Dreamarcher

Dreamarcher

07/10/2016

Indie Recordings

Lundi matin, temps maussade, ciel chargé et pluie éparse. Gouttes de pluie lourdes comme un horizon plombé, et l’humeur part dans les limbes de l’introspection.

Non, inutile de s’allonger sur un divan de psy pour comprendre que les effets de l’automne se font ressentir, mais loin d’en être affecté, je sens une pointe de joie monter jusqu’au cœur.

Contradictoire ?

Peut-être, mais pas vraiment en même temps…

On adapte toujours la musique à son humeur, et lorsque celle-ci est complexe, le choix s’avère difficile. Trop de groupes évidents, qui ne cachent rien et révèlent presque tout, jusqu’à ce qu’on tombe sur quelque chose de vraiment différent. Quelque chose de nuancé, qui s’adapte à la complexité des émotions, l’inextricable du ressenti.

Donc, la Norvège, ses fjords, son histoire musicale unique, et son présent artistique qui perpétue une certaine tradition de la colère et de l’amour. Dualité, contradictions…Concrétiser ça sur un album unique est chose ardue, et pourtant, Kim Christer Hylland, Ruben Aksnes, Odd Erlend Mikkelsen et Viljar D. Sellevold y sont parvenus.

Ces quatre musiciens n’ont jamais vraiment gravité dans la sphère Metal, préférant travailler leur Jazz et d’autres courants de façon discrète. Mais sans qu’ils en comprennent vraiment la raison, ils ont toujours été attirés par la violence instrumentale, la distorsion poussée à l’extrême, et les déchirements rythmiques éprouvants.

Alors…Ils sont partis sur la route avec un groupe de « Rock », découvrant le partage de scène, et suant, saignant et déchirant l’espace, ils se sont rendu compte que leur destin était de jouer une musique complexe et pourtant terriblement humaine, mélangeant leurs émotions et leurs influences dans un même courant, unique bien sûr, vision qu’ils ont mis des années à peaufiner dans la plus grande discrétion pour aboutir à la conception de ce premier LP éponyme.

« Je dois dire que Dreamarcher est le fruit d’un travail d’amour. Leur point de départ était assez violent, et le point de convergence de différents styles et idées musicales. […]…Les pistes vocales découlaient d’un processus collectif, et nous avons donc abordé la chose comme si on s’occupait d’un groupe vocal, et non d’un chanteur unique, ce qui a abouti à cette atmosphère onirique, dans un contexte de riffs très Heavy. »

 

C’est Ashley Stubbert (PURIFIED IN BLOOD, SLOTFACE) leur producteur qui parle, et en quelque mots choisis, qui définit le mieux la direction étrange qu’a fini par prendre ce groupe aux idées absconses. En citant quelques influences pas si évidentes que ça (DEAFHAVEN, CONVERGE, MASTODON, THE MARS VOLTA, BARONESS, SUN O))), ou A PLACE TO BURY STRANGERS), les DREAMARCHER “déplacent” le contexte et s’autorisent une liberté de création totale.

Et en écoutant les cinq pistes de ce premier album décidemment très atypique, on constate qu’ils ont raison d’ouvrir le champ du possible au maximum de ses éventualités, puisque leur musique bizarre refuse tout cloisonnement trop précis et étroit.

On y retrouve des éléments de Sludge, de Doom, de Post Rock, de Post Hardcore, de Chaotic Core, d’Indie, de Shoeegaze, de Dreamgaze, le tout assimilé dans une structure mouvante qui passe d’une émotion à une autre, comme un être humain normal traverse sa vie en acceptant la règle des épreuves et des joies, des peines, la paranoïa, la crainte et l’apaisement.

Transposition musicale d’une vie commencée au destin à venir ?

C’est tout à fait le genre de formule qui leur sied.

On pourrait ajouter à leur panel de références des noms comme MONO, THE OCEAN, TENGIL, et tant d’autres qui ont préféré ne pas choisir et jouer ce qu’ils ressentaient. Une liberté totale pour un résultat magique, qui frise parfois l’indécence de création tant le potentiel des musiciens est énorme et leur osmose pluriforme et patente.

