Etrange cas de figure que celui de ce duo italien qui fêtera bientôt ses vingt années d’existence, et qui a pourtant attendu 2009 pour enfin oser exprimer ses vues en longue durée. Et après un rapide coup d’œil à leur bio, il semblerait que ces deux musiciens ne soient pas vraiment du genre prolifique ou boulimique, puisqu’en dix ans de production, seuls trois albums ont enrichi leur discographie. Fondé en 2001 du côté de Modène, cette association de créatifs (N – basse/guitare, S – chant/guitare/basse/claviers/programmation) peut donc s’enorgueillir d’une singularité propre, puisque leur carrière est émaillée d’œuvres particulièrement étranges, et surtout, répondant à un désir de progression erratique, mais logique dans les faits. Après s’être fait les dents en format tape (deux démos initiales, Blood on Humanity en 2003 et A Slow Apocalypse en 2004), puis d’avoir tenté le coup du EP plus professionnel (Lacra Ebenei: 13-17 en 2005), LAETITIA IN HOLOCAUST s’est ensuite tu pendant quatre ans, avant de lâcher son premier LP, The Tortoise Boat en 2009. Assez difficile d’approche et retors dans les faits, ce premier jet encore empreint d’amateurisme et de manque de cohésion a divisé l’underground au point de créer un schisme chez les journalistes ayant abordé son cas, certains n’y voyant qu’un bruit de fond incohérent, et les autres une certaine ambition se concrétisant dans l’avant-garde, mais promettant des lendemains plus que ténébreux. Et il est évident qu’en choisissant ce patronyme étrange et ce look connoté, plus volontiers symptomatiques des groupes gothiques de l’écurie Cleopatra, le duo italien a souhaité brouiller les pistes, mais aussi donner des indices sur le sens de leur approche artistique, faite de douleur et de chaos, mais aussi de mélancolie et d’une forme de beauté très sombre. Laetitia, la joie, Holocaust, le massacre de masse, tout ceci nous rappelle évidemment les allusions morbides de JOY DIVISION et ses divisions de la joie des camps, mais loin de se vautrer dans la fange noire du Metal gothique bon marché, les deux italiens lui préfèrent le marigot inextricable du Black Metal, qu’ils agrémentent d’une touche d’originalité.

Après enquête, et écoute partielle de leurs antécédents, il semblerait que Fauci Tra Fauci marque une rupture avec la direction artistique des italiens. Moins fouillis est compact que ses deux aînés, ce nouvel album propose donc une multitude de pistes, que les deux concepteurs ont voulu plus ordonnées. S’éloignant donc des obsessions avant-gardistes, mais toujours aussi guidé par un désir d’originalité, ce troisième LP (après Rotten Light en 2011) a donc bénéficié d’un soin particulier, et de huit ans de réflexion pour proposer autre chose qu’une litanie confuse et expérimentale. Si la tonalité majeure reste la violence d’un BM classique, les arrangements, le son, les compositions osent enfin intégrer et amalgamer les différents éléments pour développer des constructions évolutives, mixant la puissance et la mélodie pour les traiter avec le même soin. On sent toujours cette allégeance aux première et seconde vague de BM nordique, à cause de ce chant écorché et de ces riffs aiguisés, mais loin de se satisfaire d’une norme qu’ils souhaitent transcender, N et S imposent des choix appréciables, passant allègrement d’un climat oppressant à un déroulé épique digne des meilleurs efforts du cru. Une véritable ambition se dégage donc de ces sept longues pistes, qui après une entame classique prennent la tangente, pour finalement offrir aux auditeurs un peu plus qu’un simple disque brutal de plus. Et après avoir lâché en éclaireur « Diva Fortuna » sur divers sites référentiels, LAETITIA IN HOLOCAUST récolte les fruits de son travail, et bénéficie d’un effet de surprise non négligeable, entraînant les fans dans un voyage unique. Ce premier morceau, malgré une intro mélodique et déviante se rapproche très rapidement d’un genre de Folk BM aux harmonies prononcées, mais à la rythmique prononcée. On marche en terrain connu, mais personnel, un peu comme si le DISSECTION le plus ambitieux partageait ses vues avec un ISENGARD moins bucolique que d’ordinaire, le tout sous la supervision d’un BURZUM posé, mais toujours haineux.

