Non, finalement, c’est vrai, la vie n’est pas assez pénible comme ça. Autant en rajouter en se concentrant sur ses aspects les plus noirs, et sombrer de jour en jour dans une dépression carabinée…On dit que lorsqu’on touche le fond, une seule impulsion suffit à rejoindre la surface. Mais il semblerait que certains pensent au contraire, qu’une fois touché le fond, autant y rester, et se lester de plomb. La vie en rose vs la vie en noir, choisis ton camp camarade, mais le DBM et le DSBM ont tranché depuis longtemps…Deux styles complémentaires, qui privilégient une vision noire de l’existence, à base de souffrance, de spleen, de karma inévitable et de fin inéluctable, qui ont au moins le mérite de tenter de concrétiser nos pulsions les plus morbides. Musicalement, l’affaire est complexe. Si certains groupes se complaisent dans la tristesse de ton la plus extrême, se figeant sur des riffs monolithiques et des rythmiques fatiguées, d’autres au contraire, tentent de figer les modulations de sentiment que peut éprouver un candidat au suicide, fatigué de devoir se lever et affronter une autre journée, en tous points semblable à la précédente. Empruntant au Doom sa fatigue instrumentale et au Black son nihilisme cru, le DBM pioche dans la résignation de quoi alimenter son art, et tout un chacun a le droit de ne pas s’y reconnaître, voire d’être choqué de tant d’abandon.

Ou, plus simplement, de trouver ça encore plus pénible qu’une lettre de suicide d’Ian Curtis qui leur apparaît soudainement comme la conclusion épistolaire la plus drôle au monde…

Qu’en est-il en Chine ? Car après-tout, la vie là-bas n’a rien d’une partie de plaisir…Philosophie sociale rigoriste, travailleurs s’entassant dans une poignée de mètres carrés pour survivre, politique du contrôle des naissances drastique, les villes sombrent dans une compétitivité qui prend des allures de galère au point de destination inconnu, et tout le monde courbe l’échine pour ne pas trop plier face au régime…Les richesses se distribuent entre privilégiés, et la pauvreté affective grimpe sur les building comme le lierre sur les maisons abandonnées. L’histoire est quand même fascinante, spécialement lorsqu’elle est racontée de l’intérieur, et mélangée à un folklore millénaire qui s’adapte très bien d’une nature florissante et de campagnes désertées. Cette dualité urbanisme/ruralité est d’ailleurs assez intéressante dans les faits, tout comme l’est le premier album des DISMAL, qu’on pourrait traduire par un approximatif Perte/Pâleur. Une histoire de fantôme chinois ? Oui, ces fantômes qui errent dans les villes à la recherche d’un peu de compassion, mais qui se heurtent à un mur de précipitation, et qui au bout du compte, se sentent encore plus seuls qu’avant le trépas. Cette situation fantasmée trouve un écho fantastique dans les sept pistes de ce premier LP, qui ne cache en rien ses intentions les plus sombres. Mélanger le Doom le plus opaque et le Dark Death le moins accessible, pour amalgamer le tout dans des mélodies repliées sur elles-mêmes, et sabrer le tout d’un chant aux échos caverneux. En gros, triturer les guitares les moins complaisantes pour en extirper les harmonies les plus plaisantes, tout en opacifiant le tout d’un tapis d’arrangements sonores qui donnent le bourdon, et l’envie de prendre une corde pour s’y suspendre, après avoir laissé un poème en porte de sortie sur la table.

