Flux of Ruin

Deceitome

02/08/2019

Redefining Darkness Records

Quand ça ne vient pas d’Allemagne, ça vient des Etats-Unis. Quand ça ne vient pas des Etats-Unis, ça vient de France. Et quand ça ne vient pas de France, ça vient des Pays-Bas. Et puis d’Espagne, de Suède, du Chili, de Colombie, de Russie, de Pologne, et même…d’Estonie. Oui, la mort est partout, et il est donc normal d’en trouver trace de sa concrétisation musicale sur la planète entière, ce que ces originaires de Tallinn nous démontrent depuis 2015. Formé cette année-là, le collectif morbide DECEITOME a quand même attendu un an pour publier sa première démo, The Void Abides, avant de transformer l’essai putride la même année avec son premier longue durée. Death Is Called Ethos, sorti en autoproduction nous montrait déjà le visage hideux d’une créature du fond des temps, restée enfermée dans une caverne depuis l’orée des années 90, et n’ayant appris d’autre vocable que celui inventé par les suédois les plus résignés des nineties. Revenant trois ans plus tard avec un nouvel EP sous le bras, les estoniens peuvent cette dois compter sur l’appui conjoint de deux labels, Redefining Darkness Records et Raw Skull Recordz, qui le 2 août dernier ont misé quelques deniers sur ce Flux of Ruin. Sans rien changer à leur philosophie, les DECEITOME descendent d’un cran dans l’ignominie en appuyant sur leurs aspects les plus infâmes et peu ragoutant, le meilleur exemple en étant donné par Anders Melts, nouveau grogneur intronisé en 2017 après la parution du premier long, qui de sa voix caverneuse risque fort d’investir vos cauchemars les plus putrides…Mais les riffs distillés par la paire Ats Aim/Tarvi Neemelaik ne sont pas en reste non plus, allant piocher dans la terre aride la plus souillée de quoi sonner plus grave qu’un tocsin en décembre, et le tout à de sérieuses allures de revival suédois plus vrai que nature, à tel point qu’on se demande si ces cinq morceaux n’auraient pas été cosignés par une association entre ENTOMBED et UNLEASHED.

Flux of Ruin en substance, est un chant de ruines, une vision désolée, un triste spectacle de décembre qui se déroule sous vos oreilles, de l’écho typé HM-2 des guitares en passant par ces variations de rythme qui s’accompagnent de mélodies toutes plus frustrées les unes que les autres. On connaît le processus, par cœur même, mais il fonctionne toujours grâce à cette nostalgie omniprésente qui nous force à regarder en arrière, du temps de notre jeunesse, lorsque le style pouvait et devait encore évoluer. Ici, il est resté bloqué, aux alentours de 92/93, lorsque les suédois et les américains se tiraient la bourre pour savoir quel était le peuple le plus glauque, et chaque titre d’appuyer ses empreintes dans le sol gelé, dès l’ouverture franche et massive éponyme. « First Cause, Funeral Rites », provoque le spectre de Left Hand Path sur le terrain de la Floride, et nous assomme de guitares frigides aux motifs stériles, les dynamitant d’un groove assez inhabituel pour ce genre de réalisation. Et comme si ça n’était pas suffisant, les chœurs, empilés comme des grognements de morts-vivants en rajoutent une couche, sévère et inquiétante, portant le tout à ébullition d’une glaciation paradoxale…Loin des exactions habituelles du Death le plus gras, DECEITOME n’utilise que les ficelles les plus classiques du Death des origines, celui venu du nord, mais en sublime l’inspiration d’une sauvagerie personnelle qui nous évite les redites les plus flagrantes. Chaque morceau a en effet un thème porteur, une ambiance particulière, et cet EP déroule comme un film auditif ses atrocités, toutes plus rigides les unes que les autres, accélérant parfois la noire (« Rhythm of Eternity »), pour raccourcir les débats sans les alléger.  

Pas novateur pour deux sous, cette deuxième sortie des estoniens est pourtant une excellente surprise dans un créneau surchargé, qui chaque semaine charrie son lot de déchets, dont le quintet ne fait assurément pas partie. Les deux derniers glaviots sont aussi les plus longs, et les plus oppressants, la section rythmique jouant des coudes (Are Kangus - batterie et Grete-Liisa Sihver - basse) pour imposer sa cadence, laissant les guitares geindre et se plaindre du manque de perspectives vitales dans le lointain. On apprécie ces atmosphères vraiment pesantes, ces silences impromptus et inquiétants, et cette façon de laisser des espaces négatifs pour aérer la putréfaction (« Miasthmatic Breed », joli travail au niveau des arrangements), et ce dernier morceau éponyme qui en rajoute encore dans l’horreur, en accentuant les effets et les strates vocales pour créer un magma démoniaque digne des films de possession les plus crédibles. Cinq chansons, pour un effet maximal, et un résultat qui laisse des traces, tel est la nouvelle étape du parcours des DECEITOME, qui avec Flux of Ruin nous donnent l’espoir d’un futur LP qui pourrait être la nouvelle référence vintage de notre époque. On attend la suite la bave acide aux lèvres…    

      

Titres de l’album :

                          1.Flux of Ruin

                          2.First Cause, Funeral Rites

                          3.Rhythm of Eternity

                          4.Miasthmatic Breed

                          5.Deceitome

Facebook officiel

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 09/11/2019 à 14:39
82 %    346

