Feral Evolution

Razgate

12/09/2017

Sliptrick Records

Formé fin 2011 du côté de Sinalunga, en Toscane, RAZGATE s’est dans un premier temps retrouvé dans une configuration inédite pour un groupe de Metal. Trois guitaristes et un batteur, pour une entame de carrière un peu chaotique. Départ du batteur en question, arrivée d’un bassiste, retour du batteur et départ d’un guitariste, pour finalement opter pour la voie en quatuor, avec Giacomo Burgassi - (guitare/chant)- Niccolò Olivieri-(basse) Edoardo Natalini - (batterie) et Francesco Monaci (guitare). Depuis 2012, pas mal de changements donc, mais surtout, des tournées, locales et un peu plus étendues, et un premier EP, Countdown to the End, en 2014, qui resservait alors des réminiscences Thrash très appuyées, sans forcément chercher à les transcender, ou au moins à les accommoder à sa propre sauce. Depuis, trois années ont passé, le groupe italien a évolué, et ose aujourd’hui s’éloigner un peu des sentiers battus et rebattus, en nous livrant un solide premier album de Heavy Thrash très américain dans le rendu, mais européen dans le vécu. Un LP de presque une heure de musique, qui est allé piocher à la terre source de la violence de quoi faire pousser son jardin de puissance, et finalement, en se voulant plus traditionnel tout en l’étant moins, le quatuor est devenu diablement intéressant, en tout cas beaucoup plus que la horde de groupes singeant les éternels KREATOR, DESTRUCTION et consorts. Ici, les influences sont aussi manifestes, mais plus souples, et permettant des digressions mélodiques plus poussées, même si parfois l’ombre de certaines légendes plane bas au-dessus des plans…

Impossible en effet de ne pas citer METALLICA, MEGADETH, SANCTUARY ou TESTAMENT en abordant le cas des toscans, qui ont dû être salement traumatisés par des disques comme And Justice For All, Countdown To Extinction, Low ou Refuge Denied durant leur adolescence, sans pour autant avoir oublié de jeter une oreille sur Risk, Load et d’autres suites d’histoires beaucoup plus mainstream. Ce qui ne les a nullement empêchés de ne pas tomber dans l’oreille SLAYER d’un thrasheur pas si sourd que ça, lorsque l’intensité grimpe d’un cran, pour abandonner le mid tempo pas assez allegro. Mais à vrai dire, ce sont surtout les guitares et leurs riffs cycliques qui font penser à Araya & co, plus que l’intensité dont ce premier album se sert d’une façon très modérée. Le chant, assez rauque et sec nous ramène sur la piste d’un ACCUSER tempéré, et l’optique générale très progressive est assez envoutante, d’autant plus que les RAZGATE n’ont pas hésité à laisser les morceaux voguer au gré d’une inspiration assez fournie. En se permettant des saillies de plus de huit minutes, et d’autres qui la plupart du temps passent allégrement la barre des six, la prise de risques est totale, et s’avère pourtant payante, puisque chaque plan rebondit sur le précédent, d’un allant qui ne se démentit que très rarement. De fait, impossible de ne pas penser à la première partie de carrière des Four Horsemen, lorsque ces derniers étiraient au maximum la durée, pour accoucher de « Disposable Heroes », de « And Justice For All », ou de « One ». Ici, c’est la même chose, mais quelques décennies plus tard, et avec une patte personnelle qui synthétise le meilleur de la Bay Area en moins d’une heure.

