Celui-là, on peut dire que nous étions quelques-uns à l’attendre. Il faut dire que du très bon Hard-Rock, moderne mais sevré aux influences classiques, joué par un groupe qui donne ses tripes sans vendre son âme, c’est une denrée de plus en plus rare. « Et ils sont français en plus ! », vous diront les plus chauvins. Sauf que la nationalité, on s’en fout, puisque la musique est un langage universel, que ce sextet maîtrise à merveille. L’histoire de FLAYED, c’est d’ailleurs un peu celle du Rock, une passion commune, de l’abstraction, la route, les concerts, les albums et l’attitude, cette attitude qui consiste à refuser le jeu de dupe des poses et de n’avouer aucune pause, pour bien enfoncer le clou planté à l’occasion de Symphony for the Flayed, publié il y a déjà quatre ans. Quatre ans c’est long, moins si l’on compte la suite 2015 Monster Man, encore un peu moins en déduisant la récréation IX Million, dont j’avais parlé il y a deux ans, mais on est quand même heureux de savoir notre impatience soulagée par la publication prochaine de ce III - Empty Power Parts, qui reprend peu ou prou le groove là où il avait été laissé. Sur le trottoir ? Non, sur les rives d’un big Rock rond aux entournures, qui ne renie pas ses classiques, du ZEP au PURPLE, sans conchier un certain flair 90’s hérité des RED HOT, ou de DAG. Alors, au menu de cette nouvelle livraison, beaucoup d’énergie, de l’allant, de l’élan, mais surtout, un gros majeur tendu froidement à la face de « l’album de la maturité », puisque ces six lascars ne sont pas prêt à se calmer pour entrer de plein pied dans l’âge adulte. On ne les attend pas sur ce terrain-là d’ailleurs, mais plutôt sur celui du fun, de l’affront juvénile plein de morgue, ce fameux esprit qui a permis à la génération du baby-boom de se délivrer des carcans institutionnels en trépidant sur un Wop bop a loo bop a lop bom bom!

On dit l’humeur actuelle désenchantée ? Que nenni, et III - Empty Power Parts prône un indéniable détachement des choses bassement matérielles, pour mettre en avant une terrifiante dynamique de groupe. Ju (guitare), Rico (guitare), Charly (basse), JP (batterie), Rafinet (orgue Hammond) et Renato (voix) nous ont donc concocté dix petits hymnes à la sudation, rodant sans doute leur nouveau répertoire dans leurs locaux de répétition, en pensant au carnage à venir on stage. Et c’est peu dire que cette dizaine de pépites va faire flamber les salles, puisque tout a été soigné au millimètre pour paraître débauché et dépravé. N’attendez pas pour autant une quelconque vulgarité de ces gars-là, ils ont la classe dans la peau, et des envieux dans le dos. Enregistré au Studio Cartellier à Salaise-sur-Sanne avec un mix et un mastering effectués au Vamacara Studio de Clisson, ce troisième jet est sans conteste ce que les isérois ont accompli de plus achevé, ce qui n’est pas peu dire au regard de leur production passée. On retrouve d’ailleurs tous les éléments ayant contribué à leur succès, de cette doublette de guitares démoniaques, qui recyclent des riffs des frères Young ou de Dave Grohl avec un aplomb fabuleux, à cette rythmique s’adaptant à tous les terrains, en passant par la voix toujours aussi puissante de Renato, et les ébènes et ivoires sensuels de Rafinet. La combinaison marche donc plein pot, d’autant que les six musiciens ont celui d’être de redoutables instrumentistes, aussi à l’aise dans le Rock de papa (« Liberate Our Enemies ») que dans le Blues crépusculaire de papy (« Flooded & Blind »). La comparaison avec les contemporains de 7 WEEKS n’est d’ailleurs pas forcément gratuite ou anodine, puisqu’on constate une même tendance au brut de décoffrage et à la versatilité, les deux combos refusant la facilité d’une linéarité trop prévisible et plombée.

Ça sonne, et ça cogne. Il n’est d’ailleurs pas besoin de tremper les deux pieds dans l’album pour s’en rendre compte, puisqu’après une intro très The Edge, le groupe envoie la purée sur « Homeland », qui vous guérit du mal du pays en quelques secondes se permettant le luxe de citer les JANE’S ADDICTION dans le texte. Pire comme référence, d’autant plus que les gus enchaînent sur un beat pataud mais costaud, se rapprochant d’un hybride entre les KIX et 7 WEEKS, pour un gros Hard-Rock graisseux, mais classieux. Le son global est sèchement ébouriffant, rien d’étonnant, mais l’atmosphère est bon enfant, même si le volume de l’ensemble est terriblement conséquent. Pas de complexe à avoir, et si les AC/DC, DEEP PURPLE ou BLACK SABBATH sont cités, il convient d’y ajouter quelques nuances léchées, comme celle des FOO FIGHTERS dopés à AIRBOURNE sur le trépidant « Middle Age », aux chœurs juvéniles et au chant traité façon HELMET sur « Biscuits For Smut ». En deux morceaux, les FLAYED comblent deux ans d’absence d’une urgence immédiate, et ne nous lâchent plus jusqu’au coup de sifflet final. Pas de prolongations en quarante-deux minutes, mais une bonne mi-temps qui laisse sur le flanc, à panser ses plaies au son d’un « What Is Gonna Happen », sexy comme un inédit de Lenny Kravitz repris par les EXTREME. Ce qui est le plus frappant, outre cette sensation d’affranchissement de tout carcan, c’est cette fraîcheur dans la conséquence, qui permet à des morceaux modestes de sonner comme des standards modernes. Que le rythme soit échevelé, ralenti, malmené, que les guitares tranchent, mordent, vrombissent ou se veulent démenées, que le chant feule ou harangue haleté, l’approche est toujours la même, un thème simple, transcendé par une interprétation collégiale infernale.

On vous garantit de la sueur, mais pas des larmes, de la sueur qui perle du front une fois encaissé le choc de « Glad To Leave », qui vous incite à rester, de ses percussions inventives et de son adrénaline dopée, mais aussi de la sueur qui glisse tout le long, au son d’un « Empty Power Part », chaud comme des braises bluesy attisant un feu Rock. C’est courbé, galbé, les arrangements sont goulus et la posture aguicheuse, et pourtant, ça reste viril comme une goulée de bourbon rapidement avalée, et entre un orgue qui taquine le machisme des guitares, et un chant qui se fond dans des chœurs rose bonbon, on distille acidulé, mais on restitue poivré. Du boogie pour tatie ? Plutôt deux fois qu’une, et « Waiting For The Turning Point », qui n’attend pas le changement, mais qui provoque la fracture, de ses licks sinueux sur fond de plan de basse bougon. Ne reste plus au groupe qu’à se rendre un auto-hommage, via le zeppelinien «Rise Of The Kings », dont les KINGDOM COME n’auraient pas osé rêver. Beaucoup d’éloges qui vous interrogent ? Non, un simple constat de qualité, comme une appellation, celle des FLAYED, une AOC made in Vienne, qui préfère l'Isère à l’Autriche, mais qui se veut aussi cosmopolite que des frontières musicales franchies avec insouciance. III - Empty Power Parts n’est pas vide, mais il est puissant, et la somme de ses parties dépasse l’entendement, pour un bonus de Rock incandescent. Des musiciens vrais, une musique qui ne l’est pas moins, et surtout, de la franchise dans la roublardise. Ils se prétendent trop simples pour se faire stars ? Alors, rendez-leur service. Respectez leur désir et considérez-les pour ce qu’ils sont. De petits malins du son, et surtout, des rockeurs de la nation.   

 

      

Titres de l'album :

                          01. Homeland

                          02. Middle Age

                          03. What Is Gonna Happen

                          04. Fairy Tale

                          05. Liberate Our Ennemies

                          06. Flooded & Blind

                          07. Glad To Leave

                          08. Empty Power Part

                          09. Waiting For The Turning Point

                          10. Rise Of The Kings

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par mortne2001 le 20/09/2018 à 10:00
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Ben oui, normal. Déjà assimiler "vegan" et "antifa" est hors sujet.
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J'ai jamais vraiment écouté Cancer, pourtant je fais partie de cette génération des 90's qui a découvert( le death metal avec ces sorties majeures. Très efficace ce titre , va falloir que je rattrape quelques lacunes.


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