Que la tâche est ingrate…Comment en effet chroniquer avec sérieux mais détachement un album qui n’en est pas un, composé et enregistré par un groupe qui en est un sans en être un, qui a toujours joué sa musique foutraque avec la plus grande des applications, et qui ose aujourd’hui nous proposer le grand œuvre de sa carrière, via un détail des plus anecdotiques qui soit ? En résumé, comment parler avec respect d’un disque indescriptible, qui n’est ni un album ni une bande originale, et qui pourtant se présente sous la luxueuse forme d’un double digipack, distribué par les esthètes exigeants d’Apathia Records ? Comment traiter comme un longue-durée habituel un format hors-norme, censé illustrer les aventures improbables de personnages d’un jeu vidéo complètement allumé, sans tomber dans la gaudriole verbale et la pantalonnade littéraire ? Puisque dans le cas éminemment barré des PRYAPISME, il n’y a pas de demi-mesure possible. Ces gars-là sont des bargeots notoires, mais aussi de formidables instrumentistes et compositeurs, au point d’avoir conjointement leur entrée sur le très respectable site Progarchives et sur le plus excentré Weirdestbandintheworld.com…Alors, quelle optique choisir ? Les comparer une fois de plus à des mangeurs de fromage qui pue, et tomber dans l’excès d’excès, sans faire référence à Angus Young ? Ou traiter le tout à la façon d’un académicien de la musique, avec tout le caractère pédant que cela implique, et les assimiler avec le plus grand sérieux à des artistes d’avant-garde ? Je pense que la meilleure réponse à tout ça serait d’imaginer l’attitude de Devin Townsend face à un greffier virtuel défiant sa créature Ziltoïd sur un ring de catch. Avec humour, mais distance. Avec amour, mais prudence. Et on n’est jamais trop prudent face à des olibrius pareils. Parce qu’au final, on risque de gagner leur respect et leur affection.   

Pour les précautionneux, les allergiques à l’aventure, les mous du bulbe rachidien, les pragmatiques, les rationalistes, les extrémistes, et les linéaristes (ce qui évidemment ne veut rien dire quand on ne pose pas de linoléum), PRYAPISME, c’est plus qu’un nom de groupe, c’est un cri de ralliement. Une marque de défabrique. Du dégriffé pour les abrutis qui confondent Von Dutch et Martin Van Drunen. En gros, la possibilité pour les moins favorisés intellectuellement de s’essayer à l’exercice difficile du contrepied musical assumé. Ou plus simple, une façon d’intégrer l’élément félin à un univers de bruit et de fumeur. Une carrière impeccable, entre illettrisme dadaïste et traduction de Zappa dans un langage IGORRR, pour une fusion hautement improbable entre l’élasticité de PRIMUS et le fun outrancier du Nintendo-Core. A propos de Nintendo, les cinq originaires de Clermont-Ferrand (ville à propos de laquelle un ami s’est récemment montré peu dithyrambique, en bon parisien élitiste) se sont vu confié la tâche ardue de composer une symphonie illustrant les aventures virtuelles de quatre aliens envahissant des pastiches de films des années 80 et 90. Trop satisfait de se montrer obligé, le quintette (Benjamin Bardiaux - claviers, Nils Cheville - guitare, Antony Miranda : basse/percussions/Moog, Nicolas Sénac - guitare/basse/synthé et Aymeric Thomas : batterie/clarinette/machines) se mit donc immédiatement au travail pour mettre en sons les délires des concepteurs d’Ukuza et des producteurs des Macrales Studios, épousant la forme d’un jeu complètement débile mais certainement addictif bientôt disponible sur les plateformes habituelles (Steam, Switch, Xbox One et PS4). Alors, des habitués des salles d’attente de psychiatres aux commandes de la BO d’un video game qui n’est pas encore sorti, mais qui peut déjà s’honorer d’une bande son à la hauteur de sa légende embryonnaire ? Le concept n’est pas incongru, et le résultat à la hauteur des attentes d’un psychiatre habitué des salles de répétition. Et là, pas la peine d’accuser sa mère et Œdipe, de citer Kant en lisant Femme actuelle (numéro de mars 1988, 10 francs français, abonnement en fin de sommaire), puisque la musique proposée par Evil Loon OST est d’une valeur énorme, gigantesque, au moins autant que la moitié de la discographie des IWRESTLEDABEARONCE multipliée par le nombre de membranes de micro usées par les postillons de Mike Patton au sein de MR BUNGLE.