Niveau instrumental, rien à redire. Les musiciens italiens sont salement affutés, et proposent une partition léchée, qui oscille entre harmonies surgonflées et parties Thrash maîtrisées. Enregistré, mixé et masterisé par le groupe lui-même, avec un petit coup de main de Riccardo Cherubini et Francesco Riganelli des BPA studios, Feral Evolution est un petit bijou de Heavy/Thrash à l’ancienne, qui pourtant ne sacrifie pas son époque sur l’autel de la nostalgie. En fait, on pourrait presque dire qu’un pont temporel et stylistique est tendu entre deux âges, ce que la longue suite « Hear My Sentence » confirme de son parfum MEGADETH nuancé d’un beat chaloupé très contemporain. Soli d’airain, qui ne sont pas sans rappeler le talent inné d’Alex Skolnick, travail rythmique solide, complémentarité des guitares, tout évoque une osmose patente, qui se reflète dans une assurance incroyable. Il est évident que le quatuor a foi en ses chansons, qu’il interprète avec conviction, sans pour autant tenter de séduire les masses en cédant aux sirènes d’un old-school tenace. Mais dès « Psychopatic Control », la messe en Metal majeur est dite, et la double grosse caisse distille ses croches pour tenter l’accroche, que l’hameçon du riff central affirme avec aisance. C’est moyennement rapide, mais éminemment catchy, et aussi efficace qu’un bœuf entre Hetfield et Mustaine autour du verre de la réconciliation. Tout n’est bien sûr pas parfait, et certaines pistes semblent suivre la trace d’une voie largement empruntée par les aînés, mais on se laisse fédérer sans trop résister, surtout lorsque le binaire groovy vient délicatement nous bousculer (« Night Painted Red », ça a l’odeur du SLAYER, mais aussi le goût d’ailleurs, tout autant que la saveur d’un « 2X4 » de METALLICA).

Les RAZGATE tentent même lorsque la température monte, de nous faire le coup d’un Crossover assez bien senti (« The Decline », une fois de plus assez proche d’un ACCUSER au tempo décéléré), tout en masquant avec une certaine finesse les quelques baisses d’inspiration d’arrangements ludiques à foison (« Worms », un riff un peu redondant et passe-partout qui affaiblit le tout). Heureusement, ces quelques relâchements sont minoritaires sur un album qui laisse les riffs imposants majoritaires (« My Revenge », ou comment ralentir à l’extrême le MEGADETH de « Holy Wars » sans le laisser à la traîne), et le final vient à point nommé relancer l’affaire (« Century of Cain », le plus catchy et up in time du lot, avec ses quelques harmoniques et son chant costaud).

Pour un premier album, Feral Evolution s’impose donc sur la durée sans trop forcer, malgré quelques redites que personne ne peut éviter. C’est un LP chargé, gonflé, à défaut d’être culotté, mais aux ambitions mélodiques affirmées. On sent même que la NWOBHM aurait pu s’imposer avec plus de fermeté, si les tierces des guitares avaient bénéficié d’un espace moins confiné, pour transcender cet hommage au Big Four à peine dissimulé. Mais c’est joué avec tant d’énergie et de talent qu’on en vient à oublier les quelques reproches à formuler, et gageons que le temps passé sur les routes apportera au quatuor de Toscane la personnalité suffisante pour bientôt se dégager de ces influences parfois trop envahissantes. En l’état, et en presque une heure, ce premier effort se hisse largement au niveau des meilleurs hommages récents, et oublie enfin les sempiternels accès de violence auxquels nous avons droit chaque semaine.

Alors, tous mes encouragements, et rendez-vous dans un an, ou deux, pour mesurer l’évolution des éléments. D’ici là, ces huit morceaux vous tiendront compagnie, my friends of misery


Titres de l'album:

  1. Psychopatic Control
  2. Night Painted Red
  3. Pulling Out
  4. Hear My Sentence
  5. The Decline
  6. Worms
  7. My Revenge
  8. Century of Cain

Facebook officiel


par mortne2001 le 10/10/2017 à 18:45
78 %    478

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Jus de cadavre
membre enregistré
10/10/2017, 19:19:27
Ah oui, les influences seront difficiles à renier :D

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Hanger Abortion

RBD 30/09/2020

Night Of The Masks

Simony 26/09/2020

From This Day Forward

mortne2001 10/09/2020

...And Justice For All

mortne2001 08/09/2020

Slayer + Megadeth 2011

RBD 05/09/2020

Manifest Decimation

mortne2001 31/08/2020

Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Kerry King

Ah ouais ok j'avais zappé, mais bon ACDC était au point mort depuis 2016 donc il a rien manqué.