N’étant pas le plus grand spécialiste en activité de la chose DBM, je me garderai bien de toute comparaison hâtive, même si je peux reprendre l’avis de certains fans ayant vu en DISMAL l’équivalent asiatique d’un GHOST BATH (qui eux ne le sont pas, contrairement à la fausse légende), ce qui n’est pas incongru au demeurant. Evidemment, la musique des originaires de Hong-Kong est lancinante, fascinante par moments, mais le plus souvent très linéaire dans son traitement des harmonies, qu’on reconnaît d’un morceau à l’autre. Le cheminement est donc adéquat au vu du style pratiqué, et l’osmose, loin d’être rebutante, se veut assez séduisante dans les faits, et parfois digne d’une adaptation d’un SHINING encore plus torturé que d’habitude dans un cauchemar à la THE OCEAN, cris inhumains compris dans le tableau fait main (« Neter »). Ce morceau est d’ailleurs un acmé d’un album qui s’il n’est pas si anonyme qu’il n’en a l’air, ne représentera qu’une part d’exotisme pour beaucoup, tant ses intentions sont clairement affichées dès son entame, et jamais trahies par une quelconque déviation artistique. D’ailleurs, le groupe a pris soin de lâcher en éclaireur de la nuit éternelle « Azafen », visible sur tous les sites qui se tiennent au courant de l’actualité, et ce titre de plus de huit minutes résume à lui tout seul toute l’entreprise, sans pour autant se montrer trop redondant. Il est évidemment long, lent, pesant, étouffant, mais il possède cette luminosité que la pénombre la plus absolue laisse filtrer les jours de pluie, lorsqu’un nouvel enterrement ne vient même pas troubler le calme ambiant.  

 

Evidemment, rien de bien nouveau à l’est, mais une transposition des classiques du genre dans un contexte aussi rigide, mais paradoxalement plus souple. Si comme je le disais les guitares restent obnubilées par les thématiques déjà présentes sur le Gothic de PARADISE LOST ou le The Angel And The Dark River de MY DYING BRIDE, elles n’hésitent pourtant pas à les traduire dans un vocable Post Metal que la nouvelle scène européenne se fait une joie d’enseigner. On trouve donc de nombreux passages en son clair, d’une quiétude presque effrayante de zen, qui permettent d’aérer un peu sans atténuer le propos crépusculaire. Alors, finalement, on suit le discours avec attention, et on se retrouve à apprécier le voyage vers nulle part, qui au bout du compte pourrait bien nous mener à une réponse éventuelle.

Cette réponse, ou ces bribes de réponses, on les trouve dans l’épilogue interminable « 白 », qui du haut de ses treize minutes va encore plus loin au risque de ne jamais revenir. Intro en délicatesse d’harmonies discrètes, ébauche de solo qui s’écrase sur un riff ample, prédisposant un Post Doom à nous extirper de nos illusions matérialistes pour nous faire toucher du doigt la quintessence de la réalité : cette solitude intérieure qui nous ronge sans pitié. Double grosse caisse en battements cardiaques à la limite de la rupture, chant écorché qui hurle sa peine et son désespoir, pour une alternance de clair/obscur, qui sombre parfois dans un songe catatonique, qu’une voix perçante vient troubler de ses stridences irritantes. Mais rien ne viendra ralentir la marche inéluctable vers une fin prévisible, même pas ce mid tempo sorti de nulle part qui finir par céder sous la pression d’une lourdeur en souffrance…Final en arrangements d’arrière-plan acoustiques, et le silence reprend ses droits, ce silence des campagnes désertées et des grandes agglomérations déshumanisées, ce silence qui est peut-être l’ultime appel au secours que personne n’entend. Et la pluie, encore la pluie…

Non, le DBM n’est pas une fin en soi. Il n’est pas l’absolution qu’attendent les musiciens. Mais il est parfois beau comme la tristesse d’une femme perdue dans les fleurs fanées de ses pensées. Comme cette pochette superbe qui laisse à penser que la chenille recroquevillée dans son cocon va finalement se transformer en magnifique papillon. Sans pour autant panser les plaies. Mais qui a dit qu’il fallait être heureux pour pouvoir rêver ?


Titres de l'album:

  1. 0
  2. Neter
  3. Azafen

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 21/11/2017 à 17:46
75 %    395

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