Petite exception à la règle, la chronique du jour ne sera pas consacrée à une nouveauté, ni même un album culte, quoi que quelque part, Envision puisse revendiquer ce statut. Non, je vais vous entretenir d’un LP sorti dans une indifférence totale, bien après la séparation de ses concepteurs, que peu de gens ont sans doute écouté, mais qui sont depuis persuadés de faire partie d’un cénacle très particulier. Replaçons le contexte, nous sommes dans les nineties, et c’est l’hécatombe dans les rangs de l’armée Heavy Metal. Les groupes splittent comme les feuilles tombent de l’arbre à l’automne de leur vie, ceux qui restent essaient désespérément de s’accrocher au wagon de la mode dans un pathétique revers de veste, alors que d’autres maintiennent bon an mal an leur cap, en espérant qu’un jour les fans les ayant adulés retrouvent la mémoire. C’est dans ce contexte très particulier, au tout début des années 90 qu’un acteur mineur de la scène floridienne rend les armes après un troisième album pourtant proche du chef d’œuvre psychédélique…CRIMSON GLORY, puisqu’il faut bien le nommer fut l’un de ces groupes, à l’instar de METAL CHURCH qui avait tout pour casser la baraque et drainer des millions de vente derrière lui, mais qui ne put que frapper à la porte du succès sans qu’elle ne s’ouvre. On a reproché pas mal de choses à ces musiciens étranges et magnifiques, leurs masques grotesques, leur soi-disant repompe intégrale des plans de QUEENSRYCHE, mais il faut reconnaître que leurs trois premiers albums restent des sommets de préciosités et de luxe…Le parcours du quintet ne fut pas des plus tranquilles d’ailleurs, avec deux membres abandonnant leur costume avant la sortie du proverbial troisième LP, dont Ben Jackson, l’un des fondateurs, parait-il très mécontent de la nouvelle orientation bien trop Pop qui se confirmera d’ailleurs sur le fameux Strange & Beautiful. Et que fait un musicien insatisfait lorsqu’il se voit exilé ? Il monte un autre groupe, sans trop s’éloigner de son style d’origine, dont acte avec PARISH, né du cerveau fécond et frustré de Jackson.

Mais PARISH ne devait pas connaître un destin plus clément que le combo d’origine du guitariste. Fondé en 1990, le groupe alors constitué outre Ben à la guitare de Bernard Hernandez à la basse, de Rich Tabor à la batterie, de David Edward à la guitare et de John David au chant, n’eut même pas le temps de voir son unique album publié, puisqu’il fallut attendre 1995 pour qu’une maison de disque ne le balance sur le marché. C’est donc à titre posthume que Long Island Records publia Envision, alors que Ben Jackson avait déjà retrouvé ses anciens comparses pour préparer le comeback de CRIMSON GLORY via Astronomica. Et tout ceci n’aurait pu rester qu’une petite anecdote de l’histoire métallique si un autre label, en l’occurrence Vanity Music Group n’avait décidé plus tôt cette année de redonner sa chance à une œuvre qui mérite beaucoup plus qu’un respect à minima dans l’ombre. Car en effet, PARISH était bien plus qu’une simple prolongation en solo de CRIMSON GLORY, malgré l’ADN partagé. Il en était la transposition nineties de dogmes eighties, et plus prosaïquement, l’un des meilleurs albums de pur Heavy Metal d’une décade qui n’allait pas se gêner pour en édulcorer les aspects les plus bruts. Et on comprend dès « Rachel's Eyes » que Ben n’avait pas pour intention de trahir ses intentions d’origine, celles-là mêmes qui l’avaient poussé à fonder CG, à savoir jouer un Heavy Metal poli aux entournures, hautement mélodique, inspiré de JUDAS PRIEST et de QUEENSRYCHE. Les guitares, mises en avant appuyaient cette allégeance à un genre qui allait bientôt devenir l’ennemi public numéro 1, et la voix haut perchée de John David (et très proche de celles de Geoff Tate et de Midnight évidemment) confirmait que la volonté n’était pas de s’adapter, mais de continuer contre vents et marées à défendre un idéal de non compromission. Certes, le côté éphémère du groupe a confirmé a postériori que l’air du temps n’était pas à l’acier mais bien à l’alliage, et il y a avait peu de chance que le public en 1995 trouve un quelconque intérêt dans cette musique d’un autre temps, que les cadors des eighties auraient pu composer pour le plus grand plaisir de tous.

