Metal fier, et si certains tics et autres astuces semblent tout droit sortis d’un song-book « Le Metal d’hier pour les nuls », d’autres au contraire démontrent que le quintette se débrouille très bien tout seul pour faire avancer la machine à remonter le temps. Les musiciens se permettent même en certaines occasions de durcir le ton, pour faire des avances prononcées au Heavy Thrash bien musclé, comme le démontre sans ambages « Only Be One », assez décalé dans son désir d’unir dans une même violence la véhémence des derniers combos de Thrash ricains et la montée de testostérone des JUDAS PRIEST époque Painkiller (le morceau est d’ailleurs une reprise d’un groupe national, MILLENIUM).

Mais radicalisme et purisme ne sont pas forcément incompatibles avec une certaine ambition, et lorsque la transition grandiloquente « Hymn Of The Damned » retentit et vrombit de ses orchestrations tout en emphase, on sait qu’elle annonce un orage diluvien. Et cet orage, c’est « Eye Of The Storm », qui de sa rythmique échevelée nous ramène aux pires trombes d’eau de l’histoire du Heavy-Power allemand, celui des GRAVE DIGGER, des RUNNING WILD, mais aussi de l’HELLOWEEN première formule, le chant rauque en plus et l’apprêté des riffs en moins. Groupe multicarte FALCUN ? Pas vraiment, mais un ensemble qui se plaît à explorer toutes les facettes d’un Hard-Rock d’hier pour en offrir un joli catalogue assez précis, sans jamais tomber dans la sotte paraphrase ou la mièvrerie admirative. Le quintette n’a retenu que les aspects les plus durs et braves de sa musique de prédilection, et s’amuse beaucoup à jouer avec les codes, sans être dupe. Et comme en sus, ils sont tous musicalement très affûtés, le tout s’écoute avec grand plaisir, spécialement lorsque la délicatesse s’invite aux agapes de la puissance. Ainsi, « Martyr » pourrait figurer dans une anthologie du MAIDEN de la fin des eighties, en tant qu’inédit, sans que les fans de Steve Harris n’y trouvent rien à redire. Power ballad progressive unissant dans une même passion les techniques seventies et la rage d’années 80 en nage, ce morceau est sans conteste le point d’orgue d’un album aux grandes qualités, qui prouve que l’Inde vient de se trouver un nouveau prétendant au trône de fer. Production soignée, suffisamment crédible pour qu’on se prenne au jeu, mais assez pointue pour un confort de rendu, interprétation fougueuse, clichés certes présents mais assumés, soli bien chauffés, le bilan est donc largement positif pour ce Kingdom Come qui annonce une carrière qu’on pressent suffisamment solide pour permettre aux FALCUN de tailler leur route sur celles d’Europe, et du monde entier.

Alors ne soyons pas bégueule, et laissons la nostalgie entrer. De toute façon, si on lui laisse la porte fermée, elle passera par la fenêtre.           

  

Titres de l'album:

                          1.A Bard's Tale

                          2.Vixen

                          3.Brotherhood Of Steel

                          4.Only Be One

                          5.Hymn Of The Damned

                          6.Eye Of The Storm

                          7.Child Of Prophecy

                          8.Martyr

                          9.Knightfall

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par mortne2001 le 22/06/2018 à 18:04
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