30/09/2020, 22:32

Jus de cadavre

Si, Cliff avait annoncé prendre sa retraite en septembre 2016, quelque temps après le départ de Brian.

30/09/2020, 21:36

Kerry King

Cliff Williams n'avait jamais quitté le groupe me semble, c'est juste Axl Rose et Chris Slade qui était en plus lors du dernier tour il y a deja 4 ans.Sinon super nouvelle de revoir les boys !

30/09/2020, 20:34

Raumsog

Ils ont quand même été capables de sortir 2 bons albums comme Mechanize et The Industrialist 15 ans après leur âge d'or, et malgré tout leurs gros bordels en interne (merci Baxter pour les précisions). C'est déjà une petite pe(...)

30/09/2020, 16:09

Humungus

Hé hé hé...

30/09/2020, 14:17

Raumsog

La pochette est magnifique en tout cas - l'album sort sur Sega Megadrive?

30/09/2020, 14:03

KaneIsBack

En gros fan de Deeds of Flesh, cette nouvelle me fait très plaisir ! Surtout que, d'après ce que j'ai compris, Erik avait déjà écrit la grande majorité de l'album avant son décès. Et la liste d'invités est plus qu&(...)

30/09/2020, 10:32

Gargan

Dernier achat du groupe, digi de demanufacture acheté en 95, en même temps que la box de draconian times. Qui on écoute encore ? Je ne connaissais pas AOTW, j'aurais mieux fait de rester dans mon ignorance...

30/09/2020, 10:25

Simony

Totalement d'accord avec L'anonyme.

30/09/2020, 09:25

L'anonyme

Perso, j'ai lâché l'affaire à partir de Digimortal que j'ai détesté. J'avais trouvé à l'époque que le groupe s'inspirait trop de la scène néo-metal que j'avais du mal à écouter (e(...)

30/09/2020, 09:21

Oliv

C’est reparti comme en quarante ! 

29/09/2020, 19:05

mortne2001

@Humungus : Il y a toujours un historien qui connaît le fils du neveu du facteur du biographe d'EXODUS et qui SAIT. Honorons leur présence sur ce site. ;)

29/09/2020, 17:42

Buck Dancer

Ce groupe n'en est plus un depuis bien trop longtemps (le retour de Cazares?) et pourtant comme RBD, j'ai jamais lâché. Même si les deux derniers albums m'ont déçu je voulais continuer a y croire. Cazares va t'il continuer à (...)

29/09/2020, 15:31

Bones

"There is a Fric Factor in the system"  

29/09/2020, 15:23

RBD

Burton ayant été de toutes les incarnations du groupe au fil des intrigues, j'imagine mal que FF puisse continuer maintenant avec les uns ou les autres. La réconciliation avec Christian et Raymond ne me paraît pas possible, d'autant qu'eux aussi sont pass(...)

29/09/2020, 12:57

licks0re

Santa barbara...

29/09/2020, 11:51

Baxter

Le mec n'est pas blanc non plus c'est encore une crise comme en 2002 ou son détachement en 2008. D'ailleurs Burton avait en 2008 vendu des parts à Raymond et Christian (puis virant la femme de ce dernier étant manageuse de F.F à ce moment) puis suite &ag(...)

29/09/2020, 10:46

Raumsog

Y a une bonne petite ambiance Deströyer 666 dans le son et les riffs! 

29/09/2020, 10:38

jean mounier

Quel foutoir ce groupe depuis une bonne dizaine d'années quand même, niveau musical comme niveau humain. Je ne vois pas Fear Factory sans Burton, mais je ne voyais pas Suffocation sans Frank Mullen également...

29/09/2020, 09:58

Humungus

Aaaaaaahhh !!!Les commentaires de 78.192.38.132... ... ...

29/09/2020, 09:00