Pourtant, et avec des facteurs plus favorables (un meilleur timing en quelque sorte), Envision aurait pu être le succès qu’il aurait dû être. Loin de se contenter de mid tempi plaqués et de riffs rebattus, l’album proposait des syncopes intéressantes et parfaitement à leur place dans les groovy nineties, comme le démontre avec force et fougue le tube « Danger Zone ». Avec ce genre de morceau, PARISH aurait parfaitement eu sa place en 1991, date à laquelle l’album aurait certainement dû sortir, coincé entre les défricheurs de la Fusion et les adaptateurs Funky d’un Metal toujours agressif. Le talent incroyable de Ben transpirait encore de tous les soli, et le travail accompli par la rythmique était en tout point remarquable, ce qui permettait au compositeur de transposer le vocable 80’s dans un langage plus approprié, sans tomber dans la trahison. On reconnaissait évidemment les astuces et tics du six-cordistes du temps de CRIMSON GLORY, via ces harmonies léchées, ces arpèges ciselés, mais aussi ces riffs francs et nobles (« Set the Night on Fire »), et les titres les plus ambitieux n’avaient pas à rougir de la comparaison avec son ancien groupe ou QUEENSRYCHE. En témoigne le fabuleux et stellaire « Dark Desire », à l’ambiance très WHITESNAKE sur son intro, vite métamorphosé en power-ballad digne du RYCHE et de METAL CHURCH. Certes, tout ceci n’avait rien de neuf à offrir, quoique sa sortie tardive quelques années après avoir été composé lui conférait une aura étrange, comme un voyage dans le temps bizarre en dualité. Mais même en 1995, il était toujours possible d’apprécier une chanson aussi aiguisée et polie que « Envision », sur laquelle John David défiait les lois de la gravité vocale.

Avec une petite place laissée à l’acoustique via « Forever », l’album s’autorisait une complétude assez intéressante, malgré une tonalité générale assez homogène par volonté. Mais aucun morceau n’était faible ou destiné à boucher un trou, et si la production pêchait parfois par excès de brillance (le travers habituel des standards 80’s), les harmonies, la cohésion d’ensemble, l’interprétation, tout contribuait à faire de ce premier et unique album une perle rare trouvée dans une huître alternative perdue sur les rochers par la marée. La réédition de 2019 permet en outre de savourer six bonus tracks qui n’en sont pas vraiment, mais de simples démos ou mix de base, et qui n’apportent pas vraiment de plus-value à l’ensemble. Reste la nouvelle pochette, sexy à souhait et très adaptée aux fantasmes actuels, et qui remplace avantageusement la cover anonyme de l’original. Il est toujours temps de vous procurer cette réédition, avant que son prix ne flambe comme l’ensemble des sorties de Vanity Music Group, et de réhabiliter l’un des meilleurs albums de Heavy Metal d’une décade qui a tout fait pour le mettre à terre et le voir mourir, en vain.      


Titres de l’album :

                      01 - Rachel's Eyes

                      02 - Danger Zone

                      03 - Set the Night on Fire

                      04 - Believe in Me

                      05 - Dark Desire

                      06 - Envision

                      07 - Summer

                      08 - Forever

                      09 - Desert Wings

                      10 - Down N' Dirty

                      BONUS TRACKS:

                      11 - Confession (demo)

                      12 - Dark Desire (demo)

                      13 - Down N' Dirty (demo)

                      14 - Rachel's Eyes (Rough Mix)

                      15 - Envision (demo)

                      16 - Reckless (demo)


par mortne2001 le 15/03/2020 à 14:40
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