Dès le départ, on comprend que le travail rythmique a été l’un des points de focalisation du duo, la batterie se permettant à peu près toutes les acrobaties, sans empiéter sur le travail de la guitare qui elle aussi n’a pas raclé les fonds de tiroir. « Through The Eyes Of Argo », au tempo presque Crust multiplie les breaks, les fills, les figures de style, et prend des airs de tempête musicale accentuée par le souffle d’une basse claquante et terriblement présente. Le lien entre le BM historique et son pendant contemporain moins figé crève les yeux, comme si le groupe souhaitait officier en trait d’union, sans trahir ses velléités progressives. Progressives, mais concrètes. Le sens de l’expérimentation un peu hasardeux a fait place à une belle autorité musicale, et les nouveaux morceaux ne se perdent pas sur le chemin ardu de l’avant-garde sans avoir recours à un guide déguisé en fil rouge. Appuyant toujours sur cette dualité entre lumière et ténèbres, le duo confronte en permanence la délicatesse d’harmonies subtiles et le chaos de pulsions sombres, pour parfois oser la dérive vers un Metal extrême plus générique, mais toujours aussi poisseux (« In Cruelty And Joy »). Il faut donc attendre la cassure de « Exile » et son piano crépusculaire pour retrouver les anciens instincts, et loin d’être un simple intermède pour gagner du temps, ces quatre minutes sont d’importance, et offrent une brisure en miroir qui scinde l’album en deux parties. La suite ? Toujours aussi viable, violente et agencée, avec l’apparition de dissonances, de climats plus posés et peaufinés, sur un mid tempo martelé et lignes de chant toujours aussi exhortées. Les plans s’enchainant à bonne vitesse, sans chambouler l’ordre établi, instaurent une ambiance non avant-gardiste, mais plus Ambient, sans tomber dans le piège de la facilité instrumentale chaotique.

Les riffs, parfois disharmonieux, souvent pertinents et aiguisés sont brillamment mis en avant, et « The Foot That Submits » de se rapprocher discrètement des vices de VED BUENS ENDE, de VIRUS, avec ce tapis de mélodies aux mailles serrées, ces changements de cap, et cette envie de pervertir des mélodies pour les rendre plus fielleuses. On se rend compte alors que Fauci Tra Fauci s’apparente plus à une introspection, à un voyage aux confins d’une psyché torturée que d’un simple album, ce qui nous prépare avec beaucoup d’intelligence à affronter le final dantesque de « Gods In The Swarm ». Près de dix minutes de synthèse de tout ce qui a précédé, avec des allusions Blackened Thrash, Crust, pour une orgie de sons tournoyants, de rythmiques complexes, de blasts impitoyables, et d’harmonies typiques des mid-nineties. Sans dévier d’une thématique de départ précise, le duo module, habille, déguise, et nous amène finalement vers une conclusion logique, en décrescendo, ramenant à la surface ces dissonances, cette basse en coup de fouet, privilégiant l’instrumental pour bétonner encore plus son atmosphère déliquescente. Bel équilibre et moyenne trouvés entre le culot et le talent pour les deux italiens, qui avec ce troisième album un peu tardif parviennent enfin à affirmer leur identité.     