Plus qu’un album, Dreamarcher est un voyage dans l’inconnu, pas à pas, et qui se dessine comme des montagnes russes d’une existence qui ne nous épargne rien. Entre les lourds riffs qui déchirent l’espoir, les accalmies mélodiques éthérées qui nous ramènent à notre prime enfance, les confrontations entre violence et insouciance, ce premier album est une épreuve sensorielle dont on ne ressort pas indemne, et qu’on découvre comme un passage de l’enfance à l’adolescence, puis de l’adolescence à l’âge adulte.

« Close Your Eyes », exemple parmi quatre autres, propose une entame purement Post Rock, basée sur un riff accrocheur et mémorisable, avant de partir dans une digression sur un Stoner du nord, mécanique et étrange, qu’une voix lointaine balaie du revers des cordes et d’une rythmique acrobatique, symptomatique du passé Jazz des musiciens. L’ambiance se tend, la voix s’écorche, puis le thème Dreamjazz revient de plus belle, les structures s’enchainent logiquement d’un agencement précis, lorsqu’une accalmie grondante à la NEUROSIS interrompt la progression…Percussions sourdes, arpèges économes, mélodie rachitique mais sublime, le tout annonçant un crescendo qui explose dans une violence sourde et contenue…

A contrario, « Beat Them Hollow » s’engage sur une fausse piste Doom vraiment très oppressante, et laisse l’esprit se faire malmener pendant quatre minutes de litanie étouffante, suintant d’un riff unique et d’une pulsion pachydermique, comme un MASTODON qui marcherait au ralenti pour suivre le pas d’un ELECTRIC WIZARD moins embrumé qu’à l’habitude. Et en sa médiane, le morceau appuie encore plus sur la plaie pour sombrer dans un Stoner Sludge poisseux et ombragé, observé du point de vue d’une basse gigantesque et distordue à l’extrême qui parvient sans peine à noyer les riffs dans une mer de tourments. Lorsque soudain les blasts nous balayent d’une rage intense, évoquant un Post Black, la surprise est palpable, et pose en sept minutes et quarante-neuf secondes les jalons d’un disque aussi imprévisible que les sentiments d’un névrosé cyclothymique perméable à tous les stimuli de l’existence.

Joie, espoir, « Impending Doom » en étale sur la tartine diurne d’une journée étonnante, et se fend d’un Post Rock Indie empruntant l’ironie des SONIC YOUTH pour la confronter à l’espièglerie des SMITH ou des JAM. On retrouve d’ailleurs cette ambivalence sur le final « Shadows » qui se perd en conjectures et échappe à toute étiquette, avec sa mélodie de guingois et sa rythmique volubile, aussi JESUS LIZARD que CHARLATANS ou STONE ROSES, pour une fièvre Post Rock chaloupée et striée d’éclairs d’espoir.

« J’ai toujours eu peur d’être abandonné par les gens dont je dépendais. Et bien que je ne ressente plus vraiment cette peur, je pense qu’elle est restée et qu’elle m’a transformé, qu’elle a déteint mon regard sur le monde et la façon de réagir à ce que je vois, ce que j’entends, et ce que je ressens ».

 Ruben Aksnes, en quelques lignes très personnelles, dépeint mieux que quiconque le tableau de Dreamarcher que vous allez écouter. C’est un album de peintures émotionnelles mises en musique par un quatuor qui accepte le fait d’être humain, versatile et influençable. Et pourtant, d’une personnalité affirmée. La liberté en quelque sorte, qui peut être remise en question du jour au lendemain.


Titres de l'album:

  1. Beat Them Hollow
  2. Impending Doom
  3. Burning The Remains
  4. Close Your Eyes
  5. Shadows

Site officiel

Bandcamp label (morceau en écoute)


par mortne2001 le 21/10/2016 à 17:30
87 %    585

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Dirge + Spinning Heads 2005

RBD 05/04/2021

Live Report

Voyage au centre de la scène : Frank Arnaud

Jus de cadavre 21/03/2021

Vidéos

Nile + Krisiun + Grave + Ulcerate 2009

RBD 03/03/2021

Live Report

Killing For Culture - Tome 2

mortne2001 23/02/2021

Livres

Voyage au centre de la scène : MASSACRA

Jus de cadavre 21/02/2021

Vidéos

Killing For Culture - Tome 1

mortne2001 15/02/2021

Livres

Moonspell 2007

RBD 04/02/2021

Live Report

Olivier Verron _ Interview Conviction

Simony 27/01/2021

Interview
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
la reine des neiges

ha ha! nul!

