La curiosité et l'amitié de certains vrais fans m'ont amené à faire le court trajet vers la Paloma pour cette affiche éthérée assez éloignée de mes goûts. Autant j'ai beaucoup vu The Gathering à la grande époque et assez apprécié leur musique, Anathema me touchait largement moins et je n'ai plus tellement suivi ce qu'ils faisaient, même de loin. Bref, l'occasion de s'aventurer un peu sans réel danger sur une valeur connue pour sûre.

Bien d'autres sont restés avec eux depuis l'époque, vue la longue queue à la fouille. Car malgré vingt ans d'évolution ce public restait très typé Metal, mélangé à un peu de kawaii noir et quelques vrais gothiques. Un vrai succès public, étant entendu que le groupe s'est bien éloigné de tout cela en théorie. La grande salle, bien faite, pouvait accueillir ce quasi complet sans aucun mal.


Ceci dit nous étions arrivés juste à temps, ALCEST commençait son set, en formation à quatre. Dans force fumée et éclairages. Le set attaquait par des titres récents, les plus versés vers le Shoegaze, avec un son impeccable et une batterie sonnant même bien fort, préservant ainsi un minimum de puissance au rythme et permettant de confirmer l'existence du batteur, souvent perdu dans les limbes à l'arrière à l'instar du logo surplombant haut la scène. De fait, l'ambiguïté entre deux styles aux histoires fort éloignées prend une certaine cohérence esthétique, malgré les longueurs que le Shoegaze pur porte toujours avec lui. L'emploi régulier du français renforce la douce froideur atonale de cette facette acoustique. Et plutôt que de se focaliser sur ces paroles de peur d'être consterné, il valait mieux examiner plus attentivement que jamais ces mélopées et de constater qu'en réalité il y a aussi beaucoup de Sigur Ros dans ce profil. Le Grand Nord restait également présent quand les montées atteignaient enfin le Black (dans une version cependant propre sur lui) au long des compositions à prétention monumentale, un souffle épique tonifiait enfin les émotions délayées. On comprenait l'une des voies par où le Black français fascine le reste du monde. Du reste, une bonne part du public réagissait tout à fait. Neige aussi était connecté, ému de jouer pour la première fois de sa carrière aussi près de sa ville natale (Bagnols-sur-Cèze). Pour ma part… j'ai sans doute perdu depuis trop longtemps mon âme d'enfant, et encore je doute que cet audacieux croisement aurait marché à mon époque. Je regrette pour le spectacle l'emploi de samples, par exemple sur la fin du set et l'interminable délaiement de "Délivrance".

Vous pouviez aller faire un tour au merch' si vous vouliez, il était assez fourni. Nous, l'urgence était plutôt à la faim et la soif.


ANATHEMA entra dans la pénombre et le sillage de Dan Cavanagh, clope au bec et casque de retour sur la tête, sous des acclamations qui ne tarirent guère sur les premiers titres tirés du dernier album, chantés par un Vince assez à fond sur sa guitare malgré une musique qui à première vue n'y porterait guère. Question de conviction, en fait. Franchement légers, ils en tiraient au moins l'avantage d'être lisibles dès la première rencontre. Cela laissait le loisir de s'immerger dans l'important accompagnement visuel, franchement cinématique qui dura tout le long du spectacle : ciels nuageux, conduite sur des routes sans fins, voyages spatiaux… Cela avait une pure gueule d'Atmosphérique. Vince profita d'un interlude pour essayer son très bon français, effort poussé à un niveau jamais vu pour ma part de la part de n'importe quel artiste non francophone. Heureusement la jaquette d'"A Fine Day to Exit" apparut tout à coup et le set vira vers des titres plus anciens, retrouvant enfin un peu de cette tension nécessaire (à base métallique malgré tout) pour emballer. Avec ces illustrations visuelles et ces éclairages pleins par-dessus, nous étions confortablement assoupis dans le meilleur Floyd… Si Daniel avait son clavier devant lui sur son côté, Vincent devait monter à l'arrière-scène pour ses propres parties, plus élaborées en moyenne, laissant un vide assez inhabituel au centre de l'estrade. Mais peu importait, la musique était tant apaisante et lumineuse qu'une telle futilité ne pouvait guère troubler. Certains étaient en larmes. Sans en arriver là, j'accorde depuis longtemps à Anathema d'avoir su conserver son Rock Progressif très épuré, à l'instar de son modèle.

Seule Lee Douglas représentait l'autre fratrie composant le collectif, mais selon Daniel l'absence de John était simplement due à des impératifs familiaux. Le chant puissant et clair de Lee apporte une dimension supplémentaire, même s'il n'a pas le grain unique d'une Anneke. Jamie, le troisième frère roux, restait assez discret de son côté. Le set, parsemé de ces quelques plaisanteries à l'anglaise que le groupe a toujours eu l'intelligence de cultiver comme pour éviter que l'on prenne trop au sérieux une musique aussi typée, s'avança jusqu'à des morceaux un peu plus originaux comme celui relativement excité avec le vocoder qui est, de mémoire, tiré d'"A Natural Disaster". Reste que… si je ne dirais pas qu'être batteur d'Anathema est une sinécure, Cardoso est loin de devoir supporter autant de pression que ses camarades, fatalement. L'on atteignit le terme avec "Fragile Dreams", que Dan amena par une introduction piquée ouvertement à Pink Floyd (mais de quel titre exactement je ne saurais plus dire), l'interprétation globale ramenant même le morceau vers le style définitif du groupe plutôt que respectant très fidèlement le feeling un peu plus énergique de cet album. Les adieux se tinrent sous le son déroutant d'un mix entre Louis Armstrong et Radiohead, qui sentait bien la blague échangée en studio et mise en pratique pour la tournée. L'humour sauvera le monde.


Je ne suis pas rentré converti, mais j'ai trouvé Anathema à peu près comme je m'y attendais et donc assez satisfait de cette petite escapade comme chez un vieux voisin qu'on ne fréquente pas d'habitude. D'autres sont revenus très heureux.


par RBD le 17/10/2017 à 15:00
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