Enorme pavé de musique sans images, cet Evil Loon OST se décompose en quatre chapitres, ou quatre VHS comme vous voulez, s’étalant sur les deux faces de deux CD. Quatre ambiances donc, pour quatre films traversés par ces quatre aliens en goguette qui viennent foutre le souk dans des classiques de la bande magnétique. Alien, Nosferatu, Jurassic Park et Godzilla, ou bien autre chose d’ailleurs, puisque les bougres aiment le travestissement du travail d’autrui, et des titres à rallonge, toujours aussi empreints d’humour de potache qui sait pertinemment qu’il peut tout se permettre sous couvert d’un talent artistique incontestable. Des intitulés qui font honneur à la carrière des psychopathes, de « Even in the Carpathians, taking a train is still faster than riding a ghoul » à « Cette année, on anticipe les mites avec un inhibiteur de la pompe à proton », en passant par « In space, no one can hear you make yourself a sandwich », « Tyrannosaure+Châlet7=Taupiniere-(nSaumon)² » ou encore

« Un quadrilobe à palmette fleurdelysé, ça a du chien », pour un festival de sons en 8-bits, mais surtout, un indéniable flair pour trousser des compositions qui n’en sont pas que de nom. Car loin d’être une simple accumulation de gimmicks destinés à faire jouir ou amuser des branleurs de joystick coincés dans leur canapé entre leur chat et le rouleau de sopalin, les vingt-neuf morceaux de ce double LP tiennent debout par eux-mêmes, tout autant qu’ils s’adaptent à l’univers qu’ils sont destinés à mettre en bruit. Et en dehors d’intermèdes parfois très courts qui ne sont là que pour permettre des transitions, les chansons les plus développées le sont, et ne dépareillent pas vraiment dans le répertoire inclassable d’un PRYAPISME, toujours aussi à l’aise dans le défi/déni consistant à se masturber tout en assurant le service après-vente d’une musique aussi originale que décalée.

En vingt-neuf morceaux, le chaland a donc largement le temps de ne pas s’y retrouver, dans les méandres d’un non-Rock truffé d’effets, de sinuosités, mais qui profite du contexte pour développer de belles ambiances, parfois ludiques, parfois lubriques, toujours chtarbées, mais hautement addictives. A défaut, et pour rester d’une honnêteté sans faille, je préfère prévenir le gamer Metal égaré qu’il ne s’agit en aucun cas de Metal ici justement, mais bien d’une vraie BO de jeu vidéo, avec tous les délires qui en découlent. Pas vraiment ce à quoi nous sommes habitués de la part des Clermontois, tout en restant assez fidèle à leur univers d’iconoclastes, cet Evil Loon OST est loin d’être une simple introduction à un univers de Lolicore ou de Nintendo-Core, et va beaucoup plus…ailleurs que ça. Hétéroclite, débordant de créativité, euphorique, insupportable, tous les épithètes et adjectifs en interjections que vous seriez tenté de lui accoler lui siéront à merveille, puisque ce double album est justement fait pour sonner le glas de la musique de jeu vidéo de papa, tout en lui rendant un hommage poussé. Une façon de faire un clin d’œil appuyé à toutes ces années à jouer avec sa propre manette, en gagnant des vies supplémentaires, tout en gardant du coin de l’œil le fait qu’un instrument ne se manie pas tout seul. L’union improbable des bornes d’arcade et des juke-boxes, pour un gros pavé qui peut indifféremment s’écouter d’une oreille distraite ou bien se disséquer comme une souris discrète. Mais au final, un travail de titan pour les oreilles, pour les yeux (quel packaging mon Dieu), et pour le mental, puisque celui des PRYAPISME est toujours au beau fixe dans leur monde où est finalement venu le temps, des rires et des gens.

Je trouve même étrange qu’ils n’aient pas sorti le truc en question sur une VHS juste pour nous faire chier d’ailleurs…


Titres de l'album:

     1.Epic Loon Theme
     2.In space, no one can hear you make yourself a sandwich
     3.Nostromo cryo system fresh ice cream guaranteed !
     4.An S.O.S from LV426 takes 6M years to reach Belgium
     5.Acheron, the Calpamos moon, is also the name of our cat
     6.Xenomorphs are just big chickens after all
     7.For the smile of a child with a dolphin t-shirt
     8.Evil nutshells with hay fever vs all people named Renee
     9.Did prehistoric giraffes wear long ties
     10.It’s way too hot to drink rustproof engine oil
     11.The best vacuum cleaners were produced during the Cenozoic era
     12.Tyrannosaure+Châlet7=Taupiniere-(nSaumon)²
     13.Damned Raptors!
     14.Programming naughty pictograms in Python
     15.Epic Boss Theme
     16.Un quadrilobe à palmette fleurdelysé, ça a du chien
     17.Even in the Carpathians, taking a train is still faster than riding a ghoul
     18.What would Chester Copperpot have to say about this
     19.A quantum mirror may generate self-petrified gorgons
     20.Tidal energy through a rat’s perspective
     21.Cette année, on anticipe les mites avec un inhibiteur de la pompe à proton
     22.Fishermen’s villages usually hide ninjas
     23.Luckily, reptiles use condoms. Phew ! No chlamydia this time...
     24.Bubbles will be crapped in glue over Tokyo's harbour
     25.Muzzle, snout, fire, Muzzle
     26.Death by uranium hexafluoride
     27.Mullet haircut Grand finale
     28.Score Theme Extended - Bonus
     29.Epi the Clown - Bonus

Site officiel

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par mortne2001 le 30/04/2018 à 17:49
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(+1)


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