Non, la nostalgie Hard des années 80 ne touche pas que les thrasheurs et leur veste à patches. On aurait tendance à le croire au jugé du raz de marée revival qui nous engouffre de ses riffs saccadés depuis quelques années, mais une poignée d’autres irréductibles semblent avoir la larme à l’œil à la simple évocation de la décennie bénie de l’explosion du Heavy Metal honni.

Il faut dire que lorsqu’on y pense, ces fameuses années 83/89 étaient quand même sacrément créatives…Tout était permis et presque tout restait à faire, et souvent, un simple riff béton sur rythmique pilon suffisait à faire notre bonheur. Les choses ont-elles vraiment changé ?

Nous sommes sans doute devenus plus vieux, plus exigeants, mais je ne peux pas croire que nous ayons oublié. D’ailleurs, personne n’a oublié, aucun quadra, aucun fan de Heavy Metal franc et sans bla-bla, nous nous retrouvons tous sous la même bannière, agitée en ce mois de février par une bande d’Italiens qui eux aussi, semblent se réjouir d’un retour en grâce d’une musique sans fioriture, efficace, aux refrains fédérateurs et aux soli vengeurs.

Leur nom ? SLEAZER. Et une fois leur musique assimilée, croyez-moi, vous aurez du mal à les oublier.

 

Avec un tel patronyme, la confusion eut tôt fait de s’incruster dans vos neurones. Mais la réponse est claire est nette, non, les SLEAZER ne sont pas le nouveau Glam Band à la mode, bien qu’ils en revendiquent certains éléments. Pour appréhender leur inspiration, il faut plutôt aller chercher du côté de la vague Heavy/Power/Speed des mid eighties, en se rappelant de groupes comme BLIND GUARDIAN, SAVATAGE, IRON MAIDEN, HELLOWEEN, ou même des déviants et violents JUDAS PRIEST et SAVAGE GRACE, voire des premiers RUNNING WILD, ceux qui à l’époque n’étaient pas encore obsédés par les pirates et les chasses au trésor.

Comme vous le constatez, les références sont éprouvées et approuvées, et le quintette Italien (Andrea Vecchiotti – Chant, Edoardo Artibani & Clemente Cattalani – Guitares, Diego Sbriscia – Basse et Amedeo Paolini) sait les mettre en exergue au travers d’une musique qui aurait facilement pu voir le jour il y a trente ans ou plus, tant son cachet vintage est crédible et authentique.

Ici, pas d’esbroufe, mais de la passion, beaucoup, et surtout, une musique qui arrache et qui décolle les pavillons sans avoir besoin d’avoir recours à des gimmicks factices et autres astuces de production trompeuses.

Après un premier EP/démo publié en 2014 (Heroes Of Disgrace), les SLEAZER ont travaillé sans relâche, ont tourné en s’appliquant à la tâche, et ont partagé la scène avec bon nombre de pointures. Il est bien sûr facile de les comparer à la vague des ENFORCER, CAULDRON, AXXION et autres, mais après écoute attentive de ce premier album, Fall Into Disgrace, je peux affirmer sans crainte d’être fouetté qu’ils ont ce petit je-ne-sais-quoi qui les rend si particuliers et attachants, même si leurs morceaux se font des gorgées chaudes des accords brûlants du New Heavy Metal naissant, Américain ou Européen, celui mené de front par des combos repoussant les limites entre Heavy, Speed et Power, et se laissant même tenter par une touche de Glam et de radiophonie.

Des influences notoires donc, que j’ai énoncées plus en amont, mais d’autres aussi, puisqu’on trouve une petite touche de Hair Metal typiquement Californien dans leur musique, traité à l’européenne, à l’instar d’un DOKKEN dont on trouve la patte sur le très mélodique « Faded Dream », qui ose même des mélodies à la tierce, assez symptomatiques des THIN LIZZY adaptées à un contexte bien Heavy.