18/04/2021, 00:02

Eliminator

Tout est à chier, riffs insipides, claviers ultra kitch, refrain ultra mielleux. Ce son de gratte de merde, c'est époustouflant ! Cette mode des grattes 7/8 cordes me saoule, laissez ça à Meshuggah. Meme pas envie de juger le reste. Monde de merde! ;)

17/04/2021, 23:54

Gargan

On peut écouter la totalité à présent, et il faut bien dire que ça sort tout de suite du lot ! Je me tâte pour une commande.

17/04/2021, 19:01

Wolf88

17/04/2021, 17:26

NecroKosmos

Nous sommes vieux et nous avons bon goût. Bon, moi qui suis ultra-fan, j'adore le dernier album mais je trouve que la production y était un peu à chier. Mais je reste totalement confiant.

17/04/2021, 10:03

NecroKosmos

Bien vu le nom du groupe : facile à prononcer pour les non-biélorusses...  :)

17/04/2021, 09:59

Humungus

Mouais...Clairement pas terrible.Je rejoins Simony (sauf que moi j'avais plus qu'apprécié les deux derniers albums).Bref... A juger sur la longueur quoi... ... ...

17/04/2021, 08:51

Humungus

Ne nous voilons pas la face MorbidOM :Nous sommes vieux bordel !!!

17/04/2021, 08:51

Gargan

Très belle punchline finale haha !

17/04/2021, 08:41

MorbidOM

Je partageais les mêmes craintes d'autant que le dernier n'était pas forcément un accident (ça faisait un moment que le groupe tournait un peu en rond, d'ailleurs l'avant dernier si il était moins mauvais était déjà d&eacu(...)

17/04/2021, 02:21

Buck Dancer

J'etais parti pour dire du mal, j'en avais tellement envie vu ce qu'il reste du groupe et ce qu'il est devenu, mais je trouve le morceau presque bon. Surprenant dans sa construction, pas trop linéaire et avec des riffs pas si convenu. Puis il y a le chant bien hargneux (...)

16/04/2021, 23:53

Simony

J'y retrouve les mêmes défauts que les dernières sorties du groupe, titre lambda à la fin duquel tu ne retiens rien ! Au niveau des guitares c'est d'une pauvreté affligeante, indigne d'un groupe de ce niveau, y a pas de riff c'est de la r(...)

16/04/2021, 20:47

Wolf88

Tracklist:1- Intro 2:042- Die erste Levitation 5:073- Zelfkastijder 6:034- Hypnotisch Bevel - De daimonische Mensch 7:325- Zelfbestraffingstendenz en occulte Raadsels 6:106- Vom freien Tode 7:377- Scabreusheden uit hed Tuchtarsenaal 9:26(...)

16/04/2021, 14:07

Wolf88

voir aussi info:Rock'n Load 

16/04/2021, 13:57

RBD

De toute façon avec les moyens avancés par le label pour l'habillage, la production et mixage, le clip, c'est qu'il mise quelque peu sur un succès potentiel.

15/04/2021, 20:26

Jus de cadavre

Tout pareil, je suis encore ce groupe parce que j'aime beaucoup leur coté on "emmerde tout le monde" mais le dernier m'avait beaucoup déçu... et puis sur scène la dernière fois pour moi (un Hellfest) c'était bien pourri (et tr&egr(...)

15/04/2021, 19:51

KaneIsBack

J'ai à la fois hâte et peur, le dernier album en date était franchement mauvais, et la longue période (7 ans, quand même !) entre les deux ne me rassure pas vraiment. Mais c'est ImpNaz, donc j'écouterai ça avec attention quand mê(...)

15/04/2021, 19:14

Humungus

"De plus on parle de groupe 100% masculin tout aussi peu intéressant, si ça c'est pas une preuve !"AH AH AH AH !!! !!! !!!

15/04/2021, 16:23

Simony

Pour ce qui est de la présence de la news si ce n'était pas des femmes, bien sur que l'on en parlerait tout de même, d'ailleurs tu remarqueras que cet aspect (groupe 100% féminin) n'est absolument pas mis en avant et de plus on parle de groupe 100% m(...)

15/04/2021, 15:04

RBD

C'est une belle saloperie, mais il a l'air très optimiste. Peut-être que les médecins ont été rassurants. Je ne sais s'il en sortira en état de reprendre, mais il a déjà tellement fait pour le Thrash !

15/04/2021, 12:51