               

Titres de l'album :

                            1.Diva Fortuna

                            2.Through The Eyes Of Argo

                            3.In Cruelty And Joy

                            4.Exile

                            5.The Elders Know

                            6.The Foot That Submits

                            7.Gods In The Swarm


par mortne2001 le 13/10/2019 à 18:04
80 %    158

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Elfika

Secretum Secretorum

Cult Of Erinyes

Æstivation

Gregg Rolie

Sonic Ranch

Haunt

Mind Freeze

Hellish Grave

Hell No Longer Waits

Hunting Horror

Cult[ist]

Slashers

Slashers

Leopardeath

Setsugetsufuuka

Denman

Raw Deal

Witch Vomit

Buried Deep in a Bottomless Grave

Artillery

In The Trash

Ac/dc

Back In Black

Ark Ascent

Downfall

Endseeker

The Harvest

Lapsus Dei, Officium Triste

Broken Memories

Toxic Holocaust

Primal Future : 2019

Oxx

The Skeleton Is Just a Coat Hanger; These Are the Black Strings That Make You Dance

Rãgarãja

Egosphere

Godspeed You ! Black Emperor

RBD / 25/11/2019
Drone

BEHIND THE DEVIL #12 Interview avec David de SHARE YOUR PAIN RECORDS

L'Apache / 20/11/2019
Depressive Black Metal

Birds in Row

RBD / 13/11/2019
Emocore

Concerts à 7 jours

+ Dimmu Borgir + Wolves In The Throne Room

23/01 : Le Bataclan, Paris (75)

Photo Stream

Derniers coms

Propret.


Cet album me procure beaucoup de plaisir, j'aime retrouver le son de Venom .


Pas mal du tout, avec un petit côté Katatonian des brave pas dégueu. Surtout la pochette qui m'a fait écouter. Encore SOM qui n'en finit pas on dirait !


@kerry king : Oui, d'accord avec toi. Globalement, je trouve que les talents vocaux de Floor sont sous-utilisés depuis son intégration dans le groupe. Mais il est certain qu'en live elle apporte un charisme indéniable. Le format double album me fait un peu peur aussi... Bref, à voir ce que ça v(...)


enorme c grace a cette ep que jai ecouter morbide angel ta tout dun grand c sur


J'attend beaucoup de cet album, j'aimerais que Floor y mette vraiment sa patte, pour connaitre les premier After Forever, sur le dernier album je n'y vois pas la même fougue.

A voir ce que ce génie de Tuomas nous a concocté...


Non pas encore mais si l'annonce a été faite, un extrait ne devrait plus tarder maintenant.


Un morceau est-il disponible en écoute ?


Acheté à l'époque, mais pas plus accroché que ça à l'album. Encore aujourd'hui je crois que je préfère Spheres, écouté bien des années plus tard.


La tuerie cet album, tout simplement. Quelqu'un sait ce qu'est devenu Marco Foddis depuis?


Dur, bon courage au groupe


Oui le midi est vaste et la Lozere en fait à peine partie. Je trouve que tout de même à Montpellier il y a un paquet de groupes qui passent et ceci grâce à la secret place .


Le "renouveau" n'aura pas duré longtemps en effet...


Du death métal on ne peut plus classique mais les morceaux en écoute sont vraiment bons.

Malheureusement, en lisant les commentaires YouTube, j'ai appris que le chanteur était décédé l'été dernier.


Excellents extraits, comme vous les gars. Voilà un type qui se bonifie avec le temps, sans perdre son agressivité. Un sent une progression à travers ses albums, il est à parier que celui-ci ne fera pas tâche (le riffing de "Luciferian Sovranty" fait mal aux dents).


Pis cela sera très certainement mon cadeau de St Valentin (sic).


Jus de cadavre + 1.


!!! !!! !!! OZZY RULES !!! !!! !!!


Hâte de l'avoir sur ma platine celui-là...


C'est sûr qu'en 99, CARNIVAL IN COAL en avait sidéré plus d'un (moi inclus).
L'album de reprises qui avait suivi avait d'ailleurs, si tant est que cela soit possible, encore mis plus les pieds dans le plat : Aaaahhh ! Les fameuses covers de "Maniac" ou de PANTERA ! Cela passait en boucle à(...)