Le Hard germanique trouve aussi sa tribune dans les dix morceaux de cet album décidément sans failles, au travers du beat plaqué de « King Of Nothing », qui fait tout autant penser à la régularité agressive d’un ACCEPT, qu’au lyrisme d’un STRYPER, un peu comme si Michael Sweet reprenait à son compte le « It’s Hard To Find a Way » de la bande à Udo.

Il faut dire que la voix superbe aux intonations flamboyantes d’Andrea Vecchiotti permet toutes les audaces au groupe, et enflamme régulièrement un instrumental échevelé qui ne demande qu’une petite étincelle pour exploser.

Ajoutez à ce vocaliste hors pair une paire de guitaristes qui appliquent les leçons de l’époque à la double croche près, harmonies à la LIZZY/MAIDEN, riffs à la Weikath/Hansen, et structures à la Oliva brothers, et une section rythmique qui tombe dans la citation sans pour autant se perdre en connotations, et vous obtenez un des meilleurs groupes hommage à une décade qui n’en finit pas de propager son écho hors de son temps.

Alors de là, si vous étiez déjà hermétique à l’époque aux styles abordés, il y a peu de chance qu’ils parviennent à vous séduire trente ans après.

Mais si au contraire, vous avez passé votre adolescence à headbanger Power et à faire l’hélicoptère Speed tout en tendant un poing rageur et Heavy vers le ciel, alors Fall Into Disgrace vous replongera dans votre jeunesse agitée sans avoir besoin de remonter dans le temps.

Des titres simples, mais pas simplistes, et une vraie passion qui transpire de chansons qui n’hésitent pas à en rajouter dans l’incarnation sans tomber dans la parodie bidon. En témoigne cette tonitruante mise en jambes « Heroes Of Disgrace », qu’on aurait facilement pu trouver en entame d’albums comme Walls Of Jericho ou Follow The Blind, un « Legion Of The Damned » et sa basse claquante qui fait une fois de plus honneur à la vague Heavy Speed des BLIND GUARDIAN et autres SCANNER, cris suraigus à la Halford en prime, ce lourd et menaçant « Sabbath Lord » qui nous rappelle les SAVAGE GRACE, ou ce « Sleazer », hymne éponyme fatal qui se prend pour un RUNNING WILD plus Allemand que nature.

En gros comme en détail, un excellent survol de toutes les tendances en vogue dans les sacro-saintes années 80, qui profite du fuselage d’une excellente production qui retrouve même le cachet de cette période enflammé.

Les textes sont bien évidemment en parfaite adéquation avec les obsessions, et les refrains usent et abusent des sempiternels « Heavy, Metal !! », « Watch out ! » et autres gimmicks à reprendre à tue-tête.

Et même lorsque la machine ralentit un peu, le spectre d’un Hard-Rock à la PRIEST/MAIDEN déclenche encore des frissons (« Fall Again »), mais ces moments de calme relatif sont rares, et le LP se termine comme il a commencé, sur une envolée Speed lyrique typique, « Deserter », qui nous ramène dare-dare dans le giron d’un « Valhalla » de BLIND GUARDIAN.

     

Fall Into Disgrace est un album solide, à l’hommage tout sauf servile, et à la passion fertile. Un disque qu’on écoute en réendossant sa panoplie d’époque, seul dans sa chambre ou à plusieurs dans une salle de concert en sueur. Et en guise de disgrâce, parlons plutôt du retour en grâce d’un style tombé en désuétude depuis plusieurs années, qui revient nous agiter et nous rappeler que nous aussi avons vibré les clous au poignet au son d’un Heavy bien burné.

Heavy Metal forever ?

Ça sonne cliché, mais c’est tellement vrai…


Titres de l'album:

  1. A Falling Overture
  2. Heroes Of Disgrace
  3. Straight On Your Way
  4. Legion Of The Damned
  5. Faded Dream
  6. King Of Nothing
  7. Sabbath Lord
  8. Sleazer
  9. Fall Again
  10. Deserter

Bandcamp officiel



par mortne2001 le 11/03/2017 à 14:09
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