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Fange + Pilori + Skullstorm

RBD 25/10/2021

Live Report

Voyage au centre de la scène : SUPURATION

Jus de cadavre 17/10/2021

Vidéos

Déluge + Dvne

RBD 29/09/2021

Live Report

Blood Sugar Sex Magik

mortne2001 25/09/2021

From the past

Benighted + Shaârghot + Svart Crown

RBD 22/09/2021

Live Report

Use Your Illusion I & II

mortne2001 18/09/2021

From the past

Witchfuck : le contre-pouvoir en Pologne

Simony 14/09/2021

Interview

Voyage au centre de la scène : CATACOMB

Jus de cadavre 29/08/2021

Vidéos
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
LeMoustre

Clair que c'est pas leur point fort, les pochettes, la dernière étant particulièrement moche. A part celle du premier album, et à la limite Anomaly, par son côté épuré, beaucoup de mauvais choix, c'est vrai.Par contre la musi(...)

25/10/2021, 10:58

LeMoustre

Excellent disque, en effet

25/10/2021, 10:55

Humungus

"Imago" une pochette à sauver ?!?!Tous les goûts sont dans la nature, mais là tout de même... Le vieux "papillon-visage" digne d'apparaître sur une chemise all print vendu en foire du premier mai... ... ...Sincèrement, (...)

25/10/2021, 08:45

RBD

Colin Richardson est plus âgé. Sa première production Metal était si je ne me trompe l'EP de Napalm Death "Mentally Murdered" en 1989, et il avait déjà presque dix ans de carrière dans le Rock. La lassitude doit venir facilem(...)

24/10/2021, 23:46

Arioch91

Même pour la thune, Jeff Loomis ne devrait pas rester dans un groupe pareil, bordel !Avoir sorti des albums aussi classe du temps de Nevermore pour finir en second couteau chez Arch Enemy, putain la loose.C'est devenu un exécutant. Quel gâchis.

24/10/2021, 18:45

totoro

Super producteur effectivement, malheureusement passé de mode. C'est dommage. Un peu comme Colin Richardson, des mecs qui ont façonné le son d'une scène et qui tombent dans un oubli un peu ingrat. Même si les productions des deux ne vieillissent pas, je(...)

24/10/2021, 13:30

totoro

C'est assez vrai. "Room 7" avec lequel j'ai découvert le groupe est peut-être mon disque préféré de SUP, mais sa pochette est douloureusement ignoble. Quelques unes sont néanmoins à sauver, "Hegemony", "Angelus&quo(...)

24/10/2021, 13:26

totoro

C'est vrai que Loomis dans Arch Enemy, c'est un putain de gâchis... C'est doublement con car je suis persuadé que s'il participait à la composition, le groupe en sortirait grandi. Mais bon, c'est le truc de Mike Amott qui préfère resservi(...)

24/10/2021, 13:18

RBD

Fredrik Nordstöm est surtout connu pour avoir produit toute la scène mélodique suédoise en ordre de marche mais aussi collaboré avec de gros groupes de styles plus ou moins voisins comme Dimmu, Opeth, Old Man's Child, Septic Flesh, Powerwolf, Architects... m&(...)

24/10/2021, 13:17

totoro

Quel sacré bon disque !!! Je suis tombé dessus par hasard, je ne savais pas que le groupe existait encore. Je suis passé directement de "The Stench Of The Swelling" avec Arno Strobl à celui-ci et me suis pris une énorme claque. L'électro Sy(...)

24/10/2021, 13:10

Simony

@Humungus / @Bones vous avez mis le doigt sur ce qui m'a freiné à succomber à ce groupe pendant de très nombreuses années. A chaque fois que j'entendais un titre, je me disais "Allez cet album, c'est l'occasion de découvrir" (...)

24/10/2021, 11:01

Bones

@ Humungus : Mais complètement ! à l'époque de la sortie d'Anomaly, je faisais du fanzinat dans un projet mort-né. J'ai reçu un exemplaire promo du digi : hallucination devant la nullité absolue de la pochette. Clairement il y a(...)

23/10/2021, 23:35

Humungus

Tracasses RBD !Moi vivant, ils ne tomberont pas dans l'oubli !Pour tout ce que tu viens d'évoquer...PS : Seul bémol à SUPURATION et SUP : La quasi totalité de leurs pochettes !

23/10/2021, 21:39

RBD

Merci car je connaissais très mal les débuts de Supuration (à part que S. Buriez leur avait donné un coup de main). C'est l'un des premiers groupes de Death que j'ai vu, c'était l'un des plus originaux avec son univers particulier. S&apo(...)

23/10/2021, 20:50

Medrawt

En concert avec Konvent le 19 avril à Paris. Ca va être un bon moyen de découvrir le groupe. j'aime plutôt bien les 3 titres proposés en écoute.

23/10/2021, 18:36

Baltringue

@seb : des sous

23/10/2021, 14:20

Bones

Pour moi, dès que Johan Liiva s'est barré, c'était déjà une affaire terminée ce groupe.

23/10/2021, 14:08

Kairos

original le clip quant même... le groupe qui joue seul dans un hangar, du jamais vu!

23/10/2021, 11:55

Seb

putain mais qu'est ce que Jeff Loomis fait dans ce groupe ...

22/10/2021, 19:25

Invité

Un titre bien trouvé, ça fait longtemps que ce groupe est décevant...

22/10/2021, 17:52