Récapitulons pour rester précis. Nous avions le Thrash old-school, nous avions aussi le Death old-school. Chaque courant tentant de retrouver les vibrations initiales de la débauche sonore, avec plus ou moins de bonheur. Nous avons aujourd’hui le Death Thrash old-school, histoire de faire la jonction. Après tout, quel mal y’a-t-il à prôner une sorte de crossover nostalgique, lorsque les deux thématiques se sont toujours complétées à merveille ? Le Metal, en exagérant les choses a donné naissance au Thrash, qui lui-même en poussant le bouchon plus loin a engendré le Death, tout comme le Blues a enfanté du Rock, qui lui-même accoucha du monstre Hard-Rock, and so on… Death Thrash old-school, vieille école, mais les grognements et les riffs restent les mêmes, quelle que soit la provenance géographique. Sauf que dans ce secteur-là, on s’attend plutôt à voir débarquer des sud-américains hirsutes et blasphématoires, ou des américains revanchards, à la rigueur des allemands vraiment pas contents, ou même des coréens/thaïlandais toujours prompts à dégainer les cartouchières. Mais ce soir, c’est du Canada que nous en viennent ces obsédés du passé, qui ont d’ailleurs pas mal roulé leur bosse eux aussi. Quatre québécois bon teint, qui depuis 2012 jouent, trépident, riffent et sautillent pour convaincre leur public chéri qu’ils ne font pas semblant et qu’ils n’ont pas l’histoire dans le flight-case. Deux frangins à l’origine de ce tintouin, Will (guitare) et Tony (chant), que le batteur Simon et le bassiste Chuck ont rejoint en route histoire de gonfler le duo en quatuor. Depuis, une route bien taillée, des réalisations, et quelques changements de fond.

Exit donc Simon, et bonjour Alexis Landry (ex-SPEED TERROR et DEATHRONER), et surtout, bonjour TORTURER, qui nous a offert fin juin dernier son premier longue-durée, venant sanctionner un début de carrière assez productif. Une première démo en 2013, puis Call of Madness, un EP en 2014, avant une seconde démo en 2017 (The Return…un coucou certes, mais pas forcément adressé à BATHORY), et finalement, ce premier album, assez symptomatique d’une démarche sincère et sans fioritures, qui pourtant met les formes dans la déformation. Un style qui en chevauche deux autres, et qui emprunte au Thrash sa légèreté dans la violence, et au Death son emphase dans la démence, pour un son qui se rapproche même des débuts de nos chers NO RETURN, la production encore plus roots en étendard. Alors, qu’attendre au juste d’un quatuor qui ne cherche qu’à remplir nos oreilles de violence instrumentale réchauffée du passé ? De la nostalgie évidemment, mais surtout, et sans condescendance, beaucoup d’efficacité. Car les larrons, en foire bien sûr, s’y entendent comme personne pour fracasser les parois auditives avec leurs rythmiques percussives et à provoquer des headbangings de dégénérés avec leurs riffs circulaires qui charcutent sans trop faire saigner. Du classique donc, et des influences, toutes en romance, avec les noms de POSSESSED, DEATH, SEPULTURA, SLAUGHTER, PROTECTOR ou ASPHYX mis en avant, auxquels on pourrait ajouter ceux de HEXX, d’AUTOPSY, d’AGRESSOR, et pas mal d’autres qui rentrent dans la catégorie visée par nos amis du Québec. Plus RAZOR que VOÏVOD les cousins du froid ? Oui, sans conteste, ce qui ne veut pas dire qu’ils manient leur manche comme la pelle à neige…

De la puissance, de la franchise, mais un bon niveau technique, et surtout, une habileté de composition qui leur permet de signer des compos un peu plus alambiquées que la moyenne. Ainsi, le diabolique « Schizo » est certainement ce qui se fait de plus groovy actuellement sur la planète Death vintage, et cet énorme riff redondant d’intro n’y est certainement pas étranger. Ça pulse, ça accélère sans vergogne, mais en restant raisonnable, les mecs ont visiblement bien retenu les leçons des trois premiers DEATH et de POSSESSED, mais les récitent avec une application toute personnelle et avec un entrain certain. C’est donc éminemment syncopé, méchamment chaloupé, violemment tronçonné, mais ça reste d’une extrême musicalité, et ça évite les pièges de la copie carbone un peu trop difficiles parfois à contourner. Du très bon Death à tendance Thrash, qui reste mesuré tout en gardant l’hystérie en ligne de mire, soit la quintessence d’un genre qui ne tolère jamais la médiocrité. Et dès « Die In Pain » (après une intro de quatre minutes assez maousse précisons-le), on baigne dans le jus putride de l’extrême made in 80’s, avec une toute petite touche scandinave de la décennie suivante.

Et les morceaux s’enchaînent sans temps mort, possédant tous une patte individuelle notable, ce qui ne fait que renforcer la variété d’un premier effort qui prend ses distances créativement avec la masse grouillante des plagiaires sans vergogne. On pourrait même penser à la naissance de la scène Death/Thrash française, en se souvenant des débuts de LOUDBLAST, AGRESSOR et MASSACRA, le tout joué à la sauce canadienne, sans retenue, et sans bévue. De l’ingéniosité, et toujours cette façon de faire se déhancher les plans pour ramener le Thrash dans le giron du Death, histoire de les rabibocher (« Kill City »). Pas mal de mélodies, histoire de faire passer la pilule de la brutalité (« Crypt Of Forgotten Souls », le plus Death du lot, avec ses soli à la MORBID ANGEL et son chant complètement possédé), des hymnes à la vitesse agrémentés de technique bien assumée (« Torturer », le genre d’hymne que POSSESSED savait trousser en son temps), quelques pépites versant dans le Thrash mi- californien mi- allemand (« Chemical Fear »), et pour rester dans le ton, une citation, du SLAUGHTER dans le texte, époque Strappado, avec un imparable « Nocturnal Hell » repris comme à la parade mais qui fait honneur à son modèle. Les TORTURER nous font même l’honneur en final d’adapter les théories complexes de CORONER dans un contexte morbide parfaitement délicieux (« Hell Train », qui s’offre un soudain coup de rein à la double grosse caisse qui rappelle aussi les DARK ANGEL de « Death Is Certain »), pour nous laisser sur une note gravissime et brutalissime.

Seul bémol à apporter à cette réussite quasi-totale, cette pochette absolument immonde qui entre les croix renversées et cette figure grotesque se rappelle au bon souvenir du graphisme brésilien des années 80…Mais après tout, on ne juge pas un livre à sa couverture, et le contenu de Die In Pain saura convaincre tous les nostalgiques d’une ère qui n’en finit pas de revivre à travers le regard d’une génération encore pétrie d’admiration. Pour info, l’album est dispo en digital sur leur Bandcamp, pour quelques dollars canadiens. Alors on clique et on achète !  

 

Titres de l'album :

                           1.Intro

                           2.Die In Pain

                           3.Crypt Of Forgotten Souls

                           4.Schizophrenia

                           5.Kill City

                           6.Torturer

                           7.Chemical Fear

                           8.Nocturnal Hell (Slaughter cover)

                           9.Apostasy

                          10.Hell Train

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par mortne2001 le 03/09/2018 à 15:56
88 %    123

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


haha
@78.192.38.132
09/09/2018 à 19:00:20
cette pochette savoureuse

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