Les hasards du calendrier font que deux monstres de Death Metal voient le jour pratiquement en même temps, et nous hurlent dans les oreilles avec la même cruauté. Alors que nous nous remettons à peine du dernier MERCYLESS, il nous faut maintenant encaisser la violente charge donnée par le second LP de SKELETHAL, et croyez-moi, votre corps n’en ressortira pas indemne. Certes, les deux groupes n’ont pas le même palmarès ni le même vécu, encore moins la même crédibilité sur la scène, mais en étant patient, et en laissant aux petits nouveaux le temps de faire leur chemin, le parallèle deviendra peut-être viable un jour. Il l’est déjà musicalement, même si Of the Depths… il y a trois ans affirmait ses positions de façon très ferme. Le Death des français se devait d’être suédois, et il n’était donc guère étonnant de retrouver dans leur champ d’influence des noms comme ENTOMBED, DISMEMBER, NIHILIST ou CARNAGE. Certes, ils ajoutaient à leur post-it personnel MORBID ANGEL, PESTILENCE, AUTOPSY et DEATH, mais il y convenait de n’y voir qu’une volonté d’être plus exhaustif et de rendre hommage aux pères fondateurs. Mais ne soyons pas dupes, le Death Metal joué par les SKELETHAL est purement suédois, suédois et encore suédois. Il n’y a aucun mal à ça, d’autant que le mimétisme prenait des allures de copie de première classe, mais si l’on se demandait à l’époque comment les choses allaient pouvoir évoluer sans jouer la redite, Unveiling the Threshold répond à cette question de façon ferme et définitive. Le groupe n’a rien changé à son approche, mais l’a encore perfectionnée, à tel point qu’on s’attend parfois à retrouver le nom du combo dans une énumération des meilleurs groupes suédois de la création. Pour faire simple, et après avoir digéré le pavé, Unveiling the Threshold n’est rien de moins que l’union sacrée entre Left Hand Path et Like an Ever Flowing Stream, enrobé dans le son énorme de Clandestine. L’image est parlante, et surtout, adaptée à la réalité, et sans vouloir modérer le talent des français, ils nous livrent là la copie carbone la plus parfaite de l’histoire.
Pour en arriver là, ils ont travaillé avec une pointure, Greg Wilkinson des Earhammer Studios (Undergang, Necrot, Mortuous…), qui s’est occupé du mixage et du mastering du LP. D’où ce son gigantesque, qui donne au moindre riff une patine méchamment morbide, et à chaque coup de caisse claire le beat d’un battement cardiaque d’une victime affolée de se voir poursuivie par un gros vilain qui manie la machette. Le groupe le concède, il souhaitait aller plus loin, perfectionner sa production, offrir plus de densité dans les soli, et insérer quelques mélodies en plus à sa boucherie. Les objectifs sont atteints, et la puissance qui émane de ce second LP est tout simplement phénoménale, renvoyant les œuvres séminales de ses influences au rayon des antiquités qui prennent la poussière. En admettant l’optique sous perfusion et en excusant les emprunts les plus flagrants (les soli sont du pur ENTOMBED, inutile de le nier, et la voix sonne comme un tribute à DISMEMBER), en assumant le côté old-school à la mode du concept, on se prend au jeu, et on déguste en pleine face ce déferlement de violence ininterrompu, qui renvoie dans les cordes de l’amateurisme tous les groupes nostalgiques de la jeune génération. Autant le dire et en être fier, les français font maintenant définitivement partie du peloton de tête vintage, ridiculisent au passage des têtes d’affiche plus confirmées, et nous offrent un festival de savoir-faire dans la bestialité la plus froide. Cet album suit la théorie du « plus, et encore plus », en délivrant des compos plus serrées et moites, des soli plus présents, des parties atomiques en pluie de blasts, et des breaks qui écrasent les cervicales sans aucune pitié. Et dès « Sidereal Lifespan », la conclusion est inévitable, SKELETHAL est le plus frenchy des groupes suédois qui doivent certainement se demander comment ils se sont fait piquer leurs méthodes les plus fondamentales.
On atteint parfois les sommets de l’ultraviolence, lors de l’impitoyable « Cave Dwellers » qui en moins de trois minutes résume toute la cruauté du mouvement scandinave, et si parfois, lorsque l’intensité baisse d’un cran, le spectre de MESSIAH parvient à se faire polir les chaines, le tout n’est que véhémence, efficacité, bestialité et franchise. Il est certain qu’avec le soutien de Greg Wilkinson, le groupe ne pouvait pas se planter, encore fallait-il qu’il ait les bonnes compositions à mixer. Ce qui est immanquablement le cas, avec ces trente-huit minutes de haine congelée passée au four de la démence instrumentale. Mais si de temps à autres, on sent quand même un peu le réchauffé (l’intro de « Repulsive Recollections » en fading nous ramène à « Crawl » sur Clandestine d’ENTOMBED), tout ça donne clairement la fringale, spécialement lorsque le quatuor (Guillaume Zeller - guitare/chant, Lucas Scellier - guitare, Julien Bouly - basse, Lorenzo Vissol - batterie) ralentit le tempo pour instaurer une atmosphère bien crade et poisseuse. Les premières secondes de « On Somber Soil » sont donc un cas d’école, même si la rythmique pulsée reprend vite ses droits pour laisser tomber les douilles de BPM au sol. Très à l’aise, les musiciens n’ont aucun complexe à s’approprier un pan de la culture extrême, lui rendant hommage en accentuant ses aspects les plus symptomatiques, pour finalement donner naissance à l’un des disques old-school les plus crédibles de l’histoire du mouvement.
Rien de surprenant au regard des possibilités étalées par Of the Depths… mais une jubilation dans la perfection, et l’occasion de faire preuve d’ambition, avec un épilogue aussi épais que « Abyssal Church… The Portal Revealed ». En cette occasion, le quatuor montre qu’il peut gérer un timing plus étiré, même s’il y replace des idées déjà exploitées. Mais les idées déjà exploitées étant le fondement même du concept, personne n’y trouvera à redire, et si évidemment, le tout sonnera un peu fac-similé aux anciens, il convient de souligner le travail phénoménal du groupe pour proposer un disque parfait, qui s’écoute d’un trait et qui laisse des plaies. Assurément la baffe du mois, ou plutôt le marbre d’une sépulture qui vous tombe sur le coin de la tronche.
Titres de l’album:
01. Sidereal Lifespan
02. Antropomorphia
03. Emerging From the Ethereal Threshold
04. Repulsive Recollections
05. Cave Dwellers
06. On Somber Soil
07. Adorned with the Black Vetebra
08. Abyssal Church… The Portal Revealed
Même coup de coeur sur "Cave Dwellers"... ce titre est dément !
Écouté proprement au casque ce matin : une tuerie de A à Z. Carrément meilleur que le premier qui était déjà bien bon pourtant !
Clairement un des albums